Attac Suisse, 1205 Genève
suisse@attac.org
Accueil >> Angles d’ATTAC >> 62 Angles d’attac n°62, juin 2009

Accueil

L’argent - dette


1. L’argent – dette, démonstration

Le sujet qui nous occupe dans cet article est un sujet tabou : la création d’argent. Petit rappel : le 15 août 1971, le président des USA, Richard Nixon, a unilatéralement renoncé à l’étalon or, plus précisément à l’étalon argent, après et avant d’autres États. Cela signifie concrètement que sans plus aucune réserve de métal précieux, l’argent est devenu virtuel.

Si l’argent est virtuel, n’est-il pas étrange, dans notre monde esclave de l’argent, que dans aucune école on ne parle de la création d’argent ? Bien sûr, nous savons tous que les États détiennent seuls le pouvoir régalien d’imprimer les billets et de frapper la monnaie, d’émettre la monnaie fiduciaire. Cependant, cet argent-là ne constitue qu’une faible partie de l’argent en circulation. En effet, c’est la monnaie scripturale qui représente actuellement 90% de la masse monétaire totale.

Qu’est-ce que la monnaie scripturale : chacun d’entre nous possède un compte courant dans une banque. Par exemple, chaque salarié est payé par chèque qu’il dépose sur son compte. Ce n’est pas de la monnaie fiduciaire, mais une créance sur son débiteur, en l’occurrence ici son employeur. C’est une promesse à payer garantie par une signature, d’où le nom de monnaie scripturale. Appelée autrement monnaie de crédit ou monnaie d’endettement car elle a comme contrepartie un crédit à l’économie ou endettement.

Déjà à ce niveau, de ces deux principes d’argent virtuel et de monnaie scripturale, nous pouvons déduire le « grand secret » : chaque fois qu’un banquier accorde un prêt, il crée de l’argent à hauteur de ce prêt. D’aucuns disent qu’il crée de la dette.

Comme disait Frédéric Lordon sur France Inter en 2008 en réponse à la question « Qui crée l’argent ? » : « Pas l’État. Les banques, ex nihilo. C’est un débat aux enjeux fondamentaux. Complexes. Je ne peux pas en parler… ». Ceci est bien un sujet tabou.

Tout de même, nous pouvons trouver, dans n’importe quel Que sais-je ?, la définition suivante concernant les banques et la création monétaire : « Dans toute économie contemporaine, il existe à un moment déterminé un stock monétaire. Mais ce stock est né de différents flux qui résultent, pour l’essentiel, du pouvoir de création monétaire des banques ». « Les banques ont le monopole ou le quasi-monopole de la création monétaire. Mais la monnaie qu’elles créent leur échappe en grande partie. D’où la difficulté d’appréhender la réalité d’un mécanisme difficilement saisissable par lui-même… ».

De plus, pour nous compliquer la tâche, les banquiers ne disent pas qu’ils créent de l’argent ex nihilo. Je cite : « En distribuant le crédit, elles offrent une créance sur elles-mêmes - c’est-à-dire la monnaie - contre des créances sur les agents économiques non bancaires ». Autrement dit, elles monétisent des créances contre la mise à disposition de crédit aux agents économiques non bancaires, c’est-à-dire le reste du monde (merci au banquier inconnu pour cette formulation magnifique en pure langue de bois).

Et vous ? Vous n’imaginez pas que des privés, les banquiers, vont recevoir des intérêts et devenir immensément riches à partir de... RIEN.

Effectivement, la plupart d’entre nous croient que les banques prêtent de l’argent leur ayant été confié par des dépositaires. Cela est facile à imaginer, mais ce n’est pas la réalité. En fait, les banques créent l’argent qu’elles prêtent non pas à partir des possessions des propriétaires, ni de l’argent déposé (montants en devises, comptes, livrets déposés à la Banque Centrale contre rétribution), mais directement à partir de la promesse des emprunteurs de les rembourser.

La signature de l’emprunteur sur le contrat de prêt constitue une obligation de payer à la banque le montant de l’emprunt plus les intérêts, ou alors de perdre tout bien ayant constitué la garantie (maison, voiture, etc.). Qu’est-ce que cette signature implique pour la banque ? La banque se doit de faire exister le montant du prêt et simplement le créditer de manière informatique sur le compte de l’emprunteur. Cela ne peut être la vérité… pourtant, ça l’est.

