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Les mouvements sociaux d’Europe avaient rendez-vous à Athènes début mai, pour le Forum social européen. Forum marqué par l’entrée en force du thème des migrations, faisant écho à l’actualité en Suisse. Edito-état des lieux pour introduire un numéro marqué, lui aussi, par les migrations et le dialogue des cultures, militantes ou non !
Il est devenu coutumier, un peu comme lors des Jeux Olympiques, de comparer un Forum Social Européen (FSE) achevé avec les éditions précédentes, afin de comprendre si « le mouvement altermondialiste » est plutôt en forme ou en recul. Si l’on s’en tient aux chiffres du quatrième FSE, qui s’est déroulé justement dans une installation des derniers J.O. d’Athènes, le constat est celui d’une certaine constance. Face aux impressionnants 50’000 participants de Florence et Paris en 2002 et 2003 et des 30’000 de Londres en 2004, le FSE d’Athènes a attiré quant à lui 15 à 30’000 personnes (si l’on considère ou pas les participant-e-s aux animations et concerts du soir). Ce bilan mitigé peut s’expliquer par les problèmes organisationnels du FSE, où l’éclatement extrême de la gauche grecque s’est fortement ressenti au sein du comité d’organisation. Mais probablement aussi par une forme de bureaucratisation qui l’éloigne parfois trop des aspirations des luttes sociales du continent. Le sommet de la caricature a été atteint lors d’une table ronde regroupant les cadres de la gauche européenne pour donner leur vision de l’Europe future. A des années-lumières des préoccupations des mouvements sociaux, ceux-ci n’ont su s’attirer que des huées ou des soupirs un peu exaspérés des spectateur-trice-s.
Un pont entre l’Orient et l’Occident
Pourtant, organiser un forum social européen dans une partie aussi excentrée de l’Europe, relevait en soi d’un véritable défi. Défi qui finalement s’est avéré gagnant pour une raison importante : pour la première fois, on a vu des militant-e-s de l’Est et de Turquie participer massivement à un forum européen. L’intégration de cette partie de l’Europe a permis d’élargir l’horizon des luttes et d’inclure des questions jusque-là absentes des débats. Le forum a ainsi joué un véritable rôle de pont entre l’Occident et l’Orient européen et méditerranéen. Le nombre de séminaires consacrés à la question israélo-palestinienne ou la traduction des séminaires en russe, albanais ou turc, a d’ailleurs bien montré l’intégration nouvelle de l’Orient dans le Forum Social Européen.
Des mobilisations « d’en bas »
En plus de l’Est et de la Turquie, les réseaux d’immigré-e-s et de précaires ont pris une place importante dans le programme. Ils ont permis de mettre en lumière la réalité brutale de la restructuration néolibérale du marché du travail continental. L’augmentation exponentielle du chômage, la sous-traitance en cascade avec l’envoi de travailleurs détachés, le dumping social généralisé par l’application du « principe du pays d’origine », la mise en concurrence des différentes catégories d’immigré-e-s et la criminalisation des plus précaires : autant de thèmes qui ont permis de mieux saisir la réalité complexe du salariat d’aujourd’hui. Et de commencer à travailler sur un socle commun de revendications, comme la séparation claire du droit de séjour d’un contrat de travail et le refus de tout statut de migrant jetable comme une marchandise, afin de mettre les migrant-e-s en condition effective pour résister à un employeur aujourd’hui tout-puissant. En Suisse aussi, les mobilisations se cristallisent autour de ce thème grâce à la première étape réussie contre les lois inhumaines contre les étrangers (Letr et Lasi). Le prochain épisode de ces mobilisations importantes est le 17 juin à Berne (cf. plus loin dans ce numéro).
Dans cette perspective, il a été symboliquement important de voir les militant-e-s anti-OMC se joindre à ces revendications. Leurs analyses ont porté sur les effets des accords de libre-échange sur la destruction de l’emploi dans les pays dépendants et sur la production d’une masse internationale de travailleurs flottants et corvéables à merci. Ainsi, l’idée d’une marche européenne des précaires et des immigrés en 2007, qui convergera vers Rostock (Allemagne) où se tiendra le G8, s’est retrouvée au cÅ“ur de l’Assemblée des mouvements sociaux en clôture du forum. Seules de telles initiatives « d’en bas », tout comme l’appel à se mobiliser durant une semaine du 23 au 30 septembre 2006 contre les occupations et les guerres, ou la journée internationale de mobilisation pour les droits des migrant-e-s prévue le 7 octobre, permettront la nécessaire réinvention du FSE. Afin qu’il redevienne un lieu de convergence des luttes sociales et un espace politique des forces de transformation sociale.
Vous trouverez au fil de ce numéro des nouvelles de l’intérieur du forum, ainsi que l’actualité des mouvements sociaux en Suisse. Bonne lecture !
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