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L’automne en Suisse s’annonce, une fois de plus, très chaud. Cette année, la campagne raciste et discriminatoire de l’UDC en donne le ton. Que ce soit à travers le scandale des affiches, ou la paranoïa autour du prétendu complot contre M. Blocher, l’UDC domine le discours public. Grâce aux polémiques qu’il engendre (malheureusement souvent alimentées par ses détracteurs), grâce aussi à la place que les médias lui accordent, le parti conservateur est omniprésent. [1] La campagne menée par l’UDC est en train de polariser la société. La vision manichéenne du mouton noir et blanc va-t-elle désormais structurer le discours politique de notre pays, entre "bons" et "mauvais" suisses, entre "étrangers" et "autochtones" ?
Ce serait oublier que les affiches racistes ne sont que la pointe de l’iceberg, l’expression la plus visible et caricaturale de la politique dominante. Au-delà de cette campagne raciste, il y a depuis de nombreuses années la mise en place de politiques (et d’un système de valeurs) d’une grande brutalité, qui visent les personnes les plus fragiles de notre société. Et l’UDC est loin d’être le seul porte-parole de ce projet en Suisse, bien au contraire, puisque la grande majorité des partis le défende également : on retrouve aujourd’hui partout dans le monde politique un discours libéral décomplexé. Beaucoup ne cachent plus leur volonté de démanteler systématiquement l’Etat, de briser la solidarité et la cohésion sociale, de cristalliser les haines contre les plus faibles. Etrangers ou handicapés, chômeurs ou jeunes sont accusés d’être les profiteurs d’un Etat trop généreux et trop laxiste. Que ce soit à travers la révision de l’AI, le durcissement des