|
Depuis que j’ai commencé à suivre les activités de Nestlé dans les années 1970, j’ai pu constater que cette entreprise ne peut souffrir la moindre critique et qu’elle est prête à tout pour faire triompher son point de vue et, quand elle le peut, pour étouffer les analyses qui lui sont défavorables. Je ne connais pas la loi suisse applicable en l’occurrence, mais je sais que la Suisse est un pays démocratique et cette fois, Nestlé va trop loin. Si cet espionnage que Nestlé a mené contre les membres d’Attac vaud - accompagné de véritables violations de leurs domiciles et de leur vie privée - est estimé « légal », alors plus personne n’est à l’abri. Si Nestlé peut impunément infiltrer des groupes de citoyens et surveiller leurs activités entièrement licites et non-violentes comme s’il était un Etat infiltrant une cellule terroriste, alors les chercheurs en sciences sociales n’auront plus le droit de travailler, ni les journalistes de faire des enquêtes comme l’équipe de Temps Présent l’a très courageusement fait. Plus personne ne pourra critiquer une entreprise transnationale ni défendre les droits de l’homme, du travail, de l’environnement. Si cet espionnage est « légal » ; le citoyen n’a plus de liberté d’action et un nouveau genre de fascisme corporatiste doux et mou deviendra lui aussi « légal », mis en Å“uvre non plus par un gouvernement ou un mouvement politique mais par des entreprises employant des polices privées et qui, du fait de leur chiffre d’affaires, se croient tout permis.
En tant que préfacière du livre d’Attac vaud « Attac contre l’Empire Nestlé », j’imagine que j’ai été espionnée au même titre que mes collègues. En conséquence, je tiens à être associée à toute plainte en justice ou autre action que Attac vaud et Attac suisse jugeront bon d’entreprendre à l’encontre de Nestlé et je tiens aussi à exprimer mon entière solidarité avec eux, ainsi qu’avec l’équipe de Temps Présent en ce moment pénible. Je suis d’ailleurs certaine que le peuple suisse jugera le comportement abject de Nestlé comme il convient.
Susan George
Ecrivain, Présidente d’honneur d’Attac France
|