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Le secret de la biologie appliquée à l’agriculture

Par Jean-Pierre Berlan
Les Ogm sont doublement révolutionnaires : ces assemblages de gènes provenant d’ordre, de règnes, de genres, d’espèces différents sont par définition des chimères génétiques - et ces chimères sont brevetées. A ce double titre, loin d’ouvrir la porte d’un avenir radieux débarrassé de la faim, de la maladie et des pollutions comme la propagande des industriels autoproclamés des « sciences de la vie » orchestrée par leurs officines discrètes de relations publiques le fait accroire, elles ferment de façon irréversible, le double mouvement séculaire d’industrialisation et de privatisation du vivant.

Personne ne niera que tant que le grain récolté est aussi la semence de l’année suivante, le sélectionneur-semencier n’a pas de marché. Son objectif est de séparer la production qui reste entre les mains de l’agriculteur de la reproduction qui doit devenir son monopole. Il doit stériliser le vivant par un moyen quelconque, biologique, économique, réglementaire ou légal. Terminator, cette technique transgénique générique de stérilisation de la recherche publique étatsunienne en partenariat avec une firme privée est donc du point de vue de l’économie politique le plus grand triomphe de la biologie appliquée à l’agriculture. C’est l’aboutissement d’une longue guerre au vivant commencée par les sélectionneurs animaux il y a quelques 250 ans [1] et les sélectionneurs de plantes un siècle plus tard. Ce triomphe est aussi la plus grande faute politique que pouvaient commettre les industriels des « sciences de la vie » ( !) puisqu’elle révélait le secret le mieux gardé de la biologie appliquée à l’agriculture : la loi du profit s’oppose à la loi de la vie. Et c’est la vie qui a tort.
En hommes d’affaire, les premiers sélectionneurs professionnels avaient compris qu’ils n’avaient pas de marché tant que le paysan reproduisait et multipliait plantes et animaux dans son champ. Leur intuition politique leur avait fait comprendre que leur victoire finale leur imposait de garder leur guerre secrète leur guerre au vivant. Et ils ont aussi immédiatement vu que l’ignorance consubstantielle à la science en construction - les scientifiques sont dans leurs laboratoires parce qu’ils ne savent pas, et non parce qu’ils savent - leur offrait paradoxalement la possibilité de mystifier scientifiquement leur but.
Cette guerre débouche maintenant sur les chimères génétiques brevetées.
La dynamique historique qui aboutit à ces CGB exige d’en analyser les développements dans leur double dimension : ce que les sélectionneurs ont fait ; comment les généticiens ont mystifié ce que faisaient les sélectionneurs.

I. Des origines à Dolly, une brève histoire du clonage

Depuis deux siècles, du début de la sélection en tant qu’activité consciente à Dolly, la sélection des plantes (et des animaux), repose toujours sur la même technique, celle de l’isolement /clonage. Elle consiste à remplacer un mélange de plantes (une variété [2]), par la meilleure des plantes isolée en son sein. Cette plante doit pouvoir être reproduite en autant d’exemplaires que nécessaire : elle doit être clonée.
Les gentilhommes-agriculteurs anglais, ces grands améliorateurs, inventent cette technique au début du XIXè siècle lorsqu’ils constatent que leurs plantes de blé, d’orge, d’avoine, « breed true-to-type », c’est-à-dire conservent leurs caractères individuels d’une génération à la suivante. Ils ne savent pas pourquoi. La technique a un siècle d’avance sur les connaissances scientifiques. Dans un premier temps, ils l’appliquent à des plantes isolées naturellement qu’ils reproduisent et multiplient, puis cultivent ensuite année après année. [3]
En 1836, John Le Couteur à Jersey codifie cette pratique. En 1831, le botaniste espagnol La Gasca avait attiré son attention sur le fait qu’un champ de blé qu’il considérait comme « raisonnablement pur » était en réalité composé de plantes différentes. Le Couteur « isole » les plantes les plus intéressantes, les cultive individuellement « Ã  partir d’un seul grain ou d’un seul épi » pour les reproduire et les multiplier, c’est-à-dire les cloner, teste les clones et remplace la variété cultivée par le meilleur clone isolé en son sein. « Aucun auteur, écrit-il en 1836, n’a jusqu’ici attiré l’attention du monde agricole sur la culture de types purs (« pure sorts  »), provenant d’un seul grain ou d’un seul épi. »
Fierté légitime : la technique de Le Couteur et La Gasca domine plus que jamais la sélection. Avec Dolly, ne s’agit-il pas de l’appliquer aux mammifères ?
Comment expliquer cette dévotion bi-séculaire à une même technique dans un monde où ces dernières évoluent constamment sous la pression des avancées scientifiques ? Pourquoi les sélectionneurs font-ils toujours la même chose alors que les lumières de la génétique et de la biologie moléculaire ont dissipé, dit-on, les ténèbres pré-scientifiques du début du XIXè siècle ?
L’isolement/clonage : industrialisation et privatisation du vivant