Un peu d’histoire

En effet, avec l’accroissement de la demande de crédits des derniers siècles, la limitation des prêts par les dépôts des clients était un frein au développement économique et capitaliste. Les banquiers allaient donc prêter des reçus sur l’or qui n’existait pas réellement. Ce système fonctionnait pour autant que les dépositaires ne viennent pas retirer leur or simultanément.

Il aurait été simple de rendre illégale la pratique de la création d’argent ex nihilo mais les larges volumes de crédit que les banquiers offraient étaient devenus essentiels à l’expansion commerciale de l’Europe. Ainsi, au lieu de cela, des lois et des règles sont apparues et les banquiers ont accepté de limiter la quantité d’argent fictif de prêts pouvant être mis à disposition. Le rapport entre la valeur prêtée et l’argent contenu dans les coffres était de 9 dollars fictifs pour 1 réel.

Il était également convenu que, dans le cas d’un assaut (très forte demande d’or et d’argent pour honorer les reçus), les banques centrales aideraient les banques locales avec des transfusions d’urgence d’or.

Le système monétaire aujourd’hui

Avec les années, le système de réserves fractionnaires, avec son réseau intégré de banques soutenues pas une banque centrale, est devenu le système monétaire dominant dans le monde. Dans le même temps, la fraction d’or soutenant l’argent des dettes s’est invariablement réduit à néant. La nature même de la monnaie a changé. Autrefois, on pouvait échanger un dollar papier contre un montant fixe d’or ou d’argent. Actuellement, un dollar papier ou numérique ne peut être échangé que contre un autre dollar papier ou numérique.

A présent, un crédit bancaire privé est légalement convertible en monnaie fiduciaire issue du gouvernement. Cette dernière est une devise créée par ordonnance ou décret gouvernemental. Les lois stipulent que les gens doivent accepter cette monnaie comme paiement pour une dette.

Après l’abandon de l’amarrage de la monnaie à l’or qui limitait la création d’argent ou d’or par l’argent ou l’or extrait du sol, actuellement l’argent est littéralement créé comme une dette.

Quelles sont les limites de création de monnaie ?

Nous avons vu qu’autrefois, le rapport entre total des prêts et argent réel était de 9 à 1. Aujourd’hui, le rapport s’applique entre la monnaie-dette créée et la monnaie-dette existante déjà en dépôt à la banque. La réserve d’une banque consiste donc en deux choses : le montant d’espèces émises par le gouvernement que la banque a déposé à la banque centrale, plus le montant de monnaie-dette existante que la banque a en dépôt.

Pour bien comprendre pourquoi nous ne parlons plus que d’argent - dette, il faut voir dans ce rapport initial de 9 à 1 un mouvement quasi exponentiel de création de monnaie à partir de rien. Le développement capitaliste des derniers siècles avec une accélération brutale après les années 70 n’a pu exister qu’en relation avec un tel système monétaire.

« Le processus par lequel les banques créent de l’argent est si simple que l’esprit résiste à y croire. » - John Kenneth Galbraith - économiste américain.

Prenons un exemple. Considérons une banque nouvelle sur le marché qui n’a pas encore de dépositaire. Les investisseurs ont constitué un dépôt de réserve de 1’111,12 dollars d’espèces existantes, qu’ils ont mis à la Banque Centrale. La réserve fractionnaire est de 9:1.

1. Avec ce taux de réserve, la banque peut prêter 10’000 dollars à son premier emprunteur sur la base de la reconnaissance de dette de ce dernier qui fait un chèque sur ce crédit pour acheter une voiture.

2. La personne qui a vendu la voiture dépose ces 10’000 dollars à sa banque. Contrairement à la base monétaire déposée à la banque centrale, cet argent créé ne peut pas être multiplié par le taux de réserve. En fait, il est réparti en fonction de la fraction de réserve. Au rapport de 9 pour 1, un nouveau prêt de 9’000 dollars peut être effectué sur la base de ce dépôt de 10’000 dollars.

