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Accueil >> Angles d’ATTAC >> 46 Angles d’Attac novembre 2007  
Quels défis pour les mouvements altermondialistes ?

Le 9 octobre, Chico Whitaker était à Fribourg pour une conférence avec le titre « Globalisation et altermondialisme : un défi pour la solidarité Nord-Sud ? ». En collaboration avec E-CHANGER et d’autres organisations, la soirée a amené environs 90 intéressé-e-s à la conférence.

Quand Francis Fukuyama, après la dissolution de l’URSS, a publié son livre « La fin de l’histoire », on ne pensait pas qu’une nouvelle dichotomie politique pouvait se former et constituer ainsi un nouvel ordre social. Cependant, les années nonante sont marquées par une montée de la politique néolibérale, qui domine et détermine le monde encore aujourd’hui. Les personnes sont emprisonnées dans cet engrenage absurde, dont le but ultime est le profit. Cette situation a aggravé les conditions de vie dans le Sud et élargi les inégalités entre Nord et Sud, tout comme entre citoyens d’un même pays. Les protestations contre les accords de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) de 1999 à Seattle marquent le moment qui confirme que la fin de l’histoire n’est pas encore arrivée. Depuis cette révolte contre le système néolibéral, une nouvelle manière de penser s’est développée : le mouvement altermondialiste a vu sa naissance. La création du Forum social mondial (FSM), en 2001, s’inscrit dans cette nouvelle façon de penser l’ordre actuel : il vise un échange d’idées entre différents mouvements, à dépasser les problèmes dans la lutte contre les dominants et à identifier ainsi des nouvelles stratégies et actions concrètes contre le néolibéralisme. Mais comment sensibiliser les gens aux difficultés du système contemporain ? Face à cette question, que les spectateurs ont posé à plusieurs reprises, Chico Whitaker identifie trois stratégies : le changement personnel, l’idée fixe et l’identification de problèmes qui touchent directement le plus grand nombre possible de personnes­. La stratégie du changement personnel est accessible à tout le monde et concerne beaucoup d’aspects de notre vie qui peuvent paraître mineurs, mais qui cachent en effet un potentiel de changement pour la société toute entière. L’utilisation du vélo à la place de la voiture, des achats responsables qui tiennent compte du processus de production (conditions de travail, responsabilité sociale des producteurs, etc.) et, plus en général, l’orientation de toutes nos actions quotidiennes envers une société plus équitable peuvent déterminer des changements significatifs. Si cela peut paraître simple et même un peu naïf, il faut quand même penser à combien de personnes se cachent derrière un « Je ne peux rien faire » pour accepter de facto l’ordre néolibéral. Des changements d’une si simple application ne laissent plus d’espace aux excuses et peuvent en plus être le début d’un chemin qui mène à une plus grande prise de conscience­. La stratégie de l’idée fixe s’adresse en particulier aux militant-e-s, et ce n’est au fond qu’une simple application du bon sens, tellement simple qu’on finit souvent pour l’oublier : il faut se concentrer sur un objectif précis (l’idée fixe) et ne plus l’abandonner jusqu’à ce que on l’ait atteint. Whitaker conseille en particulier de se concentrer sur les aspects fondamentaux du système contre lequel on se bat. On peut penser en particulier à la Taxe Tobin, qui est à la base de la création d’attac : son application serait un coup très sérieux à la finance internationale, qui fait de la liberté de circulation des capitaux un de ses points de force. Pourtant, attac a élargi énormément le spectre de ses activités, jusqu’à perdre de vue cet objectif originaire, ce qui constitue certainement un enrichissement mais aussi un risque grave de dispersion. La troisième stratégie est l’identification des problèmes qui touchent le plus directement possible ceux que l’on vise à mobiliser. Elle semble s’adresser surtout à ceux qui, individus ou organisations, jouent un rôle de référence pour le reste de la société, même si n’importe qui a le devoir et la possibilité de le faire : il s’agit de montrer comment ce système néolibéral, qui semble être si loin de notre vie quotidienne, est pourtant une menace réelle et effective. Ce n’est qu’en étant conscient que l’on se mobilise contre une menace, comme il s’est passé en Argentine contre le FMI ou en France contre ladite Constitution Européenne. Dans cette optique, Chico Whitaker voit dans la problématique du climat une question qui touche tout le monde et l’assignation du prix Nobel pour la paix à Al Gore et à l’Agence des Nations Unies pour le changement climatique semble le confirmer. Si la précarité, l’exclusion, les problèmes des terres, etc. ne touchent qu’une couche spécifique de notre société, malheureusement la plus faible et donc la moins capable de réaction, les changements climatiques, avec leurs effets collatéraux, affecteront la vie de nous tous si nous ne commençons pas à agir maintenant. Il s’agit donc d’un levier puissant pour espérer de changer le monde. Le FSM de 2009 suit donc cette idée : il aura lieu à Belém, dans la forêt amazonienne brésilienne, pour mettre au centre de la discussion d’une part la problématique du climat, d’autre part les problèmes liés aux communautés indigènes qui se voient usurper leurs terres. C’est donc avec trois suggestions si simples, et pourtant si sages, que Chico Whitaker a partagé l’expérience de toute une vie d’engagement avec ses spectateurs. Toutefois, la conférence n’a pas été qu’une paisible passerelle pour un personnage très connu, et Chico Whitaker a dû faire face à différentes critiques : quelle fonction peut avoir un FSM dans un système corrompu comme aujourd’hui ? Est-ce qu’une campagne 0.7% d’aide au développement ne légitime-t-elle pas les inégalités Nord-Sud ? Ne devrions-nous pas commencer à moins voler aux pays du Sud pour leur permettre un vrai changement ? Bref, comme Walden Bello l’a déjà proposé : est-ce que le FSM ne doit pas laisser la place aux mouvements pour les actions concrètes ? Pour Chico Whitaker, la réponse est claire : le FSM constitue par excellence l’espace de réflexion des mouvements altermondialistes et ne doit en aucun cas être dissous, car il reste indispensable pour l’échange d’expériences de mouvements d’une vaste diversité.

ENCADRÉ :
Le 26 janvier 2008, un nouveau FSM aura lieu. L’idée de cette année est de décentraliser le forum, pour que des actions symboliques soient organisées dans chaque pays. A Zurich, l’Autre Davos thématisera « La crise du capitalisme ». Un autre monde est possible et il est déjà en construction.

 

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Mis en ligne le 4 novembre 2007

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Dans les pages 46 Angles d’Attac novembre 2007  

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