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Dans une première partie chronologique, Anne Daguerre parle de l’émergence du chômage de masse dans les années 80. Les politicien-ne-s ont réagi de trois manières : 1) la réduction de l’offre en travailleur-euse-s, avec par exemple l’introduction des pré-retraites ou des mesures visant la diminution des femmes sur le marché du travail ; 2) la flexibilisation du marché du travail avec l’assouplissement des normes de protection des salarié-e-s ; 3) la politique d’activation au travail.
Dans une deuxième partie, Anne Daguerre détaille le point 3 tel qu’il est appliqué en Europe. Les pays adoptent pour la plupart une politique “active” d’activation, avec des programmes de formations, d’insertion des jeunes et la recherche d’une qualité de l’emploi.
Cependant, le consensus sous-jacent à cette politique semble être l’idée que le chômage de masse n’est pas dû à un manque de demande de l’économie, mais à un manque de flexibilité et d’adaptabilité de la main-d’oeuvre. Par conséquent, les politiques introduites deviennent progressivement une arme contre les salarié-e-s européen-ne-s : développement de l’emploi temporaire, du travail à temps partiel, des contrats à durée limitée, etc. Le pourcentage global des working poor est actuellement de 15%, le plus élevé étant en Grande-Bretagne.
Anne décrit le modèle danois de “flexi-sécurité” que plusieurs pays tentent d’introduire : une très basse protection au niveau de l’emploi (flexibilité) et un haut niveau de prestations d’assistance. Le résultat en Grande-Bretagne par exemple est un transfert de nombreuses personnes du marché du travail vers l’assurance invalidité et la pré-retraite.
Kurt Wyss nous présente une nouvelle politique suisse d’aide sociale plus dure que ce qui est pratiqué en Europe. En ce moment même, un système de “workfare” est en train d’être mis en place, prôné par la CSIAS (Conférence suisse des institutions d’action sociale), qui se distingue de la politique active d’activation décrite par Anne Daguerre. Le workfare, un modèle américain, est une prestation d’assistance directement subordonnée au travail, c’est-à -dire que les prestataires ont l’obligation de travailler quelle que soit leur situation.
Ce modèle de workfare est une politique particulièrement dure qui permet aux institutions et aux employeur-euse-s d’introduire des normes d’emploi extrêmement flexibles et contre l’intérêt des prestataires. Il y a trois démarches pratiquées : 1) la diminution du montant de base payé aux bénéficiaires de l’aide sociale - 960 frs mensuels au lieu de 1’100 frs auparavant ; 2) des prestations qui varient selon la “volonté d’intégration” de la personne concernée, avec un “complément” de 300 frs ou une “sanction” de 0, 100 ou 200 frs ; 3) des marges supplémentaires sur une échelle de 400 à 700 frs comme “récompense” si certaines conditions d’emploi sont remplies. Le danger, bien-sûr, c’est que ces deux dernières mesures peuvent être appliquées de façon arbitraire.
L’audience a gardé de la session 4 la conviction qu’il faut être particulièrement vigilant face à ces nouvelles normes CSIAS. Nous avions l’impression, en écoutant Anne Daguerre et Kurt Wyss, que les nouvelles pratiques suisses dépassent de loin en sévérité celles de l’Europe, déjà pas brillantes. Nous tous, prestataires ou non, ferions sonc bien de suivre de près cette évolution et de faire campagne contre le durcissement de la politique d’aide sociale en Suisse.
PS: Anne Daguerre, de nationalité française, est chercheuse en sciences politiques à la Middlesex University, Grande-Bretagne. Plusieurs de ses articles on paru récemment dans Le Monde Diplomatique, et elle publie également dans Les Alternatives Economiques et des revues scientifiques. Ses domaines principaux sont les politiques d’activation du marché du travail et la politique familiale.
Kurt Wyss, sociologue indépendant à Zurich, mène des projets de recherche sur l’aide sociale en Suisse et suit de près son évolution et les conséquences dans la société. Il fournit des analyses à des associations telle la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS), coordinatrice de l’aide sociale qui en Suisse est du ressort des cantons. |