Le Couteur parle de « type pur » (« pure sort »). Utiliser le terme ‘clone’ pour désigner le résultat - des organismes génétiquement identiques (ou presque) - indépendamment du mode d’obtention, permet de saisir avec précision la continuité historique qui conduit des « pure sorts » des gentilshommes agriculteurs anglais du début du XIXè siècle aux chimères génétiques brevetées des biotechniciens du XXIè.
Le Couteur et ses successeurs sont les hommes de la révolution industrielle. Ils en appliquent les principes au vivant. L’uniformité, l’homogénéité, la stabilité dans le temps sont les vertus qu’exigent l’industrie et les marchés. Sans doute n’ont-ils pas conscience, comme les scientifiques actuels, des influences qu’ils subissent.
Cette homogénéité et cette stabilité ouvrent aussi la voie de la privatisation du vivant.
Le terme ‘variété’ s’est imposé dans le vocabulaire scientifique et populaire pour désigner les ‘pure sorts’ de Le Couteur : des clones, c’est-à-dire le contraire de ce que fait le sélectionneur ! Rien ne témoigne mieux de ce déni de la réalité que les discussions préparant le traité de l’Union pour la Protection des Obtentions Végétales (UPOV) à la fin des années 1950.
Les pays du Marché Commun discutent alors d’un dispositif juridique permettant de protéger les sélectionneurs-obtenteurs. L’UPOV reconnaît que la variété, objet même du traité, « ... n’a pas de définition précise communément acceptée. » ! [4] « Le terme variété s’applique, dit l’UPOV, à tout cultivar, clone, ligne, souche hybride susceptible d’être cultivé et satisfaisant les dispositions des paragraphes (c ) et (d) de l’Article 6. »
Ces paragaphes indiquent qu’une nouvelle « variété » doit être « suffisamment homogène et stable pour pouvoir être protégée par le certificat d’obtention végétale. » Chaque « variété », doit présenter un ensemble de caractères communs - c’est l’homogénéité -, qui, décrits et répertoriés avec précision et minutie permettent de la distinguer des autres « variétés » - c’est la « distinction »-, et se conservent - c’est la stabilité. Les trois critères - Distinction, Homogénéité et Stabilité ou « DHS » - de délivrance d’un certificat d’obtention variétale définissent un clone, le contraire d’une variété. Il vaut mieux pour l’UPOV ne pas définir la « variété » qu’elle entend protéger !
Ce COV offre à son titulaire et à ses licenciés un monopole sur la vente des semences de la « variété. » Il laisse l’agriculteur libre de semer le grain récolté. Enfin, toute « variété » peut être utilisée comme source de variation pour poursuivre la sélection.
A la différence de la variété par définition hétérogène, instable, diverse, un clone permet de créer une forme atténuée de brevet du vivant. La France crée le COV de facto à la fin des années 1920 et de jure avec le traité de l’UPOV négocié et ratifié initialement par les six pays fondateurs du Marché Commun en 1961.
On voit aussi la double contradiction du certificat d’obtention. D’une part, un clone étant stable, l’agriculteur le reproduit en le cultivant. Le COV protège le sélectionneur-semencier de concurrents indélicats qui voudraient piller son travail, ce qui est après tout normal, mais pas de du paysan qui sème le grain récolté. Ce n’est donc qu’un premier pas dans la privatisation du vivant. D’autre part, ce clonage industriel est mortifère car il s’oppose à la diversité qui permet aux êtres vivants d’évoluer, de changer, de se transformer, de se perpétuer, bref d’être vivants.
Le Couteur est un gentilhomme-agriculteur, qui s’intéresse à l’amélioration des céréales pour accroître le profit de son domaine et pas un sélectionneur cherchant à tirer profit du « sang » des plantes qu’il a isolées et clonées. La revendication d’un droit de propriété exclusif commence avec les premiers sélectionneurs professionnels de la deuxième moitié du XIXè siècle tout en s’inscrivant dans sa recherche de l’uniformité, de l’homogénéité et de la stabilité industrielles.
La sélection par isolement/clonage disparaît à partir des années 1860 pour être réinventée indépendamment en 1892 par Haljmaar Nilsson à l’Institut Svalöf en Suède. Elle devient alors la « méthode des lignées ». Elle s’applique aux plantes qui conservent leurs caractères individuels d’une génération à la suivante, (les plantes « autogames » comme le blé, l’orge, l’avoine, le soja etc.) [5] Ce changement de dénomination permet aux scientifiques modernes, sélectionneurs et généticiens, de réécrire l’histoire et de s’approprier une technique vieille d’un siècle.
Au début du XXè siècle, les généticiens et sélectionneurs l’étendent au maïs, une plante à fécondation croisée. Chacun a un rôle précis à jouer dans cette affaire. « Le paradigme du développement de toutes les variétés hybrides F1, constatent Pickett et Galwey, (1997:15) est le cas du maïs hybride », qu’il s’agisse de plantes [6] ou d’animaux.
Le XXè siècle : les « variétés hybrides » de maïs

