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Sous la pluie, la neige ou par temps de canicule, les maçons sont toujours là . Soumis à des rythmes infernaux, risquant à tout moment l’accident de travail ou la maladie professionnelle, ce sont eux qui construisent nos maisons et écoles, nos routes et hôpitaux. Or, depuis le 1er octobre, ils n’ont plus de convention collective de travail, les patrons de la Société Suisse des Entrepreneurs (SSE) l’ayant dénoncée. Mais les maçons résistent : les mouvements de grève impressionnants de ce mois d’octobre ouvrent une mobilisation peu habituelle dans le pays de la paix du travail.
Avec la dénonciation de la Convention nationale du gros œuvre (CN), les travailleurs de la construction ont d’un coup perdu un nombre important d’acquis sociaux pour lesquels ils s’étaient battus au fil des 70 dernières années. Soumis à une pénibilité de travail particulièrement importante, les travailleurs de cette branche historiquement combative avaient ainsi obtenu le droit à un 13e salaire pour tous en 1977, le droit à quatre semaines de vacances en 1978 et la retraite anticipée dès 60 ans en 2003, ainsi que des salaires minima relativement élevés et une assurance perte de gain garantissant un revenu en cas de maladie durant 720 jours. De surcroît, la CN réglementait également les horaires de travail : dans un marché du travail de plus en plus soumis aux exigences patronales d’une flexibilité sans limites, les syndicats gardaient un certain contrôle sur les calendriers des chantiers.
Et c’est précisément en mettant en avant le « besoin de plus de flexibilité » que la SSE a décidé de rompre avec la CN. En réalité, c’est l’ensemble des mesures qui règlementaient les conditions de travail des maçons qui étaient visées, la CN ayant été un des derniers bastions contre la précarité rampante. A l’heure de la libre-circulation, c’est ainsi une concurrence de tous contre tous qui s’instaure, avec l’objectif patronal de baisser massivement les coûts salariaux des maçons.
C’est pour cette raison que l’attaque que subissent aujourd’hui les maçons concerne en réalité l’ensemble des travailleurs en Suisse. Les conventions collectives ont été présentées comme le rempart principal durant la campagne de votation pour les mesures d’accompagnement contre le risque de dumping social et salarial qui aurait pu découler de l’ouverture des frontières. Or, non seulement les rapports des contrôleurs paritaires – qui sont censés contrôler l’application des conditions de travail conventionnelles par toutes les entreprises actives sur le sol suisse – démontraient année après année que près d’un quart des entreprises de la construction payaient des salaires inférieurs aux minima obligatoires. Mais surtout, avec la fin de la CN, les contrôles ne se feront tout simplement plus, et des salaires de misère seront tout à fait légaux. D’ores et déjà , des patrons dans d’autres branches menacent de suivre l’exemple des patrons du bâtiment et de dénoncer les conventions existantes.
L’offensive patronale concerne l’ensemble des salariés pour une autre raison aussi. Le président de la SSE l’a déclaré publiquement à plusieurs reprises : les patrons ne sont pas défavorables à reprendre des négociations pour conclure une nouvelle convention. Mais pour cela, ils exigent un changement radical du comportement des syndicats qui doivent « cesser de défendre les intérêts des travailleurs uniquement » ! En d’autres mots : avec la dénonciation de la CN est visé aussi une des dernières traditions syndicales combatives en Suisse, celle des maçons, qui sont aujourd’hui principalement organisés dans le plus grand syndicat du pays, Unia.
Mais les maçons n’ont pas tardé à riposter. En juin de cette année déjà , quelques semaines seulement après l’annonce patronale de dénoncer la CN, les maçons de Genève (où 85% des travailleurs du gros Å“uvre sont syndiqués) sont descendus dans les rues, ouvrant ainsi un cycle de luttes que ce pays n’a plus vu depuis longtemps. En effet, la mobilisation syndicale se présente plutôt en bonne forme. En septembre, 17’000 travailleurs ont manifesté à Zurich, et dès le début d’octobre, les maçons se sont croisés les bras à plusieurs reprises : des grèves ont ainsi eu lieu sur le plus grand chantier d’Europe, le AlpTransit à Faido, Amsteg et Sedrun, et le 15 octobre 4’300 des 4’800 maçons genevois ont arrêté le travail, le même jour que leurs collègues de Berne et Neuchâtel. Et le mouvement est loin d’être terminé : tant que la SSE ne se décide pas de revenir à la table de négociations sans conditions préalables, les maçons continueront à lutter. Ainsi la date du 1er novembre est déjà retenue pour une grève à Zurich, et pour Genève, les travailleurs de la construction ont déjà voté deux jours de grève.
Autant dire que leur lutte est la lutte de tous les salariés de ce pays : non seulement, ils ont besoin d’un large soutien populaire ; mais surtout aussi d’une détermination partagée dans d’autres branches pour défendre ensemble nos conditions de travail.
Contact pour le comité de soutien genevois des maçons : Dario.Chiaradonna(at)unia.ch

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