Le Conseil d’Etat de Genève a annoncé 92  mesures d’économies à l’occasion de la présentation du  budget 2016. Par leur nombre et leur nature ces mesures n’ont pas d’équivalent dans l’histoire récente du canton.

Voici quelques mesures préconisées: élévation du temps de travail de 40 à 42 heures hebdomadaires – les 40 heures n’existent que depuis 27 ans et sont le fruit d’une longue lutte des fonctionnaires – réduction de 5% des charges du personnel en trois ans (environ 1500 postes supprimés), engagement des nouveaux salariés avec deux annuités de moins, suppression de l’annuité et de l’allocation vie chère, réduction budgétaire de 1% sur les dépenses générales, licenciements facilités etc.

 


La réaction de la fonction publique a été à la hauteur de ces attaques. Même les syndicats des cadres supérieurs et intermédiaires se sont joints au Cartel  intersyndical pour dénoncer ces mesures. Les fonctionnaires ont fait grève pendant trois jours et manifesté à plusieurs reprises dans les rues de Genève (mardi 10 novembre ils étaient plus de 10’000). Il s’agit de la grève la plus longue depuis 1992. Le troisième jour les salariés de la fonction publique ont voté la suspension de la grève et sa reconduite pour le premier décembre si le Conseil d’Etat ne change pas ses positions.

 

Encore une fois  la dette budgétaire de l’Etat est prise comme prétexte pour dégrader les conditions de travail et de retraite des fonctionnaires et pour diminuer les prestations à la population. La fonction publique devrait éponger une ardoise de 200 millions !  Il faut rappeler que plusieures  baisses fiscales se sont succédées à Genève depuis les années nonante. Elles ont profité surtout aux classes aisées et aux grandes entreprises en privant les caisses publiques d’un milliard de francs par an. Les inégalités ont ainsi augmenté dans ce canton qui en a toujours connu beaucoup.

 

Mais cette année Il n’y a pas que le prétexte de la dette. le Conseil d’Etat a annoncé qu’il déposera avant la fin 2015 un projet de réforme de la fiscalité des entreprises qui préconise l’introduction d’un taux unique d’imposition à 13 ou 13,5%. Aujourd’hui ce taux est de 11% pour les multinationales étrangères et de 24% pour les entreprises locales. Cette réforme privera les caisses publiques d’une somme estimée entre 500  et 750 millions par an. Cette perte fiscale à titre de comparaison correspond au  budget consacré à tous les investissements de l’Etat en 2014 ou  au 7,5% du budget total de l’Etat.

Le Conseil d’Etat veut manifestement anticiper les effets de l’entrée en vigueur de la nouvelle loi en 2018 et il appelle les salariés de la fonction publique à se sacrifier : ils devront travailler plus et plus longtemps pour toucher un salaire plus bas et avec la menace de perdre leur emploi.

 

Je signale aussi que le 13 novembre les partis de droite, majoritaires au Grand Conseil, ont voté, contre l’avis de la gauche et du Conseil d’Etat, un projet de loi appelé « personal stop ». Il s’agit d’un frein aux dépenses  qui interdit au gouvernement d’embaucher un fonctionnaire sans en licencier un autre ! Les charges de l’Etat ne pourront à nouveau progresser que lorsque la dette aura passé de 13 à 8 milliards de francs (l’équivalent des revenus annuels de l’Etat). Cette loi sera attaquée par référendum.

La population payera chèrement l’aveuglement dogmatique du Grand Conseil !

 

Cette politique agressive à l’égard de la fonction publique et de l’état social va malheureusement continuer dans les prochaines années, car nous savons que la Suisse participe activement aux discussions préparatoires de TISA (accord sur le commerce des services) qui prévoit la libéralisation de vastes secteurs du service public et de l’agriculture.