Les « variétés hybrides » de maïs sont la vache sacrée de la recherche agronomique. Jusqu’aux « Ogm », aucune innovation agricole n’a fait l’objet d’un culte aussi extravagant et aussi unanime. Les scientifiques, toutes disciplines confondues, des généticiens aux économistes, ont apporté leur contribution à ce culte. Qu’elles soient aussi la vache à profit des « semenciers » n’y est pas étranger. Car la caractéristique de ce type de plantes, ce qui le distingue de tous les autres, n’est pas d’augmenter le rendement comme la propagande le clame depuis des décennies, mais de diminuer celui de la génération suivante comme elle le tait.
L’expression « variétés hybrides » de maïs est une double mystification : ce ne sont pas des « variétés » ; leur caractéristique n’est pas d’être « hybride ». Le sélectionneur applique la méthode de l’isolement/clonage. Il fabrique non des « variétés hybrides », mais des clones et remplace la variété par le meilleur des clones. Comment cloner le maïs ?
Avec la redécouverte des lois de Mendel en 1900, le biologiste américain George Shull comprend en 1908-1909 qu’il est possible de cloner au hasard le maïs, et qu’il peut donc appliquer la méthode de l’isolement. Dans son premier article fondateur, Shull formule le principe de la méthode de clonage sans dévoiler sa méthode de clonage. Il ajoute qu’il a résolu le problème lancinant du sélectionneur, « posséder le pedigree original. » [7] Dans son deuxième article fondateur « La méthode de la lignée pure dans la sélection du maïs » (janvier 1909), il explicite son invention. Le titre montre que c’est bien la question du clonage du maïs qu’il a résolue.
Shull propose sur la base de la loi de la ségrégation de Mendel [8] de fabriquer par une série d’autofécondations successives des « lignées pures » (homozygotes) qui, comme les plantes autogames, conservent leurs caractères individuels à condition de les cultiver individuellement. Ces lignées pures très affaiblies par les autofécondations sont inutilisables directement par l’agriculteur. Le sélectionneur les croise donc deux à deux pour obtenir des plantes normales (qui récupèrent leur vigueur) et qui peuvent être produites en série - clonées - en autant d’exemplaires que nécessaire puisque les deux parents lignées pures sont connus. Il reste à isoler le meilleur clone. Théoriquement, c’est brillant.
En pratique, c’est une autre affaire. La phase d’autofécondation est aveugle. Elle produit un nombre astronomique de lignées. Le nombre de clones obtenu en croisant ces lignées deux à deux est égal à la moitié du carrré du nombre déjà astronomique de lignées. Or, l’isolement - la sélection - ne peut se faire que sur les clones, car des lignées très affaiblies peuvent donner un clone excellent. Pourquoi alors cloner le maïs ?
Pour le sélectionneur, l’intérêt du clonage/isolement appliqué une plante qui ne conserve pas ses caractères individuels d’une génération à la suivante est évident puisque le clone perd dans le champ du paysan la ou les caractères qui ont incité l’agriculteur à le semer.
Il s’agit d’utiliser un phénomène étudié par Darwin en 1876 sur le maïs, la dépression consanguine, qui affecte d’autant plus lourdement les espèces à fécondation croisée que les individus croisés ont une hérédité proche. Le sélectionneur force l’agriculteur à semer un clone - des plantes génétiquement identiques. Il transforme ainsi son champ en machine à autoféconder. [9] L’autofécondation étant la forme la plus drastique de consanguinité, la génération suivante souffre d’une formidable dépression d’autofécondation. L’agriculteur ne peut semer le grain récolté.
Restait à mystifier cette expropriation en amélioration. La génétique et les généticiens s’y sont attelés avec constance depuis près d’un siècle.
La technique de l’isolement exige des plantes clonées. Ces clones ne sont ni plus ni moins « hybrides » que n’importe quelle plante de maïs. L’adjectif « hybride » fait de l’hybridité commune à toutes les plantes de maïs le caractère distinctif du clone qui remplace la variété. La mystification consiste à discuter interminablement des mystères génétiques de l’hybridité comme s’ils avaient un rapport quelconque avec le clonage/isolement que pratique le sélectionneur. [10]
Ainsi, alors que le sélectionneur utilise la dépression d’autofécondation pour en quelque sorte stériliser le maïs, le généticien, lui, croit et fait croire qu’il utilise son hybridité (l’inverse de la dépression consanguine [11] pour l’améliorer ! Depuis près d’un siècle, les généticiens s’efforcent, en vain évidemment, d’expliquer les mystères de l’hybridité. [12]
En somme, le scientifique généticien intervient comme un illusionniste qui permet au sélectionneur prestidigitateur de remplacer des variétés libres par des clones captifs. Les mystères scientifiques de l’hybridité sont aussi épais que ceux de la loi scientiffique de développement des céréales de Hallett.
Ces semences de ces clones captifs coûtent en France environ 150 euros/ha environ, l’équivalent de 16 à 18 quintaux de maïs-grain, pour 15 kg semés. [13] Un quintal de semences « hybrides » vaut en France environ 1 000 euros, soit 100 fois le prix du maïs-grain - qui serait la semence de l’année suivante si l’agriculteur pouvait semer le grain récolté... [14] le surcoût des clones captifs par rapport aux variétés libres représentent en France le budget de la recherche agronomique (150 euros/ha sur plus de 3 millions d’hectares). Là est la révolution apportée par les « variétés hybrides » de maïs.
Là est aussi la fonction de ces débats génétiques sans rapport avec la réalité : mystifier l’expropriation en amélioration. La génétique intervient une fois de plus [15] comme idéologie. [16]
Eppur si muove

Les clones captifs actuels produisent quatre ou cinq fois plus que les variétés libres que cultivaient les paysans à l’issue de la guerre. Ce fait n’infirme pas plus la conclusion précédente que l’observation quotidienne de la rotation du soleil autour de la terre ne contredit la réalité scientifique de la rotation de la terre autour du soleil. Il suffit de s’en tenir à la logique de la technique du clonage/isolement et de cesser de penser en terme d’hybride ou d’hybridation. La mystification consiste ici à attribuer aux « hybrides » l’amélioration qui vient du travail de sélection. Le sélectionneur améliore les variétés par sélection. Il en tire évidemment des clones améliorés par rapport à ceux qu’il tirerait de variétés non améliorées. Puis il attribue aux mystères de l’hybridité le succès de son travail de sélection et mystifie l’expropriation en amélioration. [17]
La mystification de la réalité

