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Chères Amies et chers Amis,
Je vous lis dans votre lettre d’info du 25 octobre, et j’ai toujours du plaisir à le faire, mais je me demande si parfois vous n’êtes pas un peu tombé sur la tête. Face à Nestlé qui introduit des produits équitables, grand est le scepticisme, pour ne pas parler de méfiance, et je partage vos interrogations. Votre critique est intéressante, mais omet beaucoup d’éléments importants et, à mon avis, se trompe de cible.
Certes le "comment Nestlé va faire ?", le "détournement marketing" très probable et tant d’autres questions que vous développez se posent. Mais de mettre au rencart comme vous le faites le commerce équitable face aux luttes devant les inégalités profondes est déplacé. Le travail, au bout de la route, est celui du changement de notre système économique, et ceci requiert engagement, critiques, manifestations et lutte, comme c’est le cas face à l’OMC qui décide, concrètement, de moult changements affectants des millions de gens.
Mais le commerce équitable demeure une réponse en tout point défendable, extensible à un système économique dans beaucoup de ses principes, et en rien "secondaire" comme vous semblez le dire. Car, concrètement, ce sont entre 3 et 5 millions de personnes qui bénéficient aujourd’hui directement du commerce équitable, et non, ce n’est pas rien. Tout aussi concrètement, le développement du commerce équitable est un moyen de pression extraordinaire (la banane en est un exemple frappant) sur les autres acteurs du marché. Avec le couplage bio, ceci change concrètement l’environnement des régions de productions. Les différences de traitement dans les coopératives équitables réveillent les consciences et délient les syndicats qui osent se mesurer concrètement aux propriétaires. L’élimination des intermédiaires spéculatifs et inutiles sert réellement la justice économique et sociale de ces régions, où le commerce équitable se substitue aux carences des lois locales.
Dans ce contexte, je ne peux pas partager votre affirmation "Continuons à faire des choix raisonnés de notre consommation mais surtout évitons de considérer ces actes comme la panacée à un système de commerce mondial profondément injuste [...]. Nous devons au contraire continuer à nous attaquer aux racines du problème plutôt qu’à tenter d’atténuer ces conséquences." Le commerce équitable n’est pas qu’une atténuation des conséquences de ce système. C’est la construction quotidienne d’un autre monde : celui où l’échange sert à tous, au Nord comme au Sud, où la relation économique (au sens large du terme) redevient un mode d’échange comme un autre (social, culturel, spirituel) et ne dépasse pas les autres par sa précarité. De plus, nul ne peut être assez bête pour penser avoir découvert la panacée, et je vous mets au défi de trouver des acteur-trice-s du commerce équitable qui se disent tellement satisfait-e-s qu’ils/elles peuvent se reposer sur leurs lauriers... Pour ma part, je ne pense pas que vous en trouverez.
Enfin, et c’est le noeud de la question, je vous écris parce que j’ai regretté à quelques reprises de votre part, et d’autres groupes qui veulent changer les règles du jeu dans ce monde, une opposition du style "je suis plus pur que toi !". Opposant ainsi stérilement les "panacéeux" du commerce équitable aux purs combattants de la liberté qui manifestent contre l’OMC...
Nous nous devons, quel que soit notre niveau d’engagement et nos priorités, savoir si nous nous retrouvons sur l’essentiel. A savoir que nous souhaitons changer ce monde, pour le meilleur, avec comme priorité la justice -sociale, économique, civile - dans la haute estime que nous avons des droits humains et le respect de l’environnement. Avec sincérité, et dans la diversité.
Car même s’il est fort probable que l’on trouve ici ou là que le commerce équitable n’est pas parfait, passer son temps à se mettre des bâtons dans les roues est un luxe que nous ne pouvons pas nous permettre.
Réponse du rédacteur
Cher Monsieur,
Tout d’abord, j’aimerais vous remercier pour votre lettre. Il est important pour nous d’avoir des personnes qui enrichissent nos débats et nos discussions. Je me permets tout de même d’user de mon droit de réponse, car vous ne semblez pas avoir compris mes propos. Premièrement, je ne me permettrais évidemment jamais de considérer les personnes défendant le commerce équitable comme bête, au contraire je respecte cet engagement qui, surtout dans ses débuts, devait être un réel défi ! Le propos de ma prise de position était surtout de mettre en avant une divergence de point de vue qui semble récurrente : d’une part, les personnes qui croient que les réformes du commerce mondial et de ses règles sont possible et ceux qui croient au contraire à la nécessité de changer en profondeur ces règles. Personnellement, je n’ai pas la prétention d’être plus pur, je pense simplement qu’il est urgent (et en cela je rejoins l’article "Max Havelar ou le boycott Nestlé, la fin du politique" ) de reprendre notre rôle de citoyen-ne-s en main et de se battre contre les mécanismes qui engendrent les inégalités et contre les multinationales qui en profitent ! Et cela n’est, à mon avis, pas contradictoire avec le fait de promouvoir le commerce équitable, bien au contraire !
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