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Attac Suisse
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Rapport d’activités d’attac suisse 2004/2005

Si le néolibéralisme a connu une période de domination totale, la situation actuelle est beaucoup plus contrastée. D’un côté, il devient de plus en plus clair que les politiques néolibérales sont un échec : La croissance est aujourd’hui moins importante qu’il y a vingt ans, et les remèdes néolibéraux pour réduire la pauvreté n’ont apporté aucune guérison. Au contraire, même l’Europe, la zone la plus riche du monde, connaît une dégradation nette de la situation sociale, notamment sur les plans du chômage, de la pauvreté et de l’exclusion sociale, touchant notamment les couches les plus fragilisées de la société, et en particulier les femmes. Mais de l’autre côté, cette crise de légitimité du système ne signifie de loin pas son effondrement, car les dirigeants du monde ne font que reconduire les mêmes prescriptions. Or, les coûts sociaux, politiques et économiques de sa survie deviennent de plus en plus lourds à supporter.

Il s’avère ainsi que si le mouvement altermondialiste a su imposer l’idée d’un « autre monde possible » dans le débat public, il n’est qu’au début de son combat. En effet, pour ne pas se cantonner à un rôle purement idéologique et extérieur aux préoccupations des personnes, il lui faut peser de plus en plus sur les politiques tant locales que globales, et obtenir des avancées plus concrètes. Une avancée importante a été, sans nul doute, la victoire du « non » en France au Traité constitutionnel européen qui a réouvert la possibilité de penser une autre Europe que celle dont le seul moteur serait « la concurrence libre et non faussée ». Certes de moindre ampleur, le succès des campagnes centrales d’attac suisse de l’année écoulée - en première ligne la campagne contre l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) de l’OMC et la lutte pour le maintien des services publics ; les mobilisations contre l’OMC à Genève ; la campagne de solidarité en lien avec le référendum sur la Constitution européenne en France - montre toutefois que notre mouvement a pu s’implanter durablement sur la scène politique, et ceci notamment en restant fidèle à la vocation d’attac qui est celle d’être un mouvement d’éducation populaire tourné vers l’action et dont l’originalité réside dans sa capacité de lier les actions locales au contexte global.

Les activités « d’éducation populaire » d’attac suisse

L’année politique 2004/2005 a démarré en septembre avec la première Université d’été d’attac suisse à Vernamiège (VS), à laquelle 150 personnes de toute la Suisse ont participé. Une dizaine d’orateurs et oratrices d’Allemagne, Autriche, France et Suisse ont analysé avec les participant-e-s dans des sessions de formation les mécanismes de la mondialisation financière et ont ouvert de nouveaux champs de réflexion pour attac, comme les rapports de genre, l’agriculture ou l’écologie. Services publics et OMC, place financière et politique fiscale, nouvelles guerres impérialistes et multinationales sont autant de thèmes qui ont été débattus dans des ateliers de campagne et liés avec des perspectives d’action concrètes. De plus, pour fêter son cinquième anniversaire, différent-e-s représentant-e-s du mouvement social suisse sont venus débattre avec attac du bilan et des perspectives du mouvement altermondialiste en Suisse, ils et elles ont mis en lumière la crise de légitimité qui traverse le capitalisme néolibéral actuel, qui a renforcé la pertinence de la critique du mouvement altermondialiste.

Ensuite, le mois de janvier a vu la cinquième édition de la conférence internationale « L’Autre Davos ». Le bannissement de la conférence par les autorités bernoises du centre culturel « Progr » pour des raisons de « sécurité » et le fait que nous n’ayons pas cessé de faire pression, non sans succès, sur le gouvernement bernois, a contribué à ce que l’Autre Davos devienne le lieu où les différentes parties du mouvement ont convergé le soir après les mobilisations contre le World Economic Forum de Davos (cf. ci-dessous), où environ 400 personnes ont discuté ensemble des futures stratégies du mouvement. A l’invitation d’attac suisse et avec le soutien de nombreux syndicats, ONG et associations altermondialistes - notamment les syndicats UNIA et SSP, la Déclaration de Berne ou Les Verts Suisse -, la conférence intitulée « Déglobalisation ou globalisation venue d’en bas ? » a proposé à des intellectuel-le-s de renom, provenant de quatre continents, de discuter avec le public de modèles et de cadres de référence alternatifs sur lesquels pourront s’appuyer les mobilisations futures. L’intervenant principal, l’économiste ugandais Yash Tandon, directeur de l’ONG SEATINI et responsable du « South Centre » à Genève, a présenté sa perspective d’une globalisation au service des êtres humains du point de vue du « continent oublié », l’Afrique. Cette contribution a pris le contre-pied du modèle de développement mis en échec que le WEF propage à nouveau cette année sous le titre de « Taking responsibility for tough choices » (assumer la responsabilité de choix durs), modèle qui interdit aux êtres humains l’accès à des biens vitaux tels que l’eau, la nourriture, la santé ou la formation dans le monde entier.