En résumé, les principaux traits du processus de mystification sont les suivants.
L’expropriation du vivant. « L’hybridation » est une expropriation.
La mystification scientifique. La science et des scientifiques, ici la génétique et les généticiens, ont une fonction idéologique, celle de mystifier l’expropriation en amélioration.
Le retard des connaissances scientifiques sur la technique (la génétique balbutie lorsque Shull, élargissant la théorie de son rival East d’une « stimulation physiologique » due à l’état hétérozygote (East, 1909), postule sous le nom d’hétérosis en 1914 les vertus de l’hybridité) permet de la légitimer par une théorie génétique qui doit sa crédibilité au pouvoir de ses inventeurs. [18]
L’autoréalisation des vertus de l’hybridité. Au nom de cette théorie génétique (l’effet favorable en soi de l’hybridité ou « hétérosis »), le ministre de l’agriculture Henry Cantwell Wallace décide en février 1922 que « l’hybridation » sera la voie exclusive d’amélioration du maïs. Il agit à l’instigation de son fils Henry Agard Wallace, sélectionneur et producteur de semences de maïs, futur ministre de l’agriculture de Roosevelt en 1933 et fondateur en 1926 de Pioneer, la plus grande entreprise de « semences ». [19] Le jeune Wallace est impressionné par la science nouvelle de la génétique et les perspectives de manipulations du vivant qu’elle ouvre. En 1946, il compare la puissance de l’hétérosis à celle de la bombe atomique.
Les sélectionneurs traditionnels qui doutent de l’intérêt des « hybrides » sont mis au rencart et remplacés par des « hybrideurs » (« hybrid corn breeders »), tous directement ou indirectement des élèves d’East, c’est-à-dire formés à l’ésotérisme scientifique de l’hybridité. Les variétés libres cultivées par les agriculteurs sont abandonnées dans leur état génétique de la fin des années 1910. Il faut une quinzaine d’années pour que la théorie génétique de l’hétérosis s’autoréalise. Vers 1935, les clones captifs sont régulièrement supérieurs aux variétés libres.
La socialisation des coûts de l’expropriation. En 1922, l’Etat lance un programme généreusement financé et étroitement coordonné de recherche, une nouveauté dans une recherche agronomique jusque-là très décentralisée. En 1936, une centaine « d’hybrideurs » d’Etat sont au travail (Jenkins 1936). Les sélectionneurs privés suivent attentivement leurs travaux.
La fermeture de la théorie de l’hétérosis sur elle-même. Avec le succès des « variétés hybrides », le quiproquo est complet, la mystification fonctionne désormais à plein. Le coup de force en quelque sorte « lissenkiste » imposant les « variétés hybrides » a réussi. C’était donc le bon. L’Etat a défendu l’intérêt public. L’hétérosis a pris la forme de millions de tonnes supplémentaires de maïs. Il existe. Expliquons-le. Quant aux « hybrideurs », leur rôle était de faire triompher cette technique d’expropriation, pas d’en discuter le choix. Leur admirable travail de sélection a réussi à améliorer le maïs en dépit et non pas à cause du choix de l’hybridation et mystifié l’expropriation en amélioration. Ils n’allaient pas remettre en cause le choix initial au moment de leur succès.
La lucidité impuissante des victimes. Les paysans américains ont été les seuls à soupçonner une manipulation : ils en étaient victimes. Ils surnommèrent le maïs révolutionnaire, le « maïs mule ». La mule est, on le sait, stérile. Mais les « hybrideurs » d’Etat avaient rendu ce « maïs mule » supérieur à leur variétés libres et il ne leur restait plus qu’à en acheter chaque année les semences.