En clair, pour bien comprendre le tour de magie :

2.1 Le dépôt de garantie de la banque à la banque centrale permet à la banque de prêter au taux de réserve de 9 à 1. La banque prête 10’000 dollars pour 1’111,12 dollars de garantie. C’est exactement ici que l’argent est créé !

2.2 L’argent placé dans la banque par des tiers n’autorise plus la banque qu’à un prêt en fonction de la fraction de réserve qui est de 9/10 cette fois. La banque prête 9’000 dollars pour 10’000 dollars de garantie. Ainsi, tout le monde pense que la banque prête l’argent qu’elle a dans son coffre, alors que cet argent a été créé de toute pièce lors de la première opération.

3. Lorsque ces 9’000 dollars sont déposés par une tierce personne à la banque qui les a initialement créés, ou une autre, ils deviennent la base légale d’un troisième crédit, cette fois pour un montant de 8’100 dollars.

Maintenant, si cet argent n’est pas déposé à la banque, le processus s’arrête : c’est la part imprévisible de la création d’argent. Mais plus vraisemblablement, à chaque étape l’argent sera déposé dans une banque et le procédé de répartition peut se répéter jusqu’à ce que pratiquement 100’000 dollars d’argent neuf soient créés au sein du système bancaire. Tout cet argent a été créé entièrement à partir de dettes et le tout a été légalement autorisé par le dépôt initial à la banque centrale. Avec un tel système ingénieux, la comptabilité de chaque banque de la chaîne doit montrer que cette dernière a 10% en plus de dépôts que d’argent qu’elle a prêté. Cela donne aux banques un très bon motif pour acquérir des dépositaires, afin d’être capables d’émettre des prêts, supportant l’impression générale mais trompeuse que l’argent prêté est celui des dépôts.

Maintenant, à moins que tous les prêts successifs aient été déposés dans la même banque, on ne peut pas affirmer qu’une banque multiplie sa base monétaire initiale d’un facteur de presque 90 en émettant des crédits à partir de rien. Cependant, le système bancaire fonctionne en boucle fermée, les crédits créés dans une banque deviennent des dépôts dans une autre, et réciproquement.

Dans un monde théorique d’échanges parfaitement uniformes, l’effet ultime serait exactement le même que si le processus avait eu lieu au sein d’une banque unique. Les banques prêtent de l’argent qu’elles n’ont pas.

Ces dernières décennies, sous la pression incessante des lobbies bancaires, les exigences de constituer un dépôt de réserve à la banque centrale ont simplement disparu dans certains pays et les taux de réserve peuvent être bien supérieurs à 9:1, soit 20:1 ou même 30:1.

Nous comprenons aisément que, partout dans le monde, le lobby des banques veille avant tout à ce que les banques ne soient plus renationalisées. Donc, alors que les règles sont complexes, la réalité est dans les faits très simple : les banksters peuvent créer autant d’argent que nous pouvons en emprunter.

Cet argent est détruit par le remboursement du capital emprunté ou par sa thésaurisation quelque part autre que dans une banque. Mais est-ce qu’un emprunteur va conserver un chèque dans son coffre ?

« Mais ce n’est pas tout, les banques ne créent que le montant du principal. Elles ne créent pas l’argent pour payer les intérêts. Le seul endroit où les emprunteurs peuvent aller pour obtenir l’argent pour payer les intérêts est dans la masse monétaire globale de l’économie. Comme presque toute cette masse a été créée de la même façon, il s’agit de crédits bancaires devant être remboursés avec plus que ce qui a été créé. Nous nous trouvons donc dans la situation où tous les emprunteurs essaient frénétiquement d’obtenir l’argent pour payer à la fois le principal et les intérêts à partir d’un réservoir d’argent qui ne contient que le principal. Comme cela est clairement impossible, une partie fera fatalement faillite » - (Paul Grignon).

« Si les banques créent assez d’argent synthétique, nous prospérons ; sinon, nous sombrons dans la misère. Nous sommes définitivement sans système monétaire permanent. » Robert H. Hemphil, gestionnaire de crédits, FED, Atlanta, Géorgie.

