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La France a fait du thème des migrations l’une des priorités de sa présidence de l’Union européenne du second semestre 2008. Suivant le modèle suisse (loi sur les étrangers et loi sur l’asile), les mesures contre les immigré-e-s auront comme but le renforcement de la « forteresse Europe » : le stop immédiat de la régularisation des immigré-e-s illégaux/-ales, le renforcement des contrôles frontaliers de l’Union européenne et l’harmonisation du rapatriement des sans-papiers.
Les 13 et 14 octobre prochains, le Conseil des ministres de l’Union européenne se réunira à Paris pour adopter un « pacte européen sur l’immigration et l’asile ». En fait, la France entend proposer à ses homologues européens l’adoption d’accords de « gestion concertée des flux migratoires et de co-développement » comme modèle de négociation par lesquels d’une part, elle fait la promotion d’une immigration choisie, d’autre part, elle demande aux pays du Sud de réadmettre leurs ressortissants et ceux des pays tiers ayant transité sur leur territoire.
Un durcissement des lois sur les étrangers et sur l’asile au niveau européen aura un impact considérable sur les lois en Suisse. Le gouvernement sera obligé d’adapter les règles, même si avec l’entrée en vigueur des derniers éléments de la LEtr et de la LAsi (loi sur les étrangers et loi sur l’asile) et la loi contre le travail au noir le 1er janvier 2008, la situation des étrangères et étrangers, avec et sans papiers, s’est précarisée encore plus qu’avant.
Le contexte européen et suisse a donné une impulsion à différents collectifs de migrant-e-s. À Zurich, en décembre 2007, le collectif a occupé le Grossmünster pour rendre attentives la population et les autorités à la situation de travail et de vie précaires des immigré-e-s. À Fribourg, le collectif autonome des immigré-e-s a lancé un cycle de sensibilisation dans différents quartiers de la ville. À Berne et à Zurich, une fois par semaine, le café des réfugié-e-s invite tout le monde à discuter des problèmes des personnes concernées. Cette dynamique nationale a même abouti au journal en langue allemande « Bleiberecht », « droit de rester », qui sort 3 fois par année (pour plus d’infos sur la campagne « droit de rester pour toutes et tous », voir www.droitderester.ch).
Mais cette nouvelle campagne doit affronter plusieurs défis. Comment unifier la lutte des sans-papiers, des requérants d’asile, des immigré-e-s avec autorisation de séjours, bref : les étrangères et étrangers de tout type [1] ? Et comment élargir la lutte dans la population suisse ? Comment construire un mouvement de soutien composé de syndicats, partis politiques et organisations humanitaires ?
Un point central dans ce débat et le point commun des différentes personnes concernées : le travail. Depuis toujours, les dirigeants économiques et politiques ont joué la carte de la division des travailleuses et travailleurs. Par exemple, les attaques contre le droit d’asile, contre les « budgets pour l’asile », sont là pour indiquer que les milieux dirigeants savent qu’un clandestin « coûte moins cher » qu’un requérant d’asile et qu’il est plus fonctionnel aux « besoins de l’économie ».
De ce point de vue, les travailleuses et travailleurs immigré-e-s en général sont « utilisé-e-s » comme moyens de pression sur les travailleuses et travailleurs suisses, les immigré-e-s avec statut précaire sur les immigré-e-s avec statut plus ou moins stable. C’est pourquoi la solidarité de toutes les travailleuses et de tous les travailleurs doit être le fil conducteur pour un droit de rester pour toutes et tous. Egalement, un travailleur suisse profite de la stabilité d’un travailleur immigré, de l’accès de ce dernier à tout droit syndical, social, culturel et politique. Dans ce sens, les syndicats ne commettront plus les mêmes erreurs comme par exemple en 1973 quand, pour garantir le travail aux salariés suisses dans une phase de crise, ils ont accepté le rapatriement d’environ 300’000 immigrés dans leurs pays d’origine. Ainsi, les partis politiques de gauche pourront véritablement répondre aux politiques xénophobes et racistes de la droite conservatrice, qui prône encore aujourd’hui l’unité de la communauté nationale et qui veut solidariser le milieu patronal suisse avec les travailleurs suisses contre les étrangers, mais qui, finalement, appuie l’exploitation de tous les travailleurs !
Les questions de migration ne sont pas exclusivement des questions d’éthique humanitaire, mais également des questions touchant les intérêts communs de toute personne salariée et visant une vraie émancipation de toutes les travailleuses et de tous les travailleurs dans les conditions choisies par elles-mêmes et eux-mêmes.
[1] Les multiples permis de séjour que la Suisse adapte suivent le mot d’ordre « divide et impera », autrement dit « divise et domine » : B (autorisation de séjour, à renouveler toutes les années, respectivement tous les 5 ans. Plus d’info : http://www.bfm.admin.ch/bfm/fr/home/themen/aufenthalt.html), C (autorisation d’établissement, à renouveler chaque 5 à 10 ans), G (autorisation frontalière), L (autorisation de courte durée pour les ressortissants des Etats tiers), F (pour étrangers admis provisoirement), N (pour requérants d’asile), S (pour les personnes à protéger), auxquels s’ajoutent les sans-papiers et les personnes NEM (non entrée en matière).
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