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En contradiction avec les efforts de paix de Micheline Calmi-Rey, à la tête de la Chancellerie suisse, les multinationales suisses Nestlé, Glencore, Aéroports de Zürich et Holcim, présentes aussi en Colombie, sont accusées d’alimenter la guerre, notamment par le déplacement forcé de populations, la connivence avec les groupes paramilitaires de droite, la violation des droits humains, les dommages à l’environnement, la spoliation des ressources naturelles et l’utilisation des entreprises étatiques adjugées.
Au sein même de la société suisse, on promulgue des lois restreignant la participation, le revenu et les droits de la population provenant des pays latino-américains [1]. Dans le cas des Colombien-ne-s migrant-e-s en Suisse, ces politiques préjudiciables non seulement les excluent légalement mais en plus les stigmatisent comme travailleur-euse-s illégaux-ales, terroristes [2], narcotrafiquant-e-s ou profiteur-euse-s de l’assistance sociale.
Autrement dit, les incohérences de la politique du gouvernement suisse en Amérique latine se manifestent notamment par son rôle de médiateur dans le conflit armé colombien avec les FARC et l’ELN, l’imposition de mesures xénophobes sur le plan national, et son incapacité à mettre un frein aux politiques des multinationales suisses en Amérique latine.
1. Présence de Nestlé en Colombie et son rôle dans le conflit social et armé.
Nestlé provoque des problèmes environnementaux et de santé.
Les usines de Nestlé causent la destruction des rivières dans les régions où elles siègent, en particulier des rivières Guatapurí et Bugalagrande, dans lesquelles elles déversent des déchets et de l’eau chaude contaminée. Ces pratiques échappent au contrôle environnemental national et profitent des politiques d’assouplissement du Protocole de Kyoto en faveur des pays peu industrialisés.
D’autre part, en 2002, Nestlé a réemballé et réétiqueté les paquets de lait en poudre, changeant la date d’échéance et mettant ainsi en danger des vies humaines [3].
Nestlé viole le droit d’association, ne respecte pas les conventions collectives de travail et produit du chômage.
Les représentant-e-s du syndicat regroupant les travailleur-euse-s de Nestlé en Colombie, Sinaltrainal, manifestent leur préoccupation concernant la politique de Nestlé extrêmement hostile et répressive contre les organisations syndicales, son attaque permanente contre les droits des travailleur-euse-s, et ses tentatives de démantèlement des conditions de travail.
Ils dénoncent le fait que 10 leaders syndicaux de Nestlé ont été assassinés par des paramilitaires présumé-e-s entre 1986 et 2005, lors d’un conflit du travail. De plus, 4’000 syndicalistes ont fait l’objet d’attentats ces 20 dernières années en Colombie [4].
Dans une lettre envoyée au président de Nestlé à Vevey, le syndicat a dénoncé le fait que l’entreprise a licencié 90 employé-e-s temporaires, laissant dans la misère autant de familles. Ces camarades ont travaillé pendant de nombreuses années pour Nestlé, qui ensuite les a congédié en leur faisant signer des accords incluant des inconsistances légales afin de les empêcher de réclamer leurs droits.
Nestlé limite le travail des femmes.
L’entreprise exerce une pression sur les femmes en leur faisant comprendre que si le syndicat les empêche de travailler la nuit, Nestlé se passera de leurs services. Ce procédé viole un accord signé entre le syndicat et l’entreprise, conclu pour établir de meilleures conditions de travail pour les employées et stipulant la non-autorisation du travail de nuit.
Nestlé ruine et déplace les petits commerçant-e-s et producteur-trice-s.
Dans le sud-ouest de la Colombie, les pratiques commerciales de la multinationale ont ruiné plusieur-e-s moyen-ne-s et petit-e-s distributeur-trice-s.
Des distributeur-trice-s de Nariño et Valle del Cauca, induit-e-s en erreur et trompé-e-s, ont investi dans un nouveau programme de distribution horizontale du système T à T. A cet égard, ils/elles ont effectué des études de marché, se sont procuré plus de 220 articles et se sont soumis-e-s à divers types d’expériences. Quand Nestlé a réalisé le programme et obtenu un point d’équilibre, elle a entamé des attaques pour les bloquer, comme par exemple en ne leur expédiant pas des produits clef [5].
