article-17
Attac Suisse
International | Deutsch | Français | Italiano
 
     
Accueil Présentation Campagnes Synergies Contacts & particper
Accueil >> Angles d’ATTAC >> 26 Angles d’ATTAC janvier 2006  
La lutte contre la pauvreté : une lutte contre les pauvres ?

Comme chaque année, les plus grandes multinationales du monde et leurs leaders se réuniront du 25 au 29 janvier 2006 au sein du World Economic Forum (WEF) de Davos. Du fait des protestations dans le cadre de la mobilisation anti-WEF de ces dernières années, le WEF a commencé à inviter des ONG et des personnalités critiques comme Vandana Shiva à participer au Forum. L’AUTRE DAVOS a-t-il encore sa raison d’être ? OUI, car à notre avis les propositions alternatives ne sont pas reprises par les leaders économiques et les gouvernements, le modèle économique néolibéral étant encore et toujours le paradigme dominant dans les têtes des dirigeants, sans aucun signe de remise en cause. Les conséquences de cette politique sont connues : bien que les sociétés multinationales engrangent des bénéfices records dans le monde entier, les licenciements de masse se multiplient et la destruction de la sécurité sociale avance au nom des "lois naturelles du marché" ; dans nombre de pays du Sud et du Nord, la pauvreté est (ou redevient) une réalité quotidienne ; des guerres sont menées au nom des "intérêts du marché" ; ce même "marché" entraîne une dégradation massive de l’environnement, pour ne nommer que quelques unes de ses conséquences désastreuses. Le WEF se veut une plateforme des "décideurs" ("decision-makers") leur permettant de se confronter aux défis de l’économie mondiale et de faire des choix ("tough choices", "décisions dures" selon le slogan de la dernière édition du WEF) pour nous diriger vers un monde meilleur. C’est donc une petite minorité qui s’arroge ici le droit de décider des priorités politiques et de déterminer notre avenir à nous toutes-tous. Nous rejetons cette conception élitaire, basée sur l’idée de la subordination des êtres humains aux décisions de quelques leaders. Dans la perspective de la liberté et de l’égalité, l’"économie" ne peut pas être un domaine réservé aux décisions d’une petite minorité ; nous sommes toutes-tous des « décideuses-eurs ».

La pauvreté s’accroît tandis que les bénéfices des entreprises explosent. Ces derniers temps, les milieux qui nous imposent leurs politiques néolibérales et leurs guerres impériales depuis des décennies évoquent souvent la "lutte contre la pauvreté", alors même qu’on constate que les objectifs du Millénaire pour le développement définis par les Nations Unies pour "réduire la pauvreté de moitié" ne seront pas atteints. En adoptant ces objectifs du Millénaire, les Etats membres de l’ONU s’étaient engagés à réduire de moitié le nombre des êtres humains disposant de moins d’un dollar US par jour pour vivre et le nombre des personnes souffrant de la faim d’ici à 2015. Plus de 1,15 milliard de personnes seraient concernées par cette définition de la pauvreté dite "absolue". Or sur les sites des organisations internationales et des agences de développement, les statistiques sur la pauvreté ne sont jamais accompagnées d’indications sur les bénéfices des sociétés multinationales... Pour les multinationales suivantes qui ont leur siège en Suisse, la croissance des dividendes - donc de la part des bénéfices d’une firme qui est distribuée aux actionnaires - par rapport à 2003 est estimée ainsi par les analystes : Swatch : 10,43%, Nestlé : 13,88%, Novartis : 9,67%, Adecco : 30,44%, Bâloise : 24,44%, Clariant : 15,62%, Syngenta : 17,98%... Ces chiffres reflètent le fait que les multinationales réussissent de mieux en mieux à imposer leurs politiques d’exploitation et de conquête des marchés, au profit d’une petite minorité de puissants. Comment "lutter" contre la pauvreté, si l’on ne s’attaque pas à l’exploitation omniprésente et à la logique du profit ? "Make poverty history" ("Faire de la pauvreté de l’histoire ancienne"), déclarait le Premier ministre britannique Tony Blair lors du sommet du G8 de juin 2005 en Ecosse, instrumentalisant ainsi les espoirs placés par des milliers de personnes du monde entier dans la campagne pour l’annulation de la dette des pays les plus pauvres. Les pays du G8 (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Canada, Russie et les Etats-Unis) contrôlent environ 50% du commerce mondial. Les élites de ces pays concentrent donc un pouvoir énorme en leurs mains. Or lorsque le G8 se penche sur l’aide au développement, les conditions qui sont imposées aux pays du Sud ne sont jamais évoquées. En effet, l’"aide au développement" fondée sur la pensée néolibérale est systématiquement liée à l’obligation de privatiser et d’ouvrir les marchés dans les pays concernés. Le secteur public est démantelé et/ou devient un marché lucratif pour les multinationales du Nord. En conséquence, les conditions d’accès de la population à la santé, aux infrastructures de transport, à la formation et à d’autres services de la collectivité se détériorent. En outre, les mesures d’annulation de la dette annoncées au sommet du G8 ne tiennent pas compte du fait que la plupart des pays gangrenés par la dette ont remboursé plusieurs fois leurs crédits, mais restent otages des institutions internationales comme la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International en raison du service de la dette. De même le nouveau cycle de libéralisation de l’Organisation Mondiale du Commerce est présenté comme un "cycle de développement" en faveur du Sud, alors que les populations du Sud luttent contre l’ouverture brutale et forcée des marchés de leurs pays.

