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Le libre échange détruit l’emploi : 150 syndicats, ONG et mouvements du monde entier exigent un moratoire sur les négociations en cours de l’OMC

Dans un appel lancé à Genève dans la presse internationale, près de 150 syndicats, ONG et mouvements sociaux internationaux mettent en garde contre une hausse mondiale du chômage, provoquée par la vague actuelle de libéralisation de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Environ dix jours avant la Conférence ministérielle, qui aura lieu du 13 au 18 décembre à Hong-Kong, les organismes - dont environ une demie douzaine sont suisses* - demandent un moratoire sur les négociations commerciales.

Berne et Genève, 9décembre

L’appel lancé publiquement à la fin de la semaine dernière rappelle que lors de la fondation de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en avril 1994 à Marrakech, les ministres du commerce du monde s’étaient engagés à assurer le plein emploi dans le monde entier. Aujourd’hui, dix ans plus tard, des régions mondiales entières sont encore exclues des richesses et du développement ; le taux de pauvreté absolue s’est même accru dans de nombreuses parties du monde. Le chômage a augmenté partout dans le monde et la qualité des emplois actuels est souvent devenue précaire.

Certes, ces évolutions ne s’expliquent pas seulement par l’OMC. Mais de nombreux pays se sont appauvris en raison de l’ouverture des marchés et de la participation forcée au commerce mondial. Les réglementations profondément asymétriques sur le commerce et les investissements ont aggravé la pauvreté, en détruisant d’une part l’espace vital naturel des pêcheurs, des populations indigènes ou des petits fermiers dans le secteur des matières premières ou de l’export agricole, et d’autre part en ruinant les petites structures dans le commerce, l’artisanat et l’industrie par la concurrence des sociétés transnationales des pays industrialisés.

Le « Cycle de développement » a disparu sans laisser de trace

L’appel a été rendu public dix jours avant la Conférence ministérielle de l’OMC à Hong-Kong, au cours de laquelle il doit être mis un terme à ce que l’on appelle le « Cycle de développement de Doha ». Ces négociations ont certes promis aux pays en voie de développement un traitement différent dans l’ouverture des marchés, afin que leurs économies nationales ne soient pas envahies par des produits bon marché importés des riches pays du Nord et s’en trouvent détruites. Mais on ne trouve plus aucune trace des « objectifs de développement » dans la lutte concurrentielle que se livrent aujourd’hui les grandes puissances commerciales, poursuit l’appel.

Les groupes de l’agro-business mondial se sont avérés être les seuls gagnants de l’ouverture forcée des marchés et de la surproduction dans l’agriculture ; l’import à bas prix de produits agricoles, désormais rendu possible, menace les ressources vitales de deux milliards de personnes travaillant en majeure partie dans de petites structures d’exploitation agricole. La réduction massive des droits de douane à l’importation des produits industriels, exigée par les pays industrialisés, a également de lourdes conséquences : comme les pays en voie de développement protégeaient leur jeune industrie en premier lieu par les droits de douane, leur suppression mène inévitablement à une désindustrialisation en masse du Sud et ainsi à une hausse du chômage. Et là où de nouveaux emplois ont effectivement été créés, cela en a coûté des emplois dans les pays aux salaires élevés.

La libéralisation dans le secteur des services n’a pas non plus apporté le miracle promis en matière d’emploi : l’Accord sur les Services (GATS) visait en premier lieu à supprimer les barrières aux investissements, qui permettent aux grands groupes de racheter les services déjà existants. Les licenciements sont devenus particulièrement usuels dans les services autrefois publics, comme le démontre l’exemple européen, où dans les domaines des transports, des télécommunications et de l’électricité, 850 000 emplois ont été supprimés dans les années 1990.

Le paradigme d’aujourd’hui commerce => croissance => développement a donc échoué, conclut l’appel : non seulement les taux de croissance sont passés de 3,6 % à 1,1 % depuis les années 1960 et l’augmentation de la libéralisation commerciale, mais en plus, une croissance sans emploi est de plus en plus courante ; les profits ne sont plus investis de façon productive mais affluent directement dans les caisses des sociétés transnationales et de leurs actionnaires, lesquels profitent du dumping des salaires de plus en plus répandu. Près de 150 organisations de la société civile, syndicats et associations d’agriculteurs du monde entier exigent donc un moratoire sur les négociations en cours, car ils n’ont été justes ni pour les besoins des pays en voie de développement, ni pour les agriculteurs et les travailleurs du Sud aussi bien que du Nord.

La Suisse aussi est touchée

La Suisse aussi a posé des exigences de libéralisation exagérées aux pays en voie de développement dans les secteurs de l’industrie et des services. Pourtant, l’agriculture suisse n’est elle-même pas épargnée par la suppression des emplois. On s’attend à une perte de chiffre d’affaires pouvant atteindre 2,5 milliards de francs suisses et qui touchera les agriculteurs de plein fouet. Attac Suisse, Solifonds, Unia et Uniterre ont donc fait parvenir l’appel, en tant qu’organismes suisses signataires, au conseiller fédéral Joseph Deiss, au chef des négociations de l’OMC Luzius Wasescha, ainsi qu’à tous les parlementaires fédéraux. Les organismes exigent d’eux qu’ils s’engagent en faveur d’une suppression des négociations en cours, en vue d’un véritable cycle de développement dans le commerce mondial.

* Il s’agit d’Alliance Sud, attac suisse, la déclaration de Berne, Solifonds, Unia, Uniterre et vpod-ngo. La liste complète des signataires peut être consultée à l’adresse www.world-psi.org/wtoandjobs.

traduit par Claire Dervishaj, Coorditrad

 

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Mis en ligne le 15 décembre 2005

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