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La mondialisation financière
L’une des caractéristiques marquantes du développement économique international de ces dernières décennies réside dans sa financiarisation, fortement stimulée par la libéralisation de la circulation du capital –organisée systématiquement par les gouvernements des pays les plus puissants–.
La mondialisation financière repose sur trois piliers : le marché des devises –opérations sur les monnaies étrangères–, le marché des obligations –titres de créance– et celui des actions –titres de propriété–.
Le marché des devises a connu une gigantesque dilatation [1] : "le montant des transactions effectuées sur le marché des changes (là où s’échangent les devises) a été multiplié par cinq depuis 1980 pour atteindre plus de 1500 milliards de dollars par jour. Ce gonflement n’a plus de rapport direct avec le financement de la production et des échanges internationaux. D’après les estimations de la Banque des règlements internationaux (BRI), le montant des transactions financières internationales est 50 fois plus important que la valeur du commerce internationale portant sur les marchandises et les services." Les deux autres marchés ont également connu une expansion formidable. Que l’on pense, pour le marché obligataire, à l’explosion de la dette des pays du Tiers monde, mais aussi à l’augmentation de la dette des pays du Nord, dont ont profité les grandes multinationales et les investisseurs institutionnels (notamment les fonds de pension) qui en tant que détenteurs d’une partie importante de cette dette ont pu engranger les intérêts que les peuples du sud et du Nord ont payé. Que l’on pense, concernant les actions, à l’évolution des sommes investies en bourse : en Suisse on passe de 75’600 de millions de francs suisses en 1980 à 1’111’852 de millions (1’111’852’000’000) en 2001. Aujourd’hui la capitalisation boursière représente presque le 300% du PIB alors qu’en 1980 elle ne représentait que 42% du PIB–.
La libéralisation des marchés de devises, des obligations et des actions a consacré la démission des pouvoir publics. Elle a en même temps fortement stimulé la spéculation (opérations à court terme), d’où l’extrême volatilité et l’instabilité de ces marchés derrière laquelle se cache un transfert massif de richesses des peuples du sud vers le nord et de certaines couches sociales à d’autres au sein même du nord. En d’autres termes, on a assisté à une croissance des inégalités de la répartition des richesses–.
Taxe tobin et impôt sur les gains en capital : avantages et limites
Attac a repris à sa manière la revendication de la taxe tobin (cf. point 4 du dossier). Elle permettrait de taxer et donc de limiter la spéculation sur le marché des devises. L’impôt sur les gains en capital (cf. point 3 du dossier), sur lequel une partie de la population votera le 2 décembre 2001 a l’avantage de concerner aussi les gains réalisé à travers des opérations spéculatives sur les actions et les obligations.
Les militants d’attac sont conscients du fait que des taxes et des impôts de ce type ne touchent qu’à la surface du phénomène qu’est la financiarisation de l’économie. Ils savent que pour s’opposer à cette financiarisation il faut s’attaquer aux mécanismes qui sont à sa base. Pour ce faire, il est important de comprendre ces mécanismes.
Politique fiscale, privatisations et exploitation
La financiarisation de l’économie exerce une double contrainte sur la politique fiscale. D’une part, en exerçant une pression terrible sur les marges bénéficiaires des entreprises, elle encourage ces dernières à revendiquer une baisse de tout impôt qui la touche plus ou moins directement. D’autre part, parce qu’elles possèdent une partie importante de la dette publique, les multinationales et les investisseurs institutionnels –notamment les fonds de pension– soutiennent une politique monétaire restrictive qui se traduit par une politique d’austérité –réduction des dépenses– (cf. point 2 du dossier, dédié à la politique financière suisse).
Les capitaux pouvant désormais circuler sans limites particulières cherchent des possibilités de rémunérations semblables à celles qu’ils trouvent dans la sphère financière. D’où la rage avec laquelle ils oeuvrent en faveur des libéralisations et privatisations des marchés publics (cf. point 5 du dossier) –d’où l’importance, à leurs yeux, des Accords sur le commerce des services qui devraient être signés au Qatar au début du mois de novembre–, qui peuvent leur garantir des taux de rentabilité satisfaisants. La marchandisation de ces secteurs sacrifie les besoins sociaux.
Enfin, il est indispensable de rappeler que la financiarisation de l’économie ne fait qu’accentuer des inégalités qui naissent ailleurs, dans la sphère de l’économie réelle (cf. point 6 du dossier). Les travailleurs et les travailleuses ont produit l’essentiel de la richesse dans des conditions qui se sont fortement dégradées ces dernières décennies : précarité de l’emploi ; flexibilité, allongement et intensification du travail ; ou encore chômage pour quelques centaines de millions de personnes.
[1] Plihon, in Attac, 1999, p. 21
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