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Accueil >> Angles d’ATTAC >> 54 Angles d’Attac n°54 Septembre 2008  
Sidi Ifni en état de siège

Sidi Ifni. Ne pas oublier Sidi Ifni. Comme dans de nombreuses révoltes où l’aggravation de la précarité des conditions de vie et les droits sociaux les plus élémentaires sont en jeu, les femmes sont des actrices de premier plan. Silence et terreur contre révolte d’une population entière. Guerre des communiqués. Des moments forts avec les femmes en tête. A Sidi Ifni, les forces de l’ordre déchaînées contre les jeunes et tous les habitants, ont fait payer un prix particulier aux femmes.

Voir le film de Souad Guennoun sur la révolte de Sidi Ifni : et la partie 2

« Sous les matraques, Sidi Ifni reste mobilisée et continue à résister : le 12 juin, une grève générale a été décrétée sur toute la ville, le travail s’est arrêté, les boutiques sont restées fermées.... mais la rue n’est pas pour autant restée déserte, à deux reprises, les femmes, bravant la répression, sont sorties en manifestation, toutes de noir vêtues -en signe de deuil- avec pour toute protection le drapeau marocain. La police a renoncé à intervenir ». Depuis le 30 mai dernier, les habitants de Sidi Ifni manifestent jour et nuit, exaspérés par le clientélisme qui prévaut au sein de la municipalité lors de l’attribution des emplois publics, alors que le chômage est endémique dans la région et que l’ouverture d’un nouveau port qui fournirait de l’emploi, tarde à se concrétiser.

Aussi, c’est d’abord vers le port que se sont dirigés les manifestants, qui y ont installé un campement afin de bloquer la sortie des camions frigorifiques de transport de poisson. Jour après jour, les manifestations se multiplient. Ainsi, une manifestation de plus de 200 femmes a fait la jonction avec les jeunes et ce sont plus de 4’000 manifestants qui se sont rassemblés devant la municipalité, jusqu’à obtenir l’ouverture, le 2 juin, de négociations avec les autorités locales et régionales.

Une délégation a été constituée, qui a revendiqué tout à la fois des mesures immédiates permettant aux familles de subvenir à leurs besoins, la finalisation de projets de développement économique (port et zone industrielle) et le respect des droits et de la dignité des travailleurs du port.

Les autorités ont d’abord criminalisé le mouvement, taxé d’illégalité et de manipulation extérieure, mais se sont finalement engagées à ouvrir une conserverie de poisson dans un délai de 45 jours et d’ouvrir l’accès aux emplois de la Solidarité nationale dans un délai de deux mois.

Mais les habitants, peu satisfaits des résultats des négociations et déjà échaudés (depuis 2005) par de multiples promesses non tenues, ont maintenu le blocus et la mobilisation. A quatre heures du matin, le 7 juin 2008, les forces de l’ordre ont violemment dispersé le piquet devant le port et effectué des descentes dans les maisons, opérant plusieurs dizaines d’arrestations, volant et saccageant les maisons, tandis que des tirs étaient entendus dans les rues. Immédiatement, une manifestation s’est regroupée pour réclamer la libération des détenus et la ville est maintenant quadrillée par les forces de police qui continuent à rechercher les « meneurs », dont certains de nos militants d’Attac, à opérer des arrestations et à prendre en otage des membres de la famille des personnes en fuite. La chaîne de télévision Al Jazeera a annoncé, mardi 7 juin, que quatre personnes étaient décédées. D’autres rumeurs font état d’un nombre plus important.

Sidi Ifni est une petite ville portuaire située à 200 km environ d’Agadir. Longtemps sous domination espagnole, cette ville n’a été rétrocédée au Maroc qu’en 1969 (rappelons que le Protectorat sur le Maroc a pris officiellement fin en 1956). Depuis, cette ville fait partie du Maroc marginalisé et les populations exaspérées multiplient depuis plusieurs années les mobilisations afin d’avoir accès aux droits constitutionnellement reconnus, aux services publics, à la mise sur pied d’une véritable politique économique et sociale permettant la résorption du chômage et le décollage économique de la région.

Source : Attac Maroc, 7 juin 2008, par email.

 

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Mis en ligne le 13 août 2008

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