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Au-delà des questions de santé, invoquées le plus souvent contre les OGM, il est crucial de s’interroger sur les conséquences sociopolitiques de l’intrusion de ces plantes dans l’agriculture mondiale.
En effet, les OGM sont des organismes qui ont été transformés artificiellement par des procédés techniques ; cela leur confère donc un statut juridique particulier : ils sont brevetés comme des objets industriels. C’est en 1980 que la législation américaine reconnaît pour la première fois un brevet sur une bactérie transgénique, au motif qu’elle était le fruit de l’ingénuosité humaine puisqu’elle n’existait pas naturellement. La boîte de Pandore était ouverte. Depuis, plantes et animaux issus des biotechnologies font l’objet de brevets dans la plupart des pays industrialisés. Cela offre des droits exclusifs à quelques multinationales, appartenant à un oligopole de grands groupes, véritable complexe génético-industriel. Cette poignée de multinationales des « sciences de la vie », Dupont, Pioneer, Novartis, Monsanto, Aventis, contrôlent 100% de la commercialisation des semences OGM. De plus, ces entreprises diversifient toujours plus leurs activités, ce qui tend à accentuer leur contrôle sur toute la chaine alimentaire, des semences jusqu’au produit fini, posant un sérieux problème de sécurité alimentaire au niveau mondial. Que peut-on espérer de tels groupes, pour qui le profit est le seul objectif, en matière de réduction de la faim dans le monde ? Ce qu’ils détiennent dans leurs mains, c’est une véritable arme alimentaire…
Pour envisager le problème des OGM, il est essentiel de comprendre que ces semences font partie d’un type d’agriculture bien particulier : une agriculture totalement industrielle. Exploitations gigantesques, système entièrement mécanisé, intensif, utilisation de produits phyto-sanitaires à outrance… Système dont on sait qu’il nous mène, à moyen terme, dans un mur. De plus, il est temps de réaliser qu’un milliard et demi de ruraux dans le monde vivent grâce à une agriculture paysanne : diversité des cultures et des variétés, petites parcelles, sélection des semences à la ferme, conservation, échange des semences dans la communauté. En Inde, par exemple, avec ses 100 millions de fermes, 80% des agriculteurs dépendent des semences fermières.
Que deviendront ces petits paysans lorsque Monsanto viendra leur vendre, ou leur imposer par la dissémination, (comme le font les USA par l’aide alimentaire à l’Afrique) ses semences brevetées ? Monsanto utilisera-t-il ses détectives privés pour traquer les champs des petits paysans et toucher les 1’000 dollards par hectare d’amende pour utilisation illicite de produits brevetés ?
Les paysans du Nord rachètent leurs semences chaque année, depuis longtemps déjà , car ils exploitent des semences hybrides, mais pourquoi obliger les paysans du Sud à rentrer dans cette relation de dépendance avec les semenciers ?
Il faut absolument comprendre que ces OGM sont un outil de plus de l’agriculture occidentale pour marginaliser et opprimer les petits paysans, déjà les plus sensibles à la faim.
Chloé Peytermann
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