II. Vers une planète transgénique radieuse

Les CGB donnent l’impression de « déjà vu. » C’est le cas.
L’expropriation du vivant. Le caractère chimérique des plantes et des animaux et le brevet du vivant sont les deux faces d’une même pièce. Les industriels ont compris le parti qu’ils pouvaient tirer de la transformation du vivant en meccano avec la première « chimère fonctionnelle » [20] de Cohen et Boyer en 1973. Dès 1980, leurs pressions réussissent : la Cour Suprême des Etats-Unis renverse par cinq voix contre quatre un siècle de jurisprudence constante (à l’exclusion d’un brevet de Pasteur et du Plant Patent Act de 1930) : « puisque c’est vivant, ce n’est pas brevetable. » L’arrêt Chakrabarty ouvre la boîte de Pandore de la brevetabilité du vivant. En 1985, le bureau américain des brevets accorde le premier brevet sur une plante et en 1987 sur un animal, une souris génétiquement modifiée pour la rendre sensible à un cancer des mamelles. Sous la pression des industriels des « sciences de la vie » relayée par leurs scientifiques, tous les pays imitent les Etats-Unis.
A la différence du Certificat d’Obtention Végétale, dispositif d’intérêt public, élaboré par les grands agronomes de l’Inra, le brevet du vivant des cabinets internationaux d’avocat permet d’interdire la pratique fondatrice de l’agriculture, semer le grain récolté. Il évite les méthodes biologiques d’interdiction comme « l’hybridation » ou les transgénèses (coûteuses, peu fiables et risquées), de type Terminator ou Gurts. [21] Il fait assurer par le contribuable le coût de sa propre expropriation. Et si une entreprise comme Monsanto recourt aux Etats-Unis à une police génétique privée (les Pinkerton de sinistre réputation), l’Europe néolibérale, anxieuse de servir les intérêts du cartel des agrotoxiques et des chimères génétiques organisera plutôt une police publique pour faire respecter sa Directive 98/44 dite « de brevetabilité des inventions biotechnologiques » - le privilège du cartel sur la reproduction des plantes et des animaux.
Les CGB marquent donc l’assaut final des « sciences de la vie » contre la propriété la plus fondamentale des êtres vivants, se reproduire et se multiplier.
La mystification de l’expropriation en progrès philanthropique passe par la propagande et son corollaire la manipulation du vocabulaire et par la récupération hypocrite de problèmes bien réels.
Les Ogm sont des chimères génétiques. Les industriels en accord avec les scientifiques ont remplacé le terme ‘chimère’, trop inquiétant, utilisé à juste titre par les scientifiques au début de l’ère biotech, par celui rassurrant d’Ogm. Les êtres vivants étant constamment « génétiquement modifiés », la transgénèse ne ferait que poursuivre ce que fait l’humanité depuis le début de la domestication des plantes et des animaux ! L’intérêt commun des uns et des autres est de tromper le public sur la transformation révolutionnaire de l’agriculture et de l’alimentation qu’il s’agit d’accomplir. Le vocabulaire des « sciences de la vie » est rempli de termes orwelliens dont l’usage interdit de penser la réalité. [22] C’est, nous l’avons vu, une vieille tradition de la génétique appliquée.
L’Académie des sciences invoque une nécessaire « rupture » transgénique pour nourrir la planète et protéger l’environnement. [23] Argument spécieux. Le facteur limitant de la production agricole en qualité et quantité est-il génétique ? En dépit de la réduction drastique de la biodiversité due à l’industrialisation du vivant, celle qui subsiste suffit sans qu’on ait besoin de l’accroître par des transgénèses hasardeuses. Il faudrait plutôt en finir avec le clonage, par exemple avec la sélection participative. [24]
Les questions agricoles doivent d’abord s’envisager sous l’angle de l’agronomie. Le sol est un organisme vivant. 80% de la biomasse de notre planète est concentrée dans ses trente premiers centimètres. De sa santé dépendent celle des plantes, des animaux et des êtres humains, les cycles de l’azote, du carbone, de l’eau, et ... l’efficacité des moyens industriels. Vue ainsi, la situation est grave. Gavés d’engrais minéraux, de pesticides, de métaux lourds, et dans les régions d’élevage industriel, de lisiers, fientes, fumiers et autres déjections, les sols agonisent. Environ 2 milliards d’hectares, 15% des terres émergées ont été dégradés par l’agriculture industrielle et autres activités humaines. [25] Les vers de terre, témoins de la santé d’un sol disparaissent : ces grands « laboureurs » (Darwin) ne devraient pas faire une concurrence déloyale aux industriels... [26]
Cette pellicule de vie dont tout dépend n’intéresse pas la recherche agronomique. On connaît à peine 20 % des organismes du sol. Il n’y plus de chaire officielle de microbiologie des sols en France depuis la disparition de ce secteur à l’Institut Pasteur. Or l’urgence est de faire de l’agrologie (Bourguignon 1996), c’est-à-dire de sortir de l’enfermement exclusif dans un réductionnisme génétique de laboratoire pour travailler à l’échelle systémique et bâtir des systèmes de production agronomiquement durables, écologiquement élégants, économiquement viables et bénéfiques pour la santé publique.
Depuis la fabrique d’épingles d’Adam Smith, les économistes fétichisent les économies d’uniformité et de spécialisation - les économies d’échelle. L’agronomie s’est laissé prendre à ce fétichisme industriel. [27] Car l’uniformité industrielle en matière de vivant et d’agriculture est iatrogène et les économies de diversité apparaissent rapidement : des rotations longues permettent de contrôler les ravageurs et les adventices, les associations de cultures ou de « variétés » [28] limitent ou suppriment le recours aux agrotoxiques ; combiner l’agriculture et l’élevage entretient la matière organique, alors que la spécialisation hi-tech dont l’emblème est le « hors-sol », fait d’une matière fertilisante précieuse un polluant nuisible. Les haies et les arbres coupent le vent, abritent insectes, oiseaux et mammifères utiles, remontent des substances minérales des profondeurs du sol. La diversité affute l’esprit d’observation et l’initiative de l’agriculteur, stimule son imagination, en fait un chercheur et collaborateur de l’agronome. Elle est, de plus, productive en soi. [29] Bref, l’uniformité industrielle est incompatible avec une utilisation rationnelle des éco-systèmes.
Les CGB ont des décennies d’avance sur les connaissances scientifiques. L’Académie des Sciences se garde bien de tirer les conséquences de cette « rupture » avec « l’hybridation intra ou interspécifique » [30] au sein de laquelle la sélection et la génétique s’étaient inscrits jusque là. Faisons-le pour elle.
Ces chimères génétiques révolutionnaires posent des problèmes entièrement nouveaux que la génétique classique confinée à l’espèce ne pouvait aborder. Les scientifiques ne peuvent faire comme si l’inconnu était comme le connu. Dès lors, comparer les « risques potentiels » aux bénéfices est une triple illusion.
A supposer que la mort et des souffrances des victimes des risques puissent être évalués en euros pour être comparés aux bénéfices des investisseurs et que cette comparaison ait un sens, c’est confiner le débat aux experts, seuls capables de ces estimations. Or les experts sont ceux qui font les CGB. Ils sont juges et parties. Le résultat de l’expertise est connu d’avance.
