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Dimanche 7 septembre 2008, l’émission « Mise au point » de la Télévision suisse-romande (TSR), révélait une nouvelle affaire d’espionnage et d’infiltration conduite par le Département Investigation Services (IS) de l’entreprise Securitas, au sein du groupe anti-répression (GAR) dans le canton de Vaud [1]. Un nouveau cas qui, comme pour celui du Nestlégate, conserve d’importantes et inquiétantes zones d’ombre : on peut penser que l’infiltration de groupes de citoyens, considérés comme critiques, est une pratique courante de la part de la plus grande entreprise de sécurité de Suisse.
Les faits : une nouvelle taupe très assidue !
L’objet de ce nouvel espionnage est le GAR à Lausanne, groupe composé aujourd’hui d’une douzaine de personnes. Il analyse depuis des années les questions concernant la répression policière, informe les participant-e-s aux manifestations de rue de leurs droits, recueille enfin des témoignages de personnes ayant subi des actes de répression et les conseillent en cas d’interpellation, d’arrestation, d’enquête ou d’appel à témoigner [2]. Entre 2003 et 2005, ses membres ont ainsi été infiltrés par une taupe de Securitas qui opérait, comme dans le groupe d’attac vaud, sous une fausse identité. Son nom de code était « Shanti Müller ». « Shanti » a participé activement aux réunions non ouvertes au public du GAR, et ce durant plusieurs années. A ce titre, elle a eu accès, par exemple, à des centaines de témoignages de victimes de répression policière, ainsi qu’à des données le plus souvent très confidentielles et sensibles. Elle a même tenu un moment la caisse du groupe… Durant sa période d’infiltration, « Shanti » jouait à la bonne copine, se rendait au domicile privé de nombreux-euses militant-e-s, offrait des cadeaux et parlait abondamment de ses chiens de combat et d’une activité humanitaire qu’elle a menée en Inde [3]. Mais lorsqu’elle n’est pas Shanti Muller, elle est Fanny Decreuze, employée de Securitas d’abord aux gardes armées, puis à l’IS qu’elle aurait dirigée lorsqu’elle infiltrait le GAR [4]. Aujourd’hui Decreuze travaille toujours chez Securitas, voyage beaucoup et accessoirement est une « bonne » militante de l’UDC du district du Nyon, selon son président, Gabriel Poncet [5]. Pour le compte de qui a-t-elle infiltré le GAR ? Le(s) mandataire(s) de sa mission ne sont pas encore connus.
L’espionnage et l’infiltration : une prestation courante de Securitas ?
Cette nouvelle révélation confirme que la surveillance d’attac n’était pas une mission isolée de Securitas, contrairement aux affirmations de cette dernière lors de la révélation de l’affaire Nestlégate [6]. D’ailleurs, selon le GAR, « Shanti » ne s’est pas contentée d’infiltrer le groupe lausannois [7]. Elle a pris non seulement part à des réunions nationales à Berne, mais également aux manifestations anti-WEF à Lausanne, à une manifestation en tout cas pour la protection des animaux. Elle a été active dans les groupes sanitaires lors de manifestations, s’est liée à certains squats, participait à des fêtes et des repas. A Genève, elle a pris part au Forum social lémanique (FSL). Bref, elle ratissait large ! Aussi, au-delà des affaires Nestlégate et du GAR avec leurs deux taupes, il est fort probable que la surveillance politique soit une pratique courante et fasse partie d’une gamme de prestations « offertes » par Securitas, à savoir infiltrer des groupes associatifs et/ou politiques pour le compte d’un tiers. « Mise au point » avance que plusieurs taupes seraient encore employées par Securitas… Le GAR, comme attac, a décidé de déposer plainte sur le plan pénal.
Une police complice ?
Il ressortait de l’émission « Temps présent » du 12 juin 2008, que la police cantonale était au courant de l’infiltration du groupe des auteur-e-s du livre « attac contre l’empire Nestlé ». Une réalité que réprouvait la Fédération des fonctionnaires de police qui jugeait « inconcevable que la police vaudoise, qui était au courant des investigations de Securitas, non seulement n’ait pris aucune mesure à leur encontre, mais encore ait collaboré avec les responsables de cette entreprise » [8]. Dans le cas de l’infiltration du GAR, la police lausannoise admet avoir reçu des informations « sur ce milieu », mais de manière spontanée [9]… Il est absolument scandaleux que des responsables de la police, qu’elle soit communale, cantonale ou fédérale, aient été au courant - de manière informelle ou non - de missions d’espionnage de la part d’une entreprise de sécurité privée et qu’ils n’aient pas jugé nécessaire d’en informer les personnes concernées, comme en dispose la loi sur la protection des données (LPD). Nous attendons toujours le résultat de l’enquête « indépendante », menée au sein de la police cantonale vaudoise, en souhaitant que son caractère indépendant ne se limite pas à son appellation.
Il est urgent et nécessaire de faire toute la lumière
Hier attac, aujourd’hui le GAR et demain ? Un syndicat, un parti politique, un-e journaliste ? Quels autres groupes et/ou individus ont été espionnés ? Avec quelles méthodes ? Quelles informations ont été récoltées et où ont-elles circulé ? Avec quelles conséquences ? Qui sont les mandataires de telles missions ? Qui sont les responsables de ces missions ? La police était-elle au courant de ces pratiques ? Si oui, se contentait-elle de laisser faire ? Est-ce une deuxième affaire des fiches, avec une privatisation des tâches de surveillance ? Des questions pour l’instant sans réponses. Il est urgent et nécessaire que toute la lumière soit faite sur les méthodes d’espionnage dont ont été victimes attac et le GAR, mais également sur l’étendue de telles pratiques. Un système plus vaste, qui organiserait une surveillance de groupes citoyens, d’associations, de mouvements ou de partis, par des entreprises privées pour le compte de tiers, avec la complaisance de la police, se doit d’être démasqué et démantelé. Il constitue une forme de gangrène qui ronge l’exercice de nos droits démocratiques.
Isabelle Paccaud
[1] cf. Jean-Philippe Ceppi, Christian Karcher, « Une taupe modèle », Mise au Point du 7 septembre 2008, www.tsr.ch
[2] cf. Communiqué de presse du GAR, Lausanne, le 8 septembre 2008
[3] cf. Idem ; voir aussi 24Heures du mardi 9 septembre, p. 3
[4] cf. Madeleine Schürch, « La taupe de Securitas une espionne confirmée », 24Heures, le 9 septembre 2008, p. 3
[5] cf. Dominique Botti, « Une 2ème espionne de Securitas crée un nouveau scandale », Le Matin bleu, 8 septembre 2008, p. 2
[6] cf. Martine Clerc, « Après l’infiltration d’ATTAC, une nouvelle taupe chez Securitas », 24Heures, le 8 septembre 2008, p. 19
[7] cf. Communiqué de presse du GAR, Lausanne, le 8 septembre 2008
[8] Communiqué de Presse de la Fédération des fonctionnaires de Police, Lucerne, le 16 juin 2008. La Fédération s’exprime sur cette deuxième affaire aussi dans le même sens lors du « Mise au Point » du 7 septembre, www.tsr.ch
[9] cf. Martine Clerc, « Après l’infiltration d’Attac, une nouvelle taupe chez Securitas », 24heures, le 8 septembre 2008, p. 19
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