2. L’argent – dette, la maîtrise du système bancaire

Une certitude dont il faudra se souvenir : les banques, les régulateurs, les marchés ne peuvent plus rien contrôler des mouvements browniens mondiaux de la finance dont ils se révèlent incapables d’anticiper les convergences. Et surtout lorsque ce chaos même est, pour une poignée d’humains, l’occasion d’amasser des fortunes au détriment des autres.

Pourtant, tout un système a été mis en place pour éviter ou repousser le plus longtemps possible l’effondrement de la finance mondiale sous l’effet de la dette (rappel : en 2009, la dette cumulée de l’État et des contribuables américains se monte à 50’000 milliards de dollars).

La pyramide du secteur bancaire

Examinons le système mis en place. Tout en haut, la Banque des règlements internationaux BRI ou Bank of International Settlements - BIS. Puis la Banque Centrale Européenne - BCE (la Banque Centrale des Banques Centrales) ou la FED aux USA. Puis les banques centrales de chaque pays. Enfin, les banques commerciales et les banques d’investissements.

La BCE incarne le régulateur majeur du principal régulateur, le taux directeur, celui auquel les banques centrales prêtent aux établissements financiers. Les banques centrales surveillent la monnaie fiduciaire (les billets et les pièces). Elles veillent à ce que les règlements et engagements soient respectés au travers de la Commission bancaire au sein de la Banque de France, par exemple.

L’autorité des marchés financiers, quant à elle, supervise les activités purement financières des banques d’investissement.

En Suisse, l’autorité de surveillance indépendante, la FINMA, protège les clients des marchés financiers, à savoir notamment les créanciers, les investisseurs et les assurés. Elle contribue ainsi à renforcer la confiance dans le bon fonctionnement, l’intégrité et la compétitivité de la place financière suisse (c’est elle qui le dit). Aux États-Unis, c’est la “Securities and Exchange Commission”, la SEC qui officie.

Tout en bas, nous trouvons nos banques de détail, nos guichets, nos distributeurs de monnaie. On fait encore la différence entre banques commerciales et banques d’investissement. Cependant, actuellement, les banques sont redevenues universelles et sont actives dans tous les secteurs, ce qui peut les fragiliser.

Ainsi, le monde de la banque a bâti son système planétaire fondé sur la loi : les États se donnent peu à peu des banques centrales (173 au début du 21e siècle). Au début, c’était les banques des gouvernements. Au fil du temps, elles sont devenues les banques des banques, et puis au tournant des années 90, elles se sont émancipées, se sont donné des statuts d’indépendance à l’égard du pouvoir politique. Bref, le système bancaire avec ses banques nationales et ses banques centrales, s’est parfaitement bien garanti un système fermé : si une banque dans un pays risque la faillite, les fonds de réserve de la banque centrale (constitué par chacune des banques) pouvait accourir. Pourvu que toutes les banques ne faillissent pas toutes en même temps, le cercle vertueux était bouclé.

Les marchés sont donc surveillés. Ajoutez à cela les agences de notations des instituts bancaires et les néolibéraux pouvaient triompher devant tant de rigueur. Jusqu’à l’effondrement subit et non prévu de tout le marché.

A ce stade, un large consensus s’accorde à dire que la crise est née d’une constante fuite en avant d’argent créé ex nihilo.

Actuellement, pratiquement toutes les banques se sont converties à la titrisation. Il s’agit de convertir en titres négociables, liquides, des emprunts, illiquides, c’est-à-dire pas du tout convertibles en monnaie. Rares sont les banques aujourd’hui qui ne cèdent pas le plus vite possible vos crédits à d’autres banques, à des investisseurs, voire à de riches particuliers, afin de diversifier leur patrimoine. À charge de la banque de conserver la liquidité de fonctionnement suffisante pour faire face au volume quotidien des transactions. Vos dépôts se sont ainsi transformés en liquidités de marché. Pour la banque, il s’agit de transformer des actifs longs en actifs courts. Donc, votre banque de détail a vendu votre crédit. C’est doublement rentable : non seulement elle a perçu la valeur de ce crédit titrisé mais en plus elle a réduit son encours de crédits. Elles peuvent donc, dans le respect des accords prudentiels de Bâle, en accorder d’autres.

Pour rappel, les accords de Bâle II définissent le ratio : les fonds propres de la banque doivent être supérieurs à 8% des risques (de crédits (75%) + de marché (5%) + opérationnels (20%)).