Les connaissances scientifiques peuvent-elles permettre d’évaluer les risques ? La transgénèse s’attaque au génome sans passer par le filtre de la reproduction. Introduire un gène nouveau, c’est introduire, selon le « dogme central de la biologie moléculaire » imposé par F. Crick une fonction (une protéine) nouvelle, par exemple une résistance à une maladie, à la sécheresse etc. Le simplisme radical de cette forme extrême de réductionnisme cartésien [31] exerce une attraction irrésistible sur les industriels et leurs biotechniciens puisqu’il permet l’industrialisation du vivant.
Depuis longtemps, ce dogme était battu en brêche - en vain puisqu’il servait si bien le grand projet d’industrialisation du vivant. Comme le souligne B. Commoner, [32] le coup de grâce est venu du décryptage du génome humain en juin 2000. Notre espèce comporterait seulement 30 000 gènes et ... dix fois plus de protéines. Ce décryptage du génome humain, extraordinairement coûteux, justifié scientifiquement par le « dogme central », servait avant tout le complexe génético-industriel, les industriels et une côterie de scientifiques influents et affairistes comme J. Watson. Il débouche sur ce qui risque fort d’être son principal, sinon unique, intérêt : la ruine définitive de ce simplisme radical.
Les connaissances scientifiques pourront-elles un jour permettre d’évaluer les risques ? Non. Le vivant est « pro-création » (J. Testart), il est un partenaire actif, plein de surprises, et non pas une chose inerte. [33] En réalité, « risque » est impropre : il s’agit d’incertitude. Les compagnies d’assurances refusent de l’assurer. [34]
L’autoréalisation du choix transgénique imposé de façon antidémocratique par le complexe génético-industriel aux dépens de l’intérêt public est en cours. Une propagande intense, d’autant plus sournoise qu’elle recourt aux méthodes de persuasion clandestine des relations publiques [35] et qu’elle est relayée par une communauté de biotechniciens au savoir-faire agronomique expéditif et limité s’efforce d’accréditer l’idée qu’il n’y a pas de salut hors la transgénèse. Des centaines de millions de francs vont ainsi à un Génoplante mort-né destiné à « fabriquer de la protection industrielle », c’est-à-dire des brevets, aux dépens des disciplines scientifiques traditionnelles de l’agronomie reléguées dans l’obcurantisme pré-scientifique.
Au Kenya, le maïs est attaqué par une pyrale asiatique (un insecte foreur) et parasitée par une plante, la Striga. [36] Les dégâts peuvent aller jusqu’à la destruction de la récolte. Le Centre International de Recherche sur la Physiologie des Insectes et l’Ecologie met au point des méthodes dites " push-pull " de lutte. Ici, elle consiste à cultiver en même temps que le maïs une légumineuse (Desmodium) qui éloigne la pyrale et étouffe la Striga. Les légumineuses, on le sait, sont un excellent engrais vert. La pyrale repoussée par Desmodium est attirée par une graminée fourragère, l’herbe à éléphant (Pennisetum purpureum) qui entoure le champ de maïs. Lorsqu’elles pénètrent dans la tige, la plupart des chenilles sont tuées par le mucilage que produit cette graminée.
Ce superbe travail scientifique auquel les paysans ont été associés leur assure des récoltes de maïs abondantes et régulières sans insecticide ni herbicide ni engrais. Le cheptel augmente, contribuant à la fertilité du sol. Les ressources que dégagent cette production supplémentaire permettent d’envoyer les enfants à l’école. Le bien-être des population augmente mais... le PIB et les profits diminuent.
Quelle catastrophe ! L’Icipe et son directeur ont été accusés de vouloir priver les africains des technologies « hi-tech ». Cette campagne de dénigrement a réussi : le Kenya a dit oui aux CGB.
Les CGB (et d’une manière générale les sciences et les techniques modernes) sont en réalité, des outils de formattage du monde au service de la marchandisation des biens communs naturels (du vivant aux fréquences hertziennes) et de la domination de quelques uns sur l’existence de tous.
La lucidité n’est pas du côté de ceux qui dénoncent l’obscurantisme, l’irrationalité, le passéisme et le refus de la vie qu’un syllogisme assimile au risque. [37] Selon la règle bien connue des psychologues, les accusateurs dénoncent leurs propres turpitudes. La vie demande, au contraire, qu’on ne la joue pas à la roulette technologique, alors que les catastrophes techno-scientifiques s’accumulent. Plutôt que donner des leçons d’objectivité aux victimes potentielles du progrès marchand au nom d’un savoir mystifié, les scientifiques devraient les écouter avec attention : les victimes ont plus de chances de faire preuve de lucidité que ceux qui sont employés à promouvoir le lyssenkisme industriel marchand.
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La poursuite accélérée de l’industrialisation/privatisation du vivant serait nécessaire pour accélérer le progrès techno-génétique, seul capable de nourrir la planète. Chaque facteur de production, engrais, pesticides, herbicides, machines, irrigation, génétique (avec demain les CGB) est, expliquent doctement ses thuriféraires, de plus en plus performant. Ce réductionnisme ignore que la performance du système (le tout) est ruineuse : une population mondiale de 5 milliards d’humains nourrie comme les nord-américains (et nous) et utilisant leur technologie agricole (la nôtre), aurait déjà (en 1996) épuisé les réserves totales de pétrole (Pimentel et Dazhong 1990). [38] Tel est l’absurdité où conduit la méthode scientifique exclusivement réductionniste.
Les CGB achèvent de façon irréversible le mouvement historique mortifère de l’industrialisation et de la privatisation du vivant. Elles sont obsolètes et déjà dépassées par les méthodes agro-écologiques que biologistes, agronomes et paysans mettent au point en dépit de moyens réduits.
La scientificité de l’agronomie de demain s’opposera point par point aux principes implicites passéistes du ‘développementalisme’ agricole (Levins 1986) qui aboutit aux CGB : elle sera fondée sur le travail en commun et non sur l’individualisme, sur la coopération entre savoir scientifique et paysan et non sur la négation du second, sur une démarche globale et non sur un réductionnisme exclusif qui produit l’irrationalité lucrative de l’ensemble, sur l’utilisation écologique des terroirs et les économies de diversité et non sur l’uniformité et le primat des économies d’échelle, sur la diversité rationnelle des agroécosystèmes et non sur une monoculture industrielle iatrogène, surr des variétés et non sur des clones, sur une collaboration amicale avec la nature et non sur sa soumission illusoire, sur l’enracinement dans les terroirs et non sur le hors-sol pour s’en affranchir, sur le respect des animaux et non leur torture, sur l’autonomie des producteurs et non leur asservissement.
Bibliographie
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[1] Le contrôle de l’hérédité des animaux est aisé : il suffit de mettre en place un système administratif retraçant leur généalogie et réservant l’appartenance à la caste à ceux qui descendent d’un ancêtre fondateur dépositaire des vertus supposées de la race. C’est l’application aux animaux des règles aristocratiques de transmission du pouvoir et de la richesse. Dès les années 1770, le premier « livre des origines » assure aux éleveurs de chevaux pur sang anglais un monopole sur le « sang » de leurs animaux. Pour les animaux de ferme, il faut attendre le début du XIXè siècle.