La pauvreté dans l’optique néolibérale.

Le WEF aussi se penche régulièrement sur le problème de la pauvreté. La perspective choisie n’est cependant pas celle des êtres humains et de leur souffrance. Ce que les analystes du WEF déplorent en premier lieu, ce sont les "parts de marché" et les "ressources" qui se perdent : "Les quatre milliards de pauvres de la planète représentent des ’ressources bloquées’ et un énorme potentiel de marché..." ("The world’s four billion poor people may represent ’trapped resources’ and a huge potential market...", WEF, Poverty Reduction : What Works, What Doesn’t and Why, 27.01.2003). Pour remédier à cette situation, les participant-e-s du WEF s’en remettent à leur maxime bien connue : la croissance économique. Celle-ci est connue comme le "moteur central de la réduction de la pauvreté à l’échelle internationale" ("key international driver of poverty reduction"), même si les analystes notent que la seule croissance ne suffit pas à garantir la justice ou la cohésion sociale à long terme. Pour la pensée néolibérale, l’individu est d’abord une entité économique dont la liberté individuelle se réalise au mieux dans le cadre du marché. Les "seuls liens qui sous-tendent une société dans son ensemble [sont] de nature purement économique...." (citation de l’auteur libéral F. A. v. Hayek). Dans cette optique, le progrès et le développement découlent uniquement des inégalités entre les êtres humains et de leurs intérêts divergents, la concurrence étant le moteur de toute évolution. Les théories néolibérales peinent à appréhender la socialité, car toute concrétisation démocratique du bien commun constitue une entrave à la liberté économique de l’individu pensé comme une entité atomisée et généralisée. Il est évident qu’une telle conception ne peut pas apporter de réponses aux problèmes brûlants de la société actuelle. Un autre aspect problématique de la "lutte" officielle "contre la pauvreté" réside dans l’oubli de la pauvreté dans les pays du Nord. Dans les pays dits riches, le nombre des personnes qui vivent dans des conditions inacceptables est également en croissance. La pauvreté ne tombe pas du ciel, elle est le produit de l’activité humaine. La délocalisation et la privatisation privent un nombre croissant de personnes de leur travail et donc de leurs bases d’existences, tandis que les assurances sociales subissent un démantèlement massif. Pour nous, la pauvreté ne concerne pas uniquement les normes officielles, économiquement mesurables - les seules que connaisse la pensée néolibérale - qui varient entre 1 et 14,4 dollars US par jour selon les continents. Quand les besoins en biens immatériels comme la formation, la santé, la culture etc.... ne sont pas satisfaits, quand les conditions de vie interdisent la diversité et les alternatives, la pauvreté s’installe. La lutte contre la pauvreté est bien sûr un objectif que nous partageons. Or les promoteurs actuels de ce concept sont justement ceux qui continuent de mener, chaque jour, des politiques de guerre, d’exploitation et d’oppression. Nous sommes donc extrêmement sceptiques quant aux approches qu’ils nous proposent - en effet, comment ces approches peuvent-elles réellement améliorer nos conditions de vie, alors que la réalité montre clairement que les recettes néolibérales sont justement à la source de la pauvreté et de l’oppression ?

