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Adoptée en mars 2000, la stratégie de Lisbonne visait à faire de l’Union, d’ici à 2010, « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Mais la conjoncture s’est retournée, et le « stupide » pacte de stabilité s’est mis à fabriquer de la récession. En 2004, le constat officiel est amer : « beaucoup reste à faire pour éviter que Lisbonne ne devienne synonyme d’objectifs ratés et de promesses non tenues ».
En février dernier, Barroso recentre la stratégie sur quelques « priorités rigoureusement définies » dont les objectifs sociaux et environnementaux ont disparu. Le seul objectif chiffré est de porter le taux d’emploi (la proportion employée de la population en âge de travailler) à 70% en 2010. La méthode consiste à « attirer plus de gens au travail », « accroître la flexibilité des marchés du travail », ou « promouvoir le vieillissement actif ».
Quant au projet de Traité constitutionnel, il prévoyait (article I-203) de « promouvoir une main d’Å“uvre susceptible de s’adapter, ainsi que des marchés du travail aptes à réagir rapidement à l’évolution de l’économie ». Les lignes directrices de l’emploi enjoignent aux Etats de réformer « les conditions trop restrictives de la législation en matière d’emploi qui affectent la dynamique du marché du travail » et de promouvoir la « diversité des modalités en termes de contrats de travail, notamment en matière de temps de travail ». Bref, le projet de Traité, les lignes directrices, la stratégie de Lisbonne, la directive Bolkestein ou celle sur le temps de travail forment un ensemble cohérent.
L’application de ces politiques a conduit, depuis une quinzaine d’années, à mettre en place un mode de fonctionnement très particulier de l’économie européenne : la part des salaires dans le revenu national baisse régulièrement, le taux d’investissement reste à peu près constant, et la part des profits non investis distribués aux « rentiers » augmente tendanciellement, en même temps que le taux de chômage.
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