[2] « Caractère de ce qui est varié, dont les éléments sont divers, différents ; diversité. » Petit Larousse 1996.

[3] Ainsi : « Le vieux blé Chidham cultivé dans ce pays de 1800 à 1880 ou plus tard provient d’un seul épi trouvé dans une haie à Chidham dans le Sussex » (Percival, 1921). « En Ecosse, P. Shirreff développe son blé Mungoswell à partir d’une plante qui avait bien survécu lors de l’hiver rigoureux de 1813 » (Evershed 1884).

[4] Actes des conférences internationales pour la protection des obtentions végétales, 1957-1972. (Procés-verbal résumé des délibérations de première session de la conférence établi par le secrétaire de la conférence M. Laclavière, Paris 7-11 mai 1975, UPOV, Genève, 1975, p. 24.

[5] Sur la mystification de la méthode de l’isolement/clonage en méthode des lignées, cf. Jean-Pierre Berlan, Political Economy of Agricultural Genetics in , in Thinking about evolution : Historical, philosophical and political perspectives, R. Singh, K. Krimbas, D. Paul and P. Beatty (eds)., Cambridge : Cambridge University Press, 2001.

[6] 23 espèces alimentaires étaient « hybrides » en 1993, une dizaine d’autres devaient le devenir (Vasal, 1993), sans compter les volailles et les porcs.

[7] Tout ceci est énoncé dans le premier des trois articles fondateurs (1908, 1909a, 1909b) de la technique dite des « hybrides » « La composition d’un champ de maïs » (janvier 1908). Premier paragraphe : « Alors que la plupart des résultats scientifiques les plus récents, écrit Shull dans la première phrase du premier paragraphe, montrent l’importance théorique des méthodes d’isolement et que les sélectionneurs en ont démontré la valeur dans l’amélioration de nombreuses variétés, la tentative de les utiliser dans la sélection du blé Indien (le maïs. NDT) s’est heurtée à des difficultés particulières dues au fait que l’autofécondation ou simplement la consanguinité, même limitée, se traduit par une détérioration » (italiques miennes) (1908 :296). Quelques lignes plus loin Shull revient sur : « la détérioration universellement observée chez le maïs autofécondé » (1908 :297). A la fin de l’article, il observe : « Le problème d’avoir un maïs qui produise une récolte record ou qui aurait des qualités spéciales combinées avec la vigueur la plus grande, pourrait trouver une solution, au moins dans certains cas, semblable à celle de M. Q.I. Simpson qui sélectionne les porcs en combinant deux souches qui sont à leur plus haut niveau à la première génération, ce qui rend nécessaire de retourner chaque année à la combinaison originale plutôt que de sélectionner dans la descendance du croisement les souches pour poursuivre la sélection » (1908 :300).

[8] Le pourcentage de gènes à l’état hétérozygote diminue de moitié à chaque génération.

[9] L’autofécondation consiste à ensacher chaque fleur mâle et femelle et à transporter le pollen mûr de la fleur mâle sur la fleur femelle correspondante.

[10] Comme le reconnaît un spécialiste plus lucide de la question : « En pratique, cependant, la connaissance de la génétique de l’hétérosis n’a pas été essentielle pour améliorer le maïs. » (Coors, Cimmyt, 1997, p.170).

[11] « Complémentaire du phénomène de dépression consanguine est son opposé ‘la vigueur hybride’ ou ‘hétérosis’... Que le phénomène de l’hétérosis est simplement l’inverse de la dépression consanguine se voit en considérant comment la moyenne de la population dépend du coefficient de consanguinité » (Falconer, 1981:230). « Les lignées parentales sont hautement consanguines et l’hétérosis représente largement une récupération de la consanguinité » (Coors, Cimmyt, 1997 :170). « Le phénomène de l’hétérosis est l’opposé de la dépression consanguine au sens où la vigueur perdue durant la consanguinité est récupérée en croisement » (Filho, Cimmyt, 1997 :12).

[12] Dernière tentative, le symposium du Centre International d’Amélioration du Maïs et du Blé (Cimmyt) en 1997 à Mexico, parrainé par le bottin du complexe génético-industriel (Monsanto, Novartis, Pioneer, Asgrow, DeKalb, Cargill, Plant Genetics System....) et ses soutiens politiques (Banque Mondiale, le ministère américain de l’agriculture, l’US. Aid et la Fondation Rockefeller). Pour des citations sur les mystères insondables de l’hybridité, cf. J.D. Eastin et al., p. 174 ; Coors, p.170 ; Tsaftaris A.S. et al.,p. 112 ; Stuber, p. 108 ; Phillips, p. 350, ;Goldman, p. 4 et 5 ; Dogra, Birchler et Coe, p. 34.

[13] Ce prix est deux à trois plus élevé que sur le marché américain, pourtant déjà très profitable.

[14] Les profits n’existant que pour créer de nouveaux profits, le cartel des « hybrides » a poussé à la monoculture subventionnée du maïs hors des régions (pied des Pyrennées, Dombes, Alsace) qu’il occupait écologiquement, provoquant ainsi des dégâts environnementaux majeurs : sols nus l’hiver soumis à l’érosion, destruction de la matière organique des sols, pompage subventionné de l’eau des nappes et des rivières, pollution par les engrais, herbicides et pesticides, intensification et concentration des productions animales, etc.

[15] Les inventeurs de la méthode d’expropriation par clonage, particul ièrement Edward East, sont des eugénistes militants.

[16] Richard Lewontin, The doctrine of DNA, Biology as ideology, Penguins Books

[17] E. Funk dès les années 1910 avait montré que l’on pouvait améliorer le maïs par sélection. Ce que confirment des études récentes : « En fait, plusieurs programmes d’amélioration à long terme des populations bien menés ont produit des gains génétiques supérieurs ou égaux à la moyenne des 60 kg par ha et par an de l’industrie des semences hybrides » (Coors, 1997. Cimmyt., p. 170).

