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Mondialisation financière et précarisation du marché du travail
L’envolée des cours de la bourse consécutive des mesures de libéralisation financière mises en place ces 25 dernières années ne peut être comprise sans sa contrepartie au niveau de « l’économie réelle », c’est-à -dire de l’organisation de la production des biens et services : la valeur des actions ne se développe en effet pas par elle-même, mais représente pour son détenteur un titre de propriété sur une partie du profit dégagé par une entreprise.
Développement des marchés boursiers et concentration du capital
Un des traits caractéristiques de la mondialisation financière est la restauration des taux de profit – qui avaient chuté lourdement au milieu des années 70- depuis la généralisation des politiques néolibérales du début des années 80 ; cette restauration des profits va cependant buter sur la difficulté à les réinvestir de manière rentable, et ne va donc pas déboucher sur une augmentation parallèle des investissements productifs : comme le montrent les études portant sur l’évolution des investissements directs à l’étranger (IDE, cf. les rapports annuels de la CNUCED sur l’investissement dans le monde), leur grande majorité porte sur des opérations de fusions – acquisitions. Face à cette pénurie de débouchés rentables, c’est vers la sphère financière que vont être orientés les capitaux profitant des possibilités ouvertes par la libéralisation financière, entraînant notamment l’explosion des marchés boursiers, un des piliers de la mondialisation financière (les deux autres étant le développement des marchés des devises et des marchés secondaires des obligations, cf. texte introductif)
Le développement des marchés boursiers s’accompagne ainsi d’une concentration de la production entre les mains de quelques détenteurs de capitaux, qui vont être en mesure d’exiger des taux de rendement très élevés sur leurs investissements.
La surexploitation des salariés, source des revenus boursiers
Ces rendements élevés vont trouver leur source dans les profondes modifications imprimées au monde du travail par l’offensive patronale lancée dès le début des années 80 :
Dans le blocage des salaires par les politiques d’austérité mises en place au début des années 80 : en Europe, la part salariale (rapport des salaires et cotisations sociales à la valeur ajoutée) est passée de 76,1% en 1980 à 68,1% en 1999 ; en Suisse, les salaires réels ont stagné lors de la dernière décennie (+0,3% entre 1993 et 2000), alors que les profits des entreprises s’envolaient (+ 120%)…
Dans une intensification des rythmes de travail : au cÅ“ur des revenus financiers élevés imposés par les détenteurs de capitaux, on trouve les nouveaux modes d’organisation du travail imposés dans les entreprises : ceux-ci visent à réduire la porosité du temps de travail, c’est-à -dire à maximiser le temps effectif de travail du salarié dans l’entreprise, par la chasse aux temps morts. Avec des conséquences désastreuses pour la santé des travailleurs : une enquête menée par le Seco (« Les coûts du stress en Suisse », septembre 2000) montre une augmentation générale (26,5% des personnes interrogées avouaient être soumises souvent, voire très souvent, au stress sur leur lieu de travail) des symptômes de stress dus au travail.
Dans une double flexibilité imposée aux salariés :
Bénéfices 1994-1999 : +120%
Croissance annuelle moyenne : +17,7%
Salaires nominaux 1994-1999 :+8,5%
Croissance annuelle moyenne : + 1.7%
Celle de la précarisation des statuts des travailleurs via la généralisation des contrats de durée déterminée, du travail à temps partiel, du recours aux travailleurs intérimaires (un marché juteux : la valeur boursière d’Adecco, entreprise suisse de placement temporaire a plus que décuplé entre 1996 et 2000)
Celle de la déréglementation des horaires de travail : banalisation du travail de nuit et du week-end et augmentation des heures supplémentaires non compensées, annualisation du décompte du temps de travail permettant une meilleure adaptation du travail aux rythmes de la production.
C’est de cette exploitation accrue des salariés que s’est nourrie l’explosion des revenus boursiers.
Contre la logique excluante de la finance, revendiquer la réduction du temps de travail
La deuxième facette des conséquences pour le monde du travail du développement des gains boursiers est l’exclusion d’une masse toujours plus considérable d’êtres humains du marché du travail : selon l’OIT (Organisation internationale du travail), un tiers des 3 milliards de personnes constituant la population active du monde étaient sans travail ou sous-employées au début de l’années 2001 ; en Suisse, les chiffres officiels du chômage cachent une augmentation brutale des personnes sous-employées (personnes désirant augmenter leur taux d’activité sans y parvenir, passées de 281 000 à 333 000 entre 1996 et 2000). Ce au moment où une remontée généralisée des taux de chômage s’annonce avec les centaines de milliers de licenciements prononcés depuis le début de l’été…
Ces données mettent en lumière le parti pris des politiques néolibérales et de leurs instigateurs : sacrifier la création d’emplois à l’accroissement des revenus financiers dans le contexte d’un manque de débouchés rentables (et donc de possibilités d’investissements productifs) pour les capitaux.
Cette conséquence pour le monde du travail de la pression financière, et les limites de notre système économique qu’elles soulignent – la nécessité de nier des besoins sociaux pour répondre aux exigences de rentabilité financière – rendent urgente, dans la lutte contre le pouvoir des marchés financiers, la revendication d’une réduction du temps de travail sans réduction des salaires.
Une réduction du temps de travail qui ne doit pas être un outil pour sa flexibilisation (comme l’a été l’introduction des 35 heures en France, par exemple), mais celui d’un droit de regard des salariés sur la richesse qu’ils créent.
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