Attac a dû se confronter d’une autre manière à la repression à travers la condamnation à de la prison avec sursis d’un militant d’attac Neuchâtel, condamné pour « délit d’émeute » (lors des manifestations contre le G8 d’Evian en juin 2003), délit qui consiste à se trouver sur les lieux d’une manifestation violente. Au-delà de la personne c’est bien l’association dans son ensemble qui a été condamnée, puisque le mot « attac » est utilisée de nombreuses fois dans l’acte d’accusation comme élément implicitement aggravant.

Dans un cadre unitaire, attac suisse a par ailleurs participé au Forum Alternatif Mondial de l’Eau en mars à Genève, notamment avec la coorganisation de deux ateliers sur l’Accord général du commerce des services (AGCS) de l’OMC et sur le rôle de Nestlé dans la privatisation de l’eau. Aussi, en juin, attac suisse a pris part au deuxième Forum Social Suisse à Fribourg, non seulement avec un soutien militant pour son organisation, mais aussi en animant plusieurs ateliers (« Nestlé et le marché de l’eau » ; « AGCS » ; « multinationales » ainsi qu’un débat contradictoire sur la libre circulation et le Traité constitutionnel européen) et par la coordination d’une des sept grandes conférences : « Dix ans d’OMC - bilan et résistances ». A signaler aussi au niveau international, la participation active de plusieurs militant-e-s d’attac suisse au Forum Social Européen de Londres (octobre), au Forum Social Mondial de Porto Alegre (janvier) et au Forum Social Méditerannéen de Barcelone (juin). Enfin attac suisse est membre fondatrice du réseau Multiwatch, qui organise l’Audience publique et la forum sur Nestlé en octobre 2005, de nombreux/ses militant-e-s d’attac sont impliqué-e-s dans la préparation.

Dans le cadre de l’éducation populaire, attac suisse a édité une série de « 4-pages » disponibles sur notre site web, et a lancé, en collaboration avec l’éditeur suisse-allemand « Rotpunkt-Verlag » une série de petits livres militants, dont le premier, sur L’Empire Nestlé est sorti en traduction ce printemps. Deux publications par année sont prévues.

Les « actions » d’attac suisse

En début d’année, attac suisse s’est fortement impliquée, en parallèle à l’organisation de l’Autre Davos, dans la mobilisation unitaire contre le World Economic Forum (WEF) qui, cette année, s’est déroulée à Berne et a été rendue difficile par la stratégie répressive du gouvernement de la ville de Berne à majorité rose verte. Néanmoins, au vu des difficultés, la journée de mobilisation à Berne a été un réel succès. Des centaines de militant-e-s ont déferlé sur le centre-ville de Berne durant tout un après-midi exprimant ainsi, non seulement leur refus du WEF, mais aussi leur rejet de la politique de la ville de Berne, ceci par des actions de désobéissance décentralisées, la distribution de milliers de tracts, l’organisation spontanée de petites manifs, etc. L’extrême diversité des participant-e-s à ces actions était frappante : des personnes de tous âges qui manifestaient pour la première fois dans leur vie se trouvaient côte à côte avec des militants de tous bords. Un vrai sentiment de « mouvement social » dans le sens de participation à des actions collectives a ainsi pu émerger. Cette expérience a jeté les bases pour une meilleure organisation du mouvement. Ce qui a permis qu’il continue à Berne les jours suivants, avec à la clé l’organisation d’une manifestation d’environ 1000 personnes le jeudi suivant.

Dans le cadre de la campagne européenne de soutien aux mouvements sociaux français en campagne contre le Traité constitutionnel européen (TCE) en mai de cette année, attac suisse a d’une part publié une série de documents de fond et de communiqués de solidarité, et d’autre part participé activement aux « brigades internationales » pour un NON à la « Constitution » qui sillonnaient la France avec des conférences publiques. Dans ce cadre, il est aussi important de signaler qu’attac suisse joue un rôle actif dans le développement des collaborations entre les différentes attac d’Europe, non seulement en participant aux réunions internationales régulières, mais aussi en co-animant une série d’initiatives européennes qui prennent toute leur importance après le « non » français au TCE.

La campagne la plus importante en engagement militant et surface politique sans doute a été la campagne pour des « Zones hors-AGCS » visant à expliquer la portée, les mécanismes et les dangers de l’AGCS. Partout dans le territoire des contextes de discussion sur la politique de l’OMC et l’avenir des services publics ont ainsi pu être crée - plus que 60 communes se sont déclarées « hors-AGCS » à ce jour. Attac suisse, à travers la commission Services publics-AGCS a, tout en menant cette campagne, essayé de l’intégrer dans les luttes sociales à l’échelle locale là où c’était possible (politiques de privatisation, politiques d’austérité, etc.).

