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Les prises de position en solidarité avec les populations libanaise et palestinienne occupées, bombardées, assassinées, ont été nombreuses ces derniers temps. Mais il ne s’en est pas passée une sans que la question de la position vis-à -vis du Hezbollah (et parfois du Hamas) ne se pose. La plupart du temps, on se retrouve dans une dichotomie qui ne laisse que le choix de condamner en bloc le Hezbollah et le Hamas car terroristes, ou de se solidariser avec eux car ils représentent des mouvements populaires s’opposant à l’impérialisme.
Il me semble que nous devrions en sortir : d’une part ces partis défendent une vision ultraconservatrice de la société, contre laquelle nous luttons. Et plus que ça : au Liban, c’est un ministre du Hezbollah qui est en charge de l’électricité et de sa privatisation (dossier chaud du moment), et le Hezbollah siège au Conseil supérieur de la privatisation en place et qui brade le pays à des multinationales. Ce parti est donc idéologiquement un adversaire, c’est clair.
Mais d’autre part cela n’en fait pas un mouvement terroriste. C’est un parti qui est membre de la coalition gouvernementale au Liban (à l’origine plutôt pro-américaine), qui a été terroriste pendant la guerre civile (1975-1990) comme l’ensemble des milices libanaises (de droite et de gauche, chrétiennes ou musulmanes) et qui depuis s’est inséré dans la scène politique libanaise. Si sa branche armée vise aujourd’hui des civils, c’est de la même manière que le fait Israël, et surtout c’est en réponse aux missiles israéliens que ses missiles sont tirés. Le Hezbollah a observé la trêve signée en 1996 avec l’état d’Israël et n’a pas touché un civil israélien jusqu’aux bombardements de civils libanais début juillet. Se limiter à le traiter de terroriste et donc persona non grata est faire complètement abstraction de la réalité intérieure libanaise (on lira à ce sujet Politis du 20 juillet 2006).
Une question qui revient souvent est : faut-il manifester avec eux ? Il n’y a pas de réponse évidente. En France, lorsque la gauche a manifesté contre Le Pen en 2002, elle l’a fait avec Sarkozy, qui n’est idéologiquement pas mieux, même s’il lui est opposé.
De même, l’état iranien est bien sûr pour nous un adversaire idéologique, mais il faut être prudent avant de le traiter d’état terroriste. Ou alors, et c’est tout à fait défendable, les Etats-Unis, Israël, la Russie, sont des états terroristes puisqu’ils visent délibérément des civils pour semer la terreur. La comparaison peut se prolonger à la rhétorique de destruction de l’état d’Israël, qui est souvent citée pour condamner ces mouvements. Elle est détestable, elle n’en est pas moins partagée par tout le monde, entre les « croisades » de Bush et « les arabes qu’il faut tuer un à un » de Sharon, il n’y a pas de mots moins mauvais que d’autres.
Israël pour sa part n’est pas le seul état démocratique du Proche-Orient, le Liban est aussi un état démocratique : presse bien plus libre qu’en Israël, liberté de culte, droit de vote pour tout le monde (sauf pour les Palestiniens, un point commun de plus avec le grand voisin...), de caricature, de manger et de boire quand on veut, torture interdite, etc... Mais en réalité, dans les deux cas le jeu démocratique est faussé par des intérêts économiques, de classe, de clan, de confession, le patriarcat, de fanatisme nationaliste, etc... Allez critiquer la politique israélienne actuelle en Israël, impossible. C’est le même type de « démocratie » que nous critiquons aux Etats-Unis, en France, en Suisse et ailleurs, et que nous cherchons à changer en pratiquant la politique « au sens propre du terme ».
Je vais terminer sur ce constat, qui n’est qu’une piste pour la suite : que se passe-t-il actuellement au Proche-Orient ?
le Liban est en train d’être détruit économiquement pour des dizaines d’années, un concurrent économique potentiel pour Israël (le seul ?) effacé.
l’état de guerre permanente se prolonge, les opinions publiques sont bâillonnées de fait en Israël, en Palestine, au Liban, en Syrie, en Iran, et bien plus loin que ça... C’est la mondialisation guerrière au pied de la lettre. Pendant ce temps, les privatisations continuent, les ventes d’armes marchent très bien.
au cas extraordinaire où il faudrait reconstruire, les entreprises qui le feront sont toujours les mêmes : Bouygues & Co pour le Liban, des entreprises israéliennes pour la Palestine.
la place de l’être humain, de la société civile, dans tout ça : nulle.
Et surtout : l’objectif affiché, affaiblir le Hezbollah, n’a pas été atteint. A-t-il même été recherché ?!
O. El Daïf, attac suisse, membre attac liban
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