|
Le Temps nous annonce la bonne nouvelle : "La proportion de pauvres a diminué de moitié depuis 1981". C’est la Banque mondiale qui le dit sur la base d’une enquête statistique que commente pour nous Alain Faujas.
Ce journaliste du Monde est un grand défenseur de l’OMC. En outre, il est connu pour son éloge de la nouvelle économie. Ce n’est pas interdit, mais cela donne des indications sur ses présupposés idéologiques.
Il est donc nécessaire de décrypter et de commenter. Il faut d’abord préciser que le seuil de pauvreté moyen est fixé par la BM à 1,25 dollars par jour et par personne, ce qui mérite 4 remarques. 1 Cette limite est arbitraire. 2. Elle est absurde : en dessous, vous êtes extrêmement pauvre, en dessus vous n’êtes subitement que pauvre ! 3. On est obligé d’utiliser des valeurs mesurées en parité de pouvoir d’achat, exercice hautement acrobatique et hasardeux. 4. Surtout : l’usage d’un seuil monétaire de pauvreté est extrêmement réducteur étant donné le caractère multidimensionnel de la pauvreté (accès à l’éducation, à un système de soins, à l’eau, à la terre, etc.).
600 millions de personnes sont donc sorties de la très grande misère. Que sont-elles devenues ? Et bien, comme prévu, elles ont passé dans la catégorie des personnes vivant avec un revenu situé entre 1,25 à 2 dollars par jour. Leur situation s’est donc considérablement améliorée, mais je ne suis pas certain qu’elles le sachent. Il me paraîtrait indispensable que la BM entreprenne une campagne mondiale d’information pour le leur apprendre ! Mais il faut qu’elle se dépêche, puisqu’elle admet elle-même que la hausse des matières premières risque d’hypothéquer ces brillants résultats.
"Le combat que les pays en développement mènent contre la pauvreté porte ses fruits", c’est ce qu’affirme la BM dans l’intitulé de son étude. L’objectif est clair : il s’agit de faire savoir que notre société est sur la bonne voie et qu’il n’y a rien à changer. La manipulation de l’information est ici évidente.
Bien d’autres commentaires seraient à faire, mais Le Temps ne laisse pas à ses lecteurs (payants !) la place pour lutter à armes égales avec ses journalistes.
Cette lettre a été aimablement publiée par Le Temps le 15 septembre sous le titre "Exercice hasardeux",
Malheureusement, certains passages ont été supprimés, ce sont ceux qui sont indiqués en gras ci-dessus.
|