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Nestlé n’aurait pas pu trouver mieux que son propre slogan pour annoncer son départ à la conquête du toujours plus intéressant marché du commerce équitable : « Saisir l’insaisissable », ou comment élargir ses marchés à l’infini, augmenter ses bénéfices dans les domaines les plus variés et les plus incongrus. Vendredi 7 octobre, la multinationale veveysanne annonçait en grande pompe son intention de proposer à sa clientèle une nouvelle offre plus éthique et respectueuse. Cette dernière pourra enfin jouer son rôle de consomm’actrice en achetant des produits Nestlé qui respectent le travail des paysan-ne-s.
On serait tenté-e de se réjouir. Le fleuron de l’économie suisse se met à respecter le travail de paysan-ne-s si longtemps négligé voir bafoué ! Et, qui plus est, en nous permettant d’acheter les yeux fermés, sans crainte de laisser pénétrer par inadvertance dans notre panier un produit suspect. Pourtant la réalité est loin d’être aussi simple.
Ces produits du commerce équitable ne représenteront qu’une infime partie de la production totale de Nestlé, et cela aura surtout pour conséquence directe d’introduire une différenciation entre les paysan-nes-s travaillant pour la multinationale. Certain-e-s continueront à trimer dans les conditions que nous dénonçons depuis longtemps [voir à ce sujet le livre Attac contre l’empire Nestlé], alors qu’une infime partie bénéficiera de conditions de travail un peu moins mauvaises. On peut néanmoins trouver un minimum de satisfaction dans l’idée que certain-e-s paysan-ne-s au moins verront leurs conditions de travail s’améliorer. Mais sur quels critères seront-ils et elles choisi-e-s ? Pourquoi certain-e-s travailleurs-euses mériteraient de meilleures conditions salariales que d’autres ?
Enfin, cet exemple est la preuve par l’absurde que notre lutte doit aller au-delà de la promotion du commerce équitable et de la consommation responsable. Continuons à faire des choix raisonnés de notre consommation mais surtout évitons de considérer ces actes comme la panacée à un système de commerce mondial profondément injuste (voir plus loin dans ce numéro). Nous devons au contraire continuer à nous attaquer aux racines du problème plutôt qu’à tenter d’atténuer ces conséquences. Nous devons continuer à descendre dans la rue comme nous avons été des milliers à le faire le 15 octobre pour dénoncer les règles injustes du commerce mondial instaurées par l’OMC et les multinationales. Ces règles sont et restent des règles qui ne profitent pas aux petit-e-s paysan-ne-s et aux salarié-e-s, ni au Nord ni au Sud. Ces règles sont en train de provoquer la mort de toute une frange de la petite paysannerie mondiale, une vague de désindustrialisation sans précédent, le bradage de secteurs entiers des services et notamment des services publics. Elles permettent à des multinationales de piller les ressources naturelles, de breveter les gènes... Ces règles n’ont pour seul avantage que d’enrichir celles et ceux qui les établissent.
Vous trouverez tout au long de ce numéro quelques idées à approfondir et comme toujours l’annonce de nos prochains rendez-vous locaux, ainsi que celle d’un grand rendez-vous national et international qui se passera à Berne ces prochains jours : l’audience Nestlé. Soyons nombreuses et nombreux ! Et d’ici là ... Bonne lecture. Votre comité de rédaction.
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