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Lettre ouverte à la société civile et aux pouvoirs publics
Le prix des matières premières, en particulier celui des produits agricoles et du pétrole, explose. Une seule explication à cela : la spéculation. Certains journaux ont essayé de percer le secret du négoce de ces matières, mais ils se heurtent au mutisme des gens qui savent. Le Temps parle du silence assourdissant des géants genevois du négoce agricole, qui contrôlent 40 % du commerce mondial.
Les informations dont le citoyen dispose, permettent néanmoins trois affirmations fondamentales :
1. La spéculation est de plus en plus le fait d’acteurs qui n’ont rien à voir avec le commerce de ces produits : fonds de pension, hedge funds. Cela signifie, entre autres, que l’argent que nous avons épargné contribue, sans notre consentement, à affamer les plus pauvres de la planète.
2. La spéculation ne se fait plus uniquement par les options ou les achats à terme, mais bien au travers "d’indices généraux des matières premières" ( ?) concoctés par les grandes banques. Les banques ont donc une responsabilité importante dans cette affaire.
3. La spéculation repose sur des prévisions auto-réalisatrices. En effet si tous les acteurs intervenant sur un marché prévoient une hausse de prix, leur comportement (émettre une demande) va provoquer le mouvement qu’ils prévoyaient. Une fois lancé, le phénomène s’auto-entretient et peut aboutir à la formation d’une bulle spéculative. Contrairement à ce que prétendent les défenseurs du néolibéralisme, cette situation n’a plus rien à voir avec les besoins du marché et celui-ci ne peut plus réaliser l’équilibre qu’il est censé garantir.
Le capitalisme moderne montre ici son caractère totalement immoral et honteux : les personnes les plus riches augmentent leur fortune sur le dos des trois milliards de pauvres de la planète et ceci sans fournir le moindre travail utile à la société.
Seule une restriction de la liberté d’agir des spéculateurs pourra les empêcher de nuire. Il est urgent que la société civile et les pouvoirs publics se mobilisent à cette fin.
Gérald Mermet
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