La Banque nationale suisse

Comparé à d’autres pays européens, la Suisse s’est dotée tardivement d’une institution d’émission monétaire. La création de la Banque nationale suisse (BNS) date de 1907. Société anonyme, la BNS appartient à 55% aux cantons (qui renoncèrent alors à leur monnaies propres), aux banques cantonales et aux autres collectivités publiques. Le solde est détenu par des particuliers. Quant à la Confédération, elle n’a aucune action de la BNS.

Présidé par le démocrate-chrétien Hansueli Raggenbass, le conseil de la BNS compte 11 membres, issus des milieux bancaires, cantonaux, académiques et syndicaux. Ce conseil surveille le directoire de la BNS, composé de 3 directeurs proposés par ce même conseil de banque au Conseil fédéral pour nomination. Le 1er janvier 2010, Philipp M. Hildebrand (présidence), Thomas J. Jordan (vice-présidence) et Jean-Pierre Danthine prendront les rênes de l’institution. A ce jour, aucune femme n’a été élue au directoire.

La BNS regroupe trois départements. Le premier et le troisième logent au 15 de la Börsenstrasse, à Zurich. On y gère les affaires économiques, internationales, juridiques et les relations avec les acteurs de marché et la place financière suisse. Situé à Berne, sur la place Fédérale, le Département II a la charge de l’économie régionale, de la stabilité du système financier et de sa surveillance.

Alors que le président Philipp Hildebrand et Jean-Pierre Danthine seront à Zurich, Thomas J. Jordan déménagera à Berne, à la tête du Département II.

Au 31 décembre 2008, le bilan de la BNS était de 214 milliards de francs. Plus de 600 personnes y travaillaient.

3. L’argent – dette, questionnement

Ce véritable tour de magie réussi par les banquiers avec le consentement des gouvernements nous fait nous poser un certain nombre de questions. La plus importante est sans doute de savoir qui détient le pouvoir réel. Est-ce les gouvernements et les États qui sont obligés d’emprunter et de payer des intérêts à des banquiers privés qui ont la liberté de créer l’argent ?

Si la réponse est maintenant évidente, nous sommes en droit de nous poser bien d’autres questions. Et comme le monde des économistes alliés aux banquiers nous paraît si fou, si injuste et si violent, ne soyons pas timides. Pourquoi l’emprunteur ne serait-il pas bénéficiaire lui aussi de la création d’argent ?

Lorsqu’il signe le contrat de dette, il crée lui aussi l’argent, au même titre que la banque. Avec cette reconnaissance de dette, celle-ci pourra, comme nous l’avons vu plus haut, créer de nouveau de l’argent et gagnera des intérêts. Qu’a-t-elle amené d’autre ? Rien. A part l’impression physique d’un reçu, d’une reconnaissance de dette, quel a été son travail ? Nul.

En conséquence, pourquoi l’emprunteur ne pourrait-il pas à son tour considérer qu’il ne doit plus rien à la banque puisqu’avec son approbation, il a également créé cet argent ?

Qu’est-ce qu’une dette ? La confiscation de notre vie

Lors de l’achat d’une maison, nous obtenons une maison en échange de la signature d’un billet à ordre. Nous allons payer plusieurs fois le prix de base de la maison en remboursement de la dette et des intérêts et cela sur tout ou partie de notre vie. Qui payons-nous ? Les banques. Pour quoi ? Du crédit. Est-ce vraiment notre travail qui a payé cette maison ? C’est bien plutôt la confiscation de notre vie que nous acceptons à travers ce système.

Pourquoi payer des intérêts sur quelque chose qui n’existe pas ?

Si l’« argent » n’est plus basé sur une valeur réelle, or ou argent, et si l’« argent » naît au moment où il est emprunté, cela signifie qu’il n’existe pas. Et l’« intérêt » ? Il ne peut pas être payé parce qu’il ne fait pas partie de ce qui a été créé. Il n’existe pas non plus. La monnaie que nous employons est basée sur notre futur travail que nos gouvernements ont promis aux banquiers. De futures générations sont déjà contraintes de payer une dette qui n’existe pas.

« Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n’hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. Concrètement, elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents. » Maurice Allais, Prix Nobel de Sciences Économiques, 1988.

