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Liberté de manifester en danger

Lors des manifestations anti-WEF du mois de janvier et de celles contre les politiques racistes de l’UDC des mois précédents, il est apparu très clairement que la police suisse, forte d’une nouvelle base légale, s’est "entraînée" sur les militant-e-s à faire face à des situations de tensions attendues lors de l’Euro 2008. Cette base légale, créée spécialement en vue du championnat de football, est décriée par les milieux des droits de l’homme qui la considèrent comme anticonstitutionnelle. Elle permet notamment d’interdire l’accès à un périmètre de sécurité autour des stades et de procéder à des arrestations préventives et à des gardes à vue de 24 heures, et ce pour des personnes dès 16 ans. Ces mesures exceptionnelles devraient normalement expirer en 2009, mais le Conseil fédéral a d’ores et déjà prévu d’inscrire les modifications dans la Constitution afin de pouvoir « assurer la sécurité intérieure ».

Si on relit ces mesures à la lumière du communiqué du Département Fédéral de Justice et Police du 26.08.2004 sur la sécurité intérieure, on peut légitimement penser qu’elles seront par la suite avant tout utilisées contre les mouvements sociaux contestataires. Ce communiqué stipule en effet que « les actes motivés par l’idéologie d’extrême droite ne compromettent la tranquillité, l’ordre et la sécurité publics qu’occasionnellement et localement. En revanche, les représentants de l’extrême gauche constituent pour l’heure une menace plus importante ».

Les manifestations qui se sont déroulées durant les derniers mois de l’année 2007 et en janvier 2008 le montrent : la police durcit le ton et des mesures exceptionnelles sont prises pour empêcher toute manifestation.

Alors que chaque nouveau défilé de contestation apporte son lot d’arrestations, de fichage, de répression, faut-il pour autant renoncer à manifester ? La question est attendue et la réponse peut sembler triviale : certainement pas ! Manifester est non seulement un droit, mais également un élément essentiel de la démocratie. Il faut pouvoir contester pacifiquement dans la rue et y porter des revendications : la démocratie ne passe pas uniquement par "les urnes une fois tous les 4 ans", mais aussi par la participation citoyenne aux affaires de la Cité, au sens grec du terme. Empêcher la population de s’exprimer dans la rue est un grave signe de déficit démocratique. C’est pourquoi les mouvements contestataires refusent de renoncer à ce droit et continueront dans le futur à exprimer leurs revendications dans la rue. Quoi qu’il leur en coûte. D’ailleurs, face au durcissement de ces derniers mois, diverses organisations se sont réunies pour protester contre cette répression, notamment à travers un appel à une large manifestation, le premier mars à 13h30 au Barfüsserplatz à Bâle.

ENCADRE

Bref rappel des dernières manifestations et de leur déroulement :

Le 19 janvier a eu lieu la manifestation contre le WEF dont l’autorisation officielle avait été retirée par les autorités bernoises quelques jours auparavant. Pour attac suisse, il a toujours été question de soutenir cette manif, comme nous le faisons chaque fois qu’il y en a une contre une institution que nous considérons comme illégitime. Ainsi, malgré le retrait de l’autorisation de manifester à Berne, plusieurs militant-e-s ont décidé d’y participer tout de même et ce pour trois raisons principales :

- d’abord, il était illégitime de retirer une autorisation de manifester deux jours avant que celle-ci n’ait lieu, alors qu’il y avait eu une large mobilisation pour y participer ;
- ensuite, les raisons évoquées par les autorités de la ville n’étaient pas justifiées. Elles considéraient que les organisateurs de la manifestation ne s’étaient pas suffisamment distancés de la violence, ce qui ne signifiait pourtant pas que ceux-ci se prononçaient en faveur de violences ;
- finalement, et c’est certainement le point le plus important : il s’agissait ici de manifester contre le WEF, c’est-à-dire contre un rendez-vous qui réunit 2500 personnes de l’élite politique et économique mondiale, lesquelles discutent en dehors de tout regard démocratique de partage de marchés, de mainmise sur les énergies, de mesures qui précarisent des millions de personnes, démantèlent des droits sociaux, répriment les résistances syndicalistes ou citoyennes...

Dès leur arrivée en ville, les militant-e-s ont été accueilli-e-s par des centaines de policiers, questionné-e-s sur leur destination et le motif de leur séjour à Berne, fouillé-e-s et pour les plus malchanceux/euses, immédiatement arrêté-e-s et emmené-e-s. La manière dont les policiers ont opéré le tri entre militant-e-s et simples passant-e-s n’est pas très claire. Il y a d’ailleurs plusieurs histoires de touristes enfermés sans aucune raison. La situation en ville n’était guère plus détendue, bien au contraire ! Un gros déploiement de plus de 600 policiers, venus de 6 cantons différents, a tenté tout au long de l’après-midi d’empêcher la tenue de la manifestation. Bien souvent les passant-e-s se sont solidarisé-e-s avec les militant-e-s face à ce déploiement disproportionné des forces de l’ordre.

Au bilan de la journée, il n’y a eu aucune déprédation de la part des manifestants (ce qui n’a quasi pas été évoqué par la presse !) mais de nombreuses personnes brutalisées, gazées et on parle de plus de deux cents personnes arrêtées et mises en garde à vue.

Le 26 janvier, une soixantaine de personnes s’étaient donné rendez-vous pour tenter de manifester contre le WEF à Bâle. La police ne l’a pas entendu de cette oreille et a arrêté des douzaines de personnes de manière préventive. Elle a même fait stopper un tram et embarqué les touristes se trouvant à bord. Comme Berne et les autres villes de Suisse, Bâle est confronté aux nouveaux dispositifs sécuritaires en vue de l’Euro de juin prochain et subit ainsi les durcissements en matière de sécurité intérieure.

 

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Mis en ligne le 25 février 2008

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