[18] East et Shull enseignent à Harvard et Yale. Ces deux spécialistes de la génétique du maïs sont parmi les fondateurs de la revue Genetics en 1916 et Shull en est l’éditeur en chef pendant les dix premières années.

[19] Pioneer fondé en 1926 au capital de 7 600 dollars a été racheté par le chimiste DuPont pour près de 10 milliards de dollars en 1999. Chaque dollar investi s’est multiplié 1 500 000 fois en 75 ans. Le capital du sélectionneur se multiplie avec exubérance à son bilan que si le maïs ne puisse le faire dans le champ du paysan.

[20] Terme utilisé lors du dépôt du brevet.

[21] Gurts : Gene Use Restriction Technologies. On met lesgènes d’intérêt agronomique (par exemple un gène de résistance à une maladie) sous le contrôle d’une clef-chimique que l’agriculteur doit acheter s’il veut que son clone échappe à la maladie. En bref, le sélectionneur fabrique des plantes handicapées pour forcer l’agriculteur à racheter le handicap.

[22] Cf. Jean-Pierre Berlan, Quelques termes de la novlangue biotechnologiques, in J-P Berlan (ed.), La guerre au vivant, Ogm et autres mystifications scientifiques, Marseille, Agone, 2001.

[23] Dans sa « Déclaration d’un groupe de membres de l’Académie des Sciences sur les essais d’Ogm en champs », 21-22 novembre 2001. Ce texte invraisemblable a été diffusé le jour du procès en appel de Bové, Riesel et Soulier pour la destruction de plants de riz transgénique du Cirad à Montpellier en juin 2000. Les scientifiques du complexe génético-industriel sont intervenus directement en matière judiciaire.

[24] Cf. Véronique Chable, Quelles semences pour demain ? L’Ecologiste n° 10, juin 2003, pp. 27-29. Ce numéro spécial de L’Ecologiste est consacré aux Ogm et aux alternatives à l’agriculture transgénique.

[25] Programme des Nations Unies pour l’environnement, L’avenir de l’environnement mondial 3, de Boeck, 2002, p. 92.

[26] Christiane Galus, L’introduction de lombrics restaure la fertilité des plantation de thé du sud de l’Inde, Le Monde, 5 Juin 1997

[27] « â€˜Uniformité’ and ‘haut rendement’ sont les deux traits qui viennent à l’esprit lorsqu’on utilise le terme ‘hybride’. Bien que des hauts rendements puisse être universellement désirables, l’uniformité n’est peut-être pas nécessaire pour la plupart des plantes cultivées dans le monde. En fait, une certaine variation génétique dans le champ du paysan permet une adaptationn à diverses conditions d’environnement et de stress, en permettant une production plus fiable » (W. Hanna W., Ozias-Akins P. et D. Roche, Cimmyt, 1997, p. 215)

[28] Youyong Zhu et al. 2000. Genetic diversity and disease control in rice, Nature 406, 17 août 2000, 718 - 722.

[29] Tilman D., Reich P.B., Knops J., Wedin D., Mielke T. and Lehman C., Diversity and productivity in a long-term grassland experiment. Science 2001, 294, 843-5. Ces chercheurs montrent par exemple, que des parcelles comportant 16 espèces prairiales ont produit une biomasse totale supérieure de 42 % à celle que produit la meilleure espèce en monoculture.

[30] Académie des Sciences, op. cit., Déclaration d’un groupe de membres ...

[31] Pour Descartes, n’est vrai que ce qui est certain. Ce rationalisme fondateur des sciences modernes exclut de la vérité la quasi totalité du monde réel puisque la certitude ne peut se faire jour que par une simplification extrême de la réalité. En biologie, ce rationalisme est une impasse, puisque tout phénomène biologique est le résultat d’une multitude d’interactions.

[32] Commoner Barry, Unravelling the DNA myth, Seedling, juillet 2003. (Seedling est disponible sur le site de Genetic Resource Action International en françai s, anglais et espagnol.

[33] « Il faut reconnaître les limites de la science qui ne peut pas encore prédire les effets des OGM à long terme, à grande échelle et sur une large population , mais ce n’est pas parce que la science est faillible qu’il faut interdire toute innovation. Simplement il faut établir des responsabilités en cas de problèmes ultérieurs. » Chevassus-au-Louis, Président de la commission de concertation du Plan sur les Ogm, septembre 2001.

[34] Sur la question de la formidable montée des risques, cf Michel Tibon-Cornillot, A propos du naufrage des sciences de la vie, L’Ecologiste, n°3, printemps 2001, p. 17-18 et 67-69

[35] Stuart Ewen, PR, a social history of spin, New York, Basic Books, 1996.

[36] F. Koechlin, Organic Research, an african success story, film du Blueridge Institute sur le Centre International de Recherche sur la Physiologie des Insectes et l’Ecologie (ICIPE).

[37] « Le risque apparaît avec la vie, le risque zéro n’existe pas sinon dans un monde mort » Jean-Marie Lehn cité par le Président du Tribunal de Valence dans ses attendus du 8 février 2002 (p. 4) condamnant à des peines de prison ferme trois participants à la destruction d’une parcelle de maïs transgénique en août 2001 dans la Drôme. Cet essai était destiné à tester une stérilité mâle génique pour supprimer la castration manuelle dans la production de semences de maïs « hybride » (une source de revenu pour les jeunes ruraux au moment des vacances). Il était donc destiné à accroître encore les profits du semencier aux dépens des ruraux.

[38] Précisons : toutes les réserves pétrolières seraient consacrées à la production agro-alimentaire.

 

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Mis en ligne le 7 juin 2004

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