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Déclaration des Attac d’Europe, juillet 2005
Les chefs d’Etats et de gouvernements et leurs ministres vont se réunir d’abord à Gleneagles pendant le G8, puis à New-York à l’ONU, et enfin à Hong Kong pour la Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Une fois encore, au cours de ces différents événements, ils vont faire des promesses concernant l’annulation de la dette, la suppression de la pauvreté et l’accroissement de l’aide au développement. Nous avons de sérieuses raisons de penser qu’il faut afficher notre plus grand scepticisme.
Attac veut faire de la pauvreté un phénomène du passé. Mais le partage de cet objectif avec d’autres ne signifie pas que nous sommes du même côté. Nous ne croyons pas qu’il est possible de combattre la pauvreté au moyen de politiques néolibérales et sans s’attaquer aux inégalités. Nous savons qu’on ne combat pas la pauvreté en procédant au démantèlement systématique des politiques sociales.
Les politiques néolibérales - intégrées au « Consensus de Washington » - qui furent lancées il y a une vingtaine d’années sont un échec notoire. La croissance est moins importante qu’alors, le développement social et économique n’est plus à l’ordre du jour. Les politiques commerciales privent les pays pauvres de leurs potentiels à se développer. Le remède néolibéral pour réduire la pauvreté n’apporte aucune guérison. Pourtant les dirigeants du monde riche ne font que reconduire les mêmes prescriptions.
Toutes les institutions mondiales doivent faire face à une grave crise de légitimité. Désormais l’ONU met en avant les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), mais les gouvernements des pays du Nord et du Sud sont incapables de dégager les ressources financières nécessaires pour combattre la pauvreté. Il est presque certain que les OMD ne seront pas atteints en 2015. L’extrême pauvreté est celle qui tue. C’est celle que les OMD veulent réduire de moitié, ce qui abandonnerait encore à la mort des millions de gens.
Les politiques de réduction de la pauvreté préconisées par la Banque mondiale ne cherchent qu’à donner un visage humain à la mondialisation néolibérale. Mais c’est un visage emprunt d’une grimace sardonique. Les politiques de la Banque mondiale détruisent la protection sociale et privatisent les services sociaux, les rendant ainsi inaccessibles aux plus démunis. La Banque mondiale affirme que les pays pauvres ont besoin d’être bien gouvernés, mais, dans le même temps, rend toute démocratie impossible en ne prenant en compte que l’aspect soi-disant culturel du développement institutionnel.
Les politiques de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) obligent les pays pauvres à ouvrir leurs frontières aux marchandises et services en provenance des pays riches. Les conséquences directes de ces politiques sont la désindustrialisation et le chômage. Parallèlement, les pays pauvres se voient contraints de produire pour l’exportation et d’importer pour leur consommation propre. C’est un cercle vicieux totalement absurde et insoutenable auquel on doit mettre un coup d’arrêt immédiat.
La dimension très limitée des décisions que prennent les ministres de l’économie et des finances du G7 afin d’annuler la dette multilatérale de 18 pays pauvres reste conditionnée une fois de plus à l’obligation de privatisation. Les bénéfices ainsi fournis aux entreprises des pays riches peuvent se révéler supérieurs au montant de la dette annulée.
D’autres politiques sont possibles et doivent être définies par les peuples des pays riches et pauvres. Certaines exigences sont mondiales. La dette extérieure de tous les pays pauvres doit être intégralement annulée. Ces pays ont besoin d’une autonomie plus importante afin de déterminer leurs propres politiques de développement social et économique. Les pays du Sud doivent avoir leur propre espace pour poursuivre des politiques de développement garantissant l’accès à un certain bien-être semblable à celui des pays riches. Des politiques pour l’emploi et la protection sociale doivent être menées. Les mouvements des capitaux doivent être contrôlés et des taxes globales nécessairement introduites pour une redistribution globale des revenus et le financement de biens publics mondiaux indispensables, eux aussi, à la réduction des inégalités et à la protection de la planète.
Le traitement de la pauvreté dans le monde reste une question très ambiguë. Les dirigeants du monde riche se servent de la tragique pauvreté subie par des milliards d’habitants comme prétexte pour mettre en Å“uvre, partout, les « réformes » néolibérales.
De notre point de vue, l’éradication de la pauvreté constitue l’objectif primordial. Cela signifie qu’il faut une autre forme de développement et que l’on doit s’attaquer aux inégalités, que tous les droits de l’homme doivent être respectés. Le réseau des Attac s’engage à combattre pour ces objectifs aux côtés du mouvement altermondialiste. Parce qu’un autre monde est possible, un monde de paix, de solidarité et de justice.
Déclaration des Attac d’Europe, juillet 2005
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