2. Présence de Holcim en Colombie.
Cette multinationale du ciment, en deuxième position mondiale après la française Lafarge, a atteint en 2006 une croissance de 44% (1.088 milliard de francs) après avoir fermé plusieurs fabriques en Suisse et avoir acquis plusieurs entreprises dans les pays peu industrialisés.
Holcim se dissimule en Colombie et obtient des double bénéfices.
En Colombie, Holcim est propriétaire de la majorité des actions des Ciments Boyacá, et possède aussi des actions d’autres entreprises du secteur du ciment. Ainsi, elle n’apparaît pas publiquement comme multinationale. Holcim a donc des doubles bénéfices : en tant que multinationale, elle profite pendant 20 ans de la sécurité juridique garantie par le gouvernement du président Uribe. Elle bénéficie aussi de remises du revenu fiscal, n’étant taxée qu’à 15%, tandis que la taxation pour l’industrie nationale s’élève à plus de 30%. En même temps, en tant qu’entreprise nationale (par ses actions), elle profite de l’assouplissement du Protocole de Kyoto dont les droits d’émission de produits polluants sont moins restreints pour les entreprises nationales.
Holcim réprime ses travailleur-euse-s.
En 2005, tandis que les travailleur-euse-s effectuaient une manifestation de protestation face à leurs installations, Holcim a réprimé violemment les travailleur-euse-s en usant de forces policières.
Holcim profite des avantages en Colombie et procède à des délocalisations en Suisse.
Holcim a fermé plusieurs exploitations en Suisse en prétextant la réduction du marché suisse. En réalité, l’entreprise délocalise dans les pays comme la Colombie où elle trouve une main-d’oeuvre bon marché et flexible, avec un bas niveau d’organisation syndicale, des mines de ciment d’exploitation facile, sans grand problème de contrôle environnemental et un marché en pleine croissance [6].
3. Participation suisse à l’exploitation du charbon et au raffinage du pétrole colombien à travers la multinationale Glencore.
Glencore est une multinationale exploitant et commercialisant des matières premières comme le pétrole, le fer et le charbon. Elle est basée à Zoug et a été fondée par Marc Rich, qui s’est enfui des Etats-Unis après avoir été condamné pour violation d’embargo [7].
Glencore est responsable de violation des droits humains, de déplacements forcés de population et de complicité avec les paramilitaires.
Conjointement à Xstra, dont elle est partenaire majoritaire, Glencore est propriétaire de plusieurs mines de charbon dans la région du Cerrejón, au nord de la Colombie et à la frontière du Vénézuéla. Pour l’exploitation du charbon, elle a violemment déplacé, avec l’aide de groupes paramilitaires, la population autochtone de ce territoire appelée Wayú [8].
Dans cette région, Glencore exploite une des réserves de charbon les plus grandes d’Amérique, où elle bénéficie des meilleures conditions d’exploitation : proximité du port, haute pureté du charbon et mine à ciel ouvert. Ces mines ont été acquises par plusieurs multinationales à un moment où le prix du charbon était assez bas. Dans ce cas, le charbon n’a pas comme marché prioritaire le pays, mais le marché externe.
Glencore a privatisé la seconde plus grande raffinerie de Colombie située à Carthagène.
Alors que les travailleur-euse-s du secteur du pétrole, regroupé-e-s dans l’organisation syndicale historique USO, effectuaient, il y a quelques mois, une longue et dangereuse grève de la faim contre la privatisation de la raffinerie de Carthagène, Glencore profita d’une trahison du président Uribe pour la racheter pour la somme de 656 millions, équivalant à 51% des actions.
Plusieurs gouvernements locaux, le groupement politique d’opposition, le Pôle Démocratique Alternatif de Colombie, le syndicat des travailleur-euse-s et divers secteurs sociaux se sont opposé-e-s à la vente de 20% des actions d’ECOPETROL [9], et à la vente de la raffinerie de Carthagène. Cette entreprise est l’actif le plus stratégique de Colombie par sa position géographique. En effet, elle garantit au pays, à la ville de Carthagène et au Département de Bolivar de grands dividendes investis dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’assainissement environnemental.
Considérant la manière dont se dessine la privatisation de la raffinerie et en accord avec les demandes des multinationales sous-traitantes, 51% des utilités actuelles de la raffinerie lui sont enlevées, affectant ainsi directement les recettes de la nation et les finances du Département et de la ville de Carthagène [10].