Finalement, en juillet de cette année, attac suisse a été une des principales forces à organiser la mobilisation contre le Conseil général de l’OMC à Genève. Nous avons participé déjà en avril à la semaine mondiale d’action sur le commerce avec l’organisation de semaines ou soirées de film et de débat dasn différentes sections. Mais surtout nous avons, dans le cadre de l’Alliance genevoise des peuples, organisé en juillet le « Conseil Général des peuples » coïncidant avec la réunion du Conseil Général de l’OMC à Genève, réunion décisive pour faire aboutir l’actuel cycle de négociations en vue de la conférence ministérielle de Hong Kong en décembre. Cet événement avait comme but d’offrir un point d’accueil, de convergence et de logement (campement) pour les plus de 300 militant-e-s venant à Genève du monde entier ; de créer un « observatoire » des négociations où les représentant-e-s d’ONG et de mouvements sociaux puissent rencontrer les délégués du Sud à l’OMC et leur offrir d’autres informations que celles véhiculées par les délégations des pays industrialisés ; de créer un lieu de débat public sur les enjeux actuels de la politique du commerce avec des débats et discussions plénières adressées à la population locale ; et, finalement, d’offrir un moment festif avec de la musique et des évènements culturels pouvant attirer les personnes qui visitent des festivals de l’été. Cette mobilisation a été un vrai succès et a ouvert le chemin pour des mobilisations plus importantes cette automne.

Le fonctionnement d’attac suisse

Depuis ses débuts, attac suisse s’est construite avant tout par le biais du développement des sections locales et leurs multiples activités. Les principales instances nationales d’attac suisse - la Coordination nationale, le secrétariat collectif et le/la secrétaire - ont surtout pour fonction de faciliter la mise en commun des expériences locales, les synérgies entre les différentes campagnes et, dans une moindre mesure, la centralisation de certaines tâches administratives comme la récolte de fonds, les relations internationales ou encore la gestion des sites et des listes électroniques.

Cette structure souple comporte une série d’avantages. Ainsi, ne disposant pas d’un « appareil » bureaucratique central lourd, attac suisse peut profiter de la proximité des réalités locales et peut réagir de manière relativement flexible à des initiatives venant des membres actif-ve-s, comme le prouve le foisonnement des commissions nationales ayant divers objets, dont certains durent et d’autres ne se créent que ponctuellement : « Université d’été » ; « Davos » ; « OMC/AGCS/service public » et, tout nouvellement, « femmes et mondialisation ».

Mais cette réalité comporte aussi des faiblesses, notamment avec l’importance grandissante du nombre d’activités, ainsi que l’écho que rencontrent ces activités. Force est de constater que le travail de coordination nationale s’appuie souvent sur des bonnes volontés individuelles. Par exemple, la gestion des traductions ou du site internet se sont longtemps appuyées chacune sur une seule personne, l’initiation et le suivi de campagnes nationales ont longtemps été gérés par le secrétaire.

Depuis un peu plus d’une année, le secrétariat collectif a commencé à travailler de manière réellement collective. Composé de Gérard Scheller (GE), Carole Zgraggen(GE, a démissionné début 2005), Laure Rusterholz (JU, comptable), Marlène Burri et Willy Perret-Gentil (NE), Karin Vogt (BS), Alexandre de Charrière (VD) et Ounsi El Daïf (VD), a rejoint le secrétariat fin 2004), Florence Proton et Alessandro Vinciarelli (VS) et le secrétaire Alessandro Pelizzari, il a pu impulser un bon nombre d’initiatives, comme le groupe de coordination des membres ou sympathisant-e-s interprètes volontaires et des traductions écrites (Coorditrad Suisse), le comité de rédaction de l’Angles d’ATTAC ou un groupe de liaison avec le Sand im Getriebe (la publication des attac germanophones), et certaines campagnes.

Egalement sous sa coordination, la récolte de fond pour le financement du poste de secrétaire s’est déroulée en novembre de l’année passée et a permis d’accomplir de maniére satisfaisante le mandat qui a été attribué par l’Assemblée générale 2004, soit la stabilisation des finances d’attac suisse. Cette campagne de financement a consisté premièrement en une rencontre des responsables financiers des sections pour socialiser les connaissances dans la gestion administrative des sections, réunion qui a débouché sur la rédaction d’un « guide du comptable d’attac ». Ensuite, le secrétariat a mis en place de manière ponctuelle un fichier national des membres et sympathisant-e-s d’attac, ainsi qu’un liste e-mail nationale. Finalement, en novembre un lettre de demande de soutien financier a été envoyé à toute personne inscrite dans le fichier, avec la mis en place d’un système de débit direct. En parallèle, un stock de matériel d’attac à vendre est en train d’être constitué. Un grand merci à toutes et tous qui y ont contribué avec leur soutien financier ! Pour améliorer le fonctionnement d’une association en constante évolution, le secrétariat s’est réuni pour la 2e année consécutive lors de 2 jours de retraite (en juillet 2005), et a discuté de l’organisation et de l’orientation politique d’attac suisse, discussion dont sont sorties entre autres des propositions de motions.

A signaler finalement un changement : Entré en fonction fin 2002 comme secrétaire occupant le poste fraîchement crée par l’Assemblée générale de cette année, Alessandro Pelizzari a quitté cette fonction fin juillet pour une nouvelle occupation à l’Université, tout en restant membre du secrétariat collectif. La Coordination d’attac suisse a élu en mai dernier sa successeure, Florence Proton. Depuis le 1er août elle est la nouvelle secrétaire d’attac suisse.

Le secrétariat collectif d’attac suisse, septembre 2005

 

 

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Mis en ligne le 31 octobre 2005

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