Démocratiser l’économie.

La prochaine édition du WEF nous impose la "créativité", comme l’indique le slogan choisi : "The creative imperative" ("L’impératif créatif"). Or pour nous la créativité désigne l’élaboration d’alternatives, de choix possibles. Les vraies alternatives ne pourront pas, à notre avis, venir d’en haut, mais seront le fruit de la créativité de toutes et tous. Si nous voulons que toutes et tous aient le même droit collectif à la liberté et à la responsabilité, l’avenir - et donc l’"économie" - sera un projet ouvert et non prédéterminé ou autoritaire. Nous pensons que l’activité économique est une composante importante, mais de loin pas exclusive de l’intégration. A l’évidence, une conception de la production, du commerce et des services basée sur la coopération et la solidarité est plus favorable au développement d’une société et à la garantie de bonnes conditions de vie pour la grande majorité des êtres humains qu’une économie visant au succès immédiat moyennant la destruction des concurrents. Nous ne pouvons pas accepter cette "réalité" fondée sur le profit à court terme, la rupture des solidarités et l’irresponsabilité. A l’Autre Davos 2006, nous avons invité trois activistes de différents contextes à nous exposer leurs approches qui - contrairement à celles du WEF - dénotent une réelle créativité et s’opposent à la perspective néolibérale : Nahla Chahal, sociologue, coordinatrice de la Campagne civile internationale de protection du peuple palestinien (CCIPPP), Tania Quiroz Mendieta, militante de la Coalition for the Defense of Water (coalition contre la privatisation de l’eau) à La Paz, Bolivie, et Jay Arena, activiste anti-guerre et militant syndical de base, représentant d’une coalition de la Nouvelle-Orléans luttant pour une reconstruction autodéterminée après la catastrophe récente.

 

 

A propos de cet article  

Mis en ligne le 31 décembre 2005

Au format d'impression:

 
Sur notre site
Articles sur le même sujet:
OccupyWef Actualité
Tour de Lorraine 2012 Actualité
Autre Davos 2011 Autre Davos 2011
Tour de Lorraine 2011 75 Angles d’Attac No 75, décembre 2010
Autre Davos : l’exigence d’un autre monde 68 Angles d’Attac, mars 2010

Campagne sur le même sujet:
Autre Davos 2011
Dans les pages 26 Angles d’ATTAC janvier 2006  

Les autres articles:

La lutte contre la pauvreté : une lutte contre les pauvres ?

Petite introduction des oratrices et orateurs de l’Autre Davos

Le WEF est partout - nous aussi !

Vers un nouveau conflit concernant la gestion des ressources naturelles ?

Agenda Fribourg

Agenda Valais

 

Retour aux pages 26 Angles d’ATTAC janvier 2006

Haut de page

Copleft (L) ATTAC-Suisse 1205 Genève - Tel: ++41 22 800 10 suisse@attac.org
Reproduction autorisée en mentionnant l'adresse du site internet http://www.suisse.attac.org/
Site réalisé avec SPIP

 article-17