Qui sommes-nous ?

Nous sommes des êtres vivants. Nous seuls existons. Tout ce que nous appelons société est une création virtuelle. Les banksters, avec l’accord des gouvernements, ont transformé le monde qui nous entoure en marchandises. Il n’est pas usurpé de prétendre que l’humain, dès sa naissance et son inscription au registre des naissances, appartient à l’État et à ses créanciers. Les hommes et les femmes sont, dès leur venue au monde, des débiteurs en puissance. Cela, nous le savons, mais sans doute pas jusqu’à quel point.

En effet, dans notre système, comme les États doivent emprunter et payer des intérêts sur leurs dettes pour organiser la vie sociale, ces derniers vont littéralement pomper les vies de leurs citoyens en prélevant tout ou partie du résultat de leur labeur. Mais comme nous l’avons vu plus haut, l’argent-dette en circulation actuellement est majoritairement créé à partir de rien. Donc, toute notre vie, nous travaillerons pour rembourser notre dette ainsi que leurs intérêts à l’État et donc aux banquiers à qui l’État emprunte. Tous nos efforts serviront à enrichir d’une manière inimaginable les véritables gagnants du système qui tiennent le véritable pouvoir : les banquiers qui, eux seuls, ont le pouvoir de la création d’argent.

4. L’argent – dette, réappropriation

N’est-il pas stupéfiant que malgré l’incroyable richesse des ressources de l’innovation et de la productivité qui nous entourent, nous soyons presque tous, gouvernements, entreprises, individus, lourdement endettés envers les banquiers ? Comment se fait-il que les gens qui produisent les vraies richesses du monde soient endettés envers ceux qui ne font que prêter l’argent qui représente la richesse ?

Notre système veut que s’il n’y a pas de dette, il n’y a pas d’argent. La plupart des gens s’imaginent que si toutes les dettes étaient payées, l’état de l’économie s’améliorerait. C’est certainement vrai à l’échelle individuelle. Mais en vérité, c’est exactement le contraire. Il n’y aurait pas d’argent du tout.

Pourquoi la dette augmente-t-elle sans cesse ? Pour les prêts à long terme, telles les hypothèques et les dettes gouvernementales, le total des intérêts dépasse de loin le principal, donc à moins que beaucoup d’argent supplémentaire ne soit créé pour payer les intérêts, cela engendre une grande proportion de faillites, et donc une économie non fonctionnelle. Pour maintenir une économie fonctionnelle, le taux de faillite doit être bas. Et donc, pour accomplir cela, de plus en plus d’argent-dette doit être créé pour satisfaire la demande actuelle d’argent pour payer les intérêts des dettes précédentes. Mais bien sûr, ça rend juste la dette totale plus grande et donc encore plus d’intérêts doivent être payés, résultant en une grandissante et inexorable spirale d’endettement.

C’est uniquement le délai temporel entre la création de l’argent des nouveaux prêts et les remboursements qui empêche le manque global d’argent d’émerger et de mettre ainsi le système total en banqueroute. Cependant, comme le monstre insatiable du crédit grandit, le besoin de créer de plus en plus d’argent pour le nourrir se fait sentir de plus en plus urgemment. Cela peut-il vraiment continuer pour toujours ? L’effondrement n’est-il pas inévitable ?

Le problème est que la croissance perpétuelle de l’économie réelle exige une escalade permanente de l’utilisation des ressources et de l’énergie. De plus en plus d’objets doivent passer des ressources naturelles à la poubelle chaque année, sans arrêt, pour éviter l’implosion du système.

« Toute personne croyant qu’une croissance exponentielle peut continuer à jamais dans un monde fini est soit un fou soit un économiste. » (Kenneth Boulding)

Que pouvons-nous faire face à cette situation effrayante ? Il peut y avoir épuisement des ressources et des talents, mais pourquoi devrait-il y avoir un jour épuisement d’argent ? Partout dans le monde les gouvernements empruntent de l’argent à des banques privées, avec des intérêts. La dette des gouvernements est une composante importante de la dette totale. Maintenant, nous savons que les banques créent simplement l’argent qu’elles prêtent et que les gouvernements les ont autorisées à faire cela.

