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La Suisse en situation de plein emploi ?

Avec moins de 3% de taux de chômage, la Suisse est, selon les critères de l’OCDE, en situation de plein emploi, a-t-on appris dans la presse ces dernières semaines. Alors que nous sommes engagé-e-s dans une campagne contre la précarisation du travail, il nous a semblé utile de faire une petite séance de décryptage de cette situation de plein emploi.

Les longues années de chômage, qui ont touché l’Europe et la Suisse durant les années 90 ont fortement changé la structure du travail dans ces pays. Ce taux de chômage a tout d’abord offert une importante main-d’oeuvre en situation de faiblesse au grand patronat qui, dès lors, pouvait imposer des conditions de travail toujours plus précaires aux travailleur-euse-s, en jouant sur la concurrence. C’est ainsi qu’ont augmenté de façon significative le travail sur appel, les contrats à durée déterminée, à temps partiel...

L’augmentation de ce type de contrats, également dit atypiques, est la conséquence, non seulement du chômage de masse, mais aussi d’un changement des politiques de l’emploi. Celles-ci sont aujourd’hui guidées par des théories néolibérales qui mettent en avant l’importance de la compétitivité des entreprises. La redistribution des gains d’une entreprise se fait dès lors, non plus vers les employé-e-s, pour leur offrir de meilleures rémunérations ou augmenter les places de travail, mais vers les actionnaires. Afin d’augmenter les marges de profit, la pression est mise sur les employé-e-s qui doivent travailler plus dans de moins bonnes conditions et pour des rémunérations moins élevées.

A ce phénomène s’ajoute, dans de nombreux pays, l’introduction de politiques nommées de workfare. Ces politiques réglementent les conditions pour toucher les allocations chômage et les aides sociales. Elles obligent les personnes qui en bénéficient à fournir un travail sous forme de "contre-prestation". Le "workfare" est basé sur deux piliers : exiger et contraindre. Ces politiques ont joué un rôle certain dans la réglementation de la précarisation du travail et l’exclusion de toute une frange de la population d’un travail régulier et stable. L’exemple le plus « abouti » a été mis en place en Allemagne avec les lois Hartz IV. Å’uvre de Peter Hartz, directeur du personnel chez Volkswagen, elles ont introduit toute une série de mesures permettant au patronat d’avoir accès à des employé-e-s corvéables à merci. Ainsi une personne voulant toucher son allocation chômage se voit contrainte d’accepter n’importe quel travail, et ce à n’importe quelles conditions. L’allocation chômage n’est plus considéré comme un droit pour les personnes mais comme un "service" entraînant une série d’obligations. Ainsi sont nés les jobs à 1000 euros, à 500 euros et à 1 euro qui conditionnent l’attribution des allocations chômage ou d’aide sociale. Introduits il y a quelques années, ce type de contrat existe également en Suisse, dans le canton de Saint-Gall notamment. Un autre exemple instructif est celui du restaurant-école, la Pinte Vaudoise, appartenant à l’association des cafetiers Gastrovaud et qui emploie des chômeurs à plein temps sans que ceux-ci ne soient rémunérés autremement que par leurs allocations chômage, le tout financé par l’Etat. On voit que l’Etat est ainsi partie prenante de cette politique et pousse, sous couvert de réinsertion sociale à la mise sur pied de mécanismes qui profitent aux élites économiques.

Le résultat de ce changement de structures du travail est visible à plusieurs niveaux : non seulement à travers l’augmentation du travail précaire, mais également à travers l’augmentation du nombre de woorking poors, ces personnes qui, bien que travaillant, ne peuvent plus assurer leur existence. En Suisse, ce phénomène touche désormais, selon un rapport de l’Office fédéral des statistiques plus de 250’000 travailleur-euses.

Si les plus touché-e-s restent certainement les catégories les plus fragiles de la société, femmes, jeunes, migrant-e-s, allocataires chômage, AI, d’aide sociale, ce phénomène n’a plus rien de marginal. Peut-on dès lors parler de plein emploi si les emplois précaires se multiplient, si des travailleurs employés à plein temps ne peuvent plus vivre du fruit de leur travail et si les pressions sur ceux-ci augmentent régulièrement à travers des modifications des lois ?

Attac suisse, en coopération avec différentes associations de chômeurs, de sans-papiers, syndicats et partis politiques organise du 19 au 26 mai, dans le cadre des mobilisations anti-G8, une marche contre la précarité. Il s’agit de redonner une voix et une visiblitié à celles et ceux d’entre nous qui sont souvent isolé-e-s, parfois exclu-e-s. Il s’agit surtout de se battre pour nos droits, que ceux-ci soient assurés et que cessent les attaques contre les personnes les plus fragiles de notre société. Il s’agit finalement de renforcer la solidarité entre les différents acteurs gravitant autour de ces problématiques : les collectifs de chômeurs et chômeuses, de sans-papiers, les centres de soutiens, les syndicats et la société civile.

Soyons toutes et tous nombreux-ses pour marcher contre la précarité et pour nos droits du 19 au 25 mai prochain en Suisse !

Différentes étapes sont prévues entre Genève et Bâle avec manifestations, pièces de théâtre et conférences en lien avec la question de la précarité.

Plus d’information sur les marches européennes contre la précarité en Suisse : www.euromarches.ch


La précarité chez les étudiants :
Sur le plan social, plusieurs indices révèlent que la situation des étudiants s’est dégradée au cours des dernières années. Une récente enquête de l’Office fédéral de la statistique a montré que la part du budget des étudiants suisses couverte par le travail qu’ils effectuent en dehors de leurs études est passée de 17% dans les années 1965/73 à 40% en 2005. Cette étude tend à montrer que les étudiant-e-s supportent le coût de leurs études et que, alors que les frais d’inscriptions ont augmenté sensiblement ces dernières années, parallèlement, les bourses ont diminué. Ainsi les étudiant-e-s peuvent de moins en moins compter sur les aides externes, pour financer leurs études. A l’université de Genève, un « fonds précarité » a même été mis en place pour répondre à une demande croissante d’aide financière.

 

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Mis en ligne le 26 avril 2007

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Dans les pages 41 Angles d’ATTAC mai 2007  

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