4. L’entreprise Aéroports de Zürich administrera le terminal d’aviation El Dorado
Profitant de la politique d’encouragement à l’investissement étranger, de l’absence de protection à l’industrie nationale et du démantèlement des services publics de l’actuel gouvernement, la multinationale Aéroports de Zurich s’est appropriée l’administration et l’extension du terminal aéroportuaire international d’El Dorado (dont l’extension a une valeur de 650 millions), situé dans la capitale de la Colombie et déplaçant le plus grand trafic aérien d’Amérique latine [11].
En conclusion, cette avalanche d’investissements des multinationales suisses en Colombie dans des secteurs stratégiques de l’économie comme l’aviation, la construction, l’industrie alimentaire, les ressources stratégiques du pétrole et du charbon exploite les avantages du marché, les richesses naturelles ainsi que le conflit armé interne au pays, et met en danger la souveraineté colombienne.
Si le gouvernement suisse avait réellement la volonté de contribuer à trouver une solution politique au conflit interne, social et armé que vit le peuple colombien, il devrait mettre fin au comportement néfaste de ces multinationales.
Il devrait également aller au-delà de son rôle de médiation dans le processus de paix, dans ce que sa chancelière Micheline Calmi-Rey appelle la "neutralité active", en démontrant la cohérence entre la philosophie humanitaire, la coopération pour le développement et sa politique extérieure, en condamnant les crimes contre l’humanité et la violation systématique des droits humains commis par l’État colombien.
Finalement, Monsieur Christophe Blocher et les représentant-e-s de la droite nationaliste devraient savoir que la meilleure manière de contrôler l’immigration illégale est de générer la paix et le développement dans les pays dépendants, à travers une politique éthique de ses multinationales et non en aggravant le problème de celles et ceux qui, pour des raisons économiques et politiques, sont obligé-e-s de migrer en Europe et en Suisse.
31 août 2006
Rapport élaboré par Joaquin Salazar du Pôle Démocratique Alternatif de la Colombie en Suisse pour ENLAZANDO ALTERNATIVAS.
[1] cf. les deux lois sur l’asile et les étrangers soumises au votations le 24 septembre 2006. Ces initiatives sont soutenues par les grands groupes économiques suisses, la grande majorité des partis de droite et d’extrême-droite et rejetées par des partis de gauche, des secteurs de l’église, des syndicats, des ONG et des étrangers (qui représentent 20% de la population et sont sans droit de vote au niveau fédéral).
[2] Dans le quotidien "Le Temps" des mois de mars et d’avril 2006, on a publié plusieurs interviews et articles d’opinion discréditant les efforts encourageant la paix et signalant les réfugiés politiques comme des terroristes.
[3] Pour ce fait, Nestlé a été pénalement dénoncée et cela a produit un débat au Congrès colombien.
[4] Des ONG suisses critiquent les pratiques de Nestlé. cf. Marcela Águila Rubín, swissinfo/Radio Suisse Internationale, 19/11/05.
[5] Dénonciations de Sinaltrainal dans une lettre datée du 21 août 2006 à Monsieur Peter Brabeck, président NESTLE S.A.
[6] Holcim en l’an 2002 et perspectives pour 2003 Markus Akermann, CEO. http://www.google.ch/search ?hl=fr&q=holcim+en+colombie&meta, visitée le 25.08.06
[7] http://fr.wikipedia.org/wiki/Glencore#Courtage_p.C3.A9Trolier, visitée le 26.08.06
[8] Ces faits furent dénoncés dans une émission qui a passé à la TSR le 29 juin 2006
[9] Entreprise Colombienne du Pétrole, propriété étatique qui fut créée grâce à la résistance héroïque des travailleur-euse-s du pétrole pendant plus de 50 ans.
[10] Lettre envoyée au président Uribe le 24 août 2006, signée par Libardo Simancas Torres, gouverneur de Bolivar, Nicolas F. Curi Vergara, maire de Carthagène des Indes, Fabio Yesid Castellanos, secrétaire CUT - Bolivar, Esteban Barboza, « Personero » du district de Carthagène, Luis Padaui Meola, représentant du Pôle Démocratique Alternatif et Daniel Rico Serpa, vice-président USO NAL.
[11] Negocios. La Hora Suiza. www.semana.com.co du 26 août 2006
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