Posons quatre questions à nos gouvernements :
- 1. Pourquoi les gouvernements choisissent-ils d’emprunter de l’argent avec intérêts alors qu’un gouvernement pourrait créer lui-même sans intérêts l’argent dont il a besoin ?
- 2. Pourquoi créer l’argent comme dette ? Pourquoi ne pas créer de l’argent circulant en permanence sans qu’il ait besoin d’être réemprunté – avec intérêts – pour exister ?
- 3. Comment un système monétaire qui ne peut fonctionner seulement qu’avec une croissance en accélération permanente peut-il être employé pour bâtir une économie durable ? N’est-il pas logique qu’une accélération permanente de la croissance et la durabilité ne soient pas compatibles ?
- 4. Qu’y a-t-il dans notre système monétaire qui le rende totalement dépendant d’une croissance perpétuelle ? Que devrait-il être modifié pour permettre une économie durable ?

Que ce soit de l’or, de la monnaie fiduciaire, de la monnaie basée sur la dette, cela importe peu, les prêteurs finiront avec tout l’argent et après que les recouvrements et les banqueroutes seront réglées, ils finiront également avec tous les biens. C’est seulement si les rendements des prêts à intérêts étaient uniformément distribués parmi la population que ce problème central serait résolu. Une lourde taxe des profits bancaires pourrait accomplir cet objectif, mais dès lors, pourquoi les banques voudraient-elles exister ?

Si nous étions capables de sortir un jour de la situation actuelle, nous pourrions imaginer un système bancaire fonctionnant comme service non lucratif pour la société, répartissant les intérêts gagnés comme un dividende universel pour les citoyens, ou prêtant sans facturer aucun intérêt.

Nous avons vu que l’argent n’est qu’une idée et qu’en réalité l’argent peut être ce que nous décidons, voici un concept alternatif à considérer. Pour créer une économie basée sur de l’argent en permanence libre d’intérêts, l’argent pourrait être simplement créé et injecté dans l’économie par le gouvernement, préférablement sur des infrastructures durables facilitant l’économie, comme les routes, les voies ferrées, les ponts, les ports, et les marché publics.

Cet argent ne serait pas créé comme dette, il serait créé comme valeur, la valeur résident dans l’objet de la dépense.

Le gouvernement fonctionnerait essentiellement grâce aux impôts, comme aujourd’hui, mais l’argent des impôts serait bien plus utile puisque rien ne serait commis pour payer des intérêts aux banques privées. Il n’y aurait pas de dette nationale si le gouvernement créait simplement l’argent dont il avait besoin.

Ce qui nous a été enseigné de voir comme la démocratie et la liberté est devenu en réalité une forme ingénieuse et invisible de dictature économique. Aussi longtemps que notre société restera dépendante du crédit bancaire pour sa masse monétaire, les banquiers seront en position de décider qui aura l’argent dont il a besoin et qui ne l’aura pas.

« Le système bancaire moderne fabrique de l’argent à partir de rien. Ce processus est peut-être le tour de dextérité le plus étonnant qui fut inventé. La banque fut conçue dans l’iniquité et est née dans le péché. Les banquiers possèdent la Terre. Prenez-la leur, mais laissez-leur le pouvoir de créer de l’argent et en un tour de main ils créeront assez d’argent pour la racheter. Ôtez-leur ce pouvoir et toutes les grandes fortunes comme la mienne disparaîtront et ce serait bénéfique, car nous aurons alors un monde meilleur et plus heureux. Mais si vous voulez continuer à être les esclaves des banques et à payer le prix de votre propre esclavage, laissez donc les banquiers continuer à créer l’argent et à contrôler les crédits. » - Sir Josiah Stamp, Directeur de la Banque d’Angleterre 1928-1941 (réputé 2ème fortune d’Angeterre à cette époque).

Voir aussi l’article de Christian Gomez, directeur de banque à Zurich : Pour une réforme radicale du système bancaire

Références :

« L’argent - dette » - « Money as Debt » de Paul Grignon « Bankster » - « Vol au dessus de tout soupçon », Mary Elisabeth Croft « Mon banquier, la crise et moi », Olivier Magnan

Mis en ligne le 12 juin 2009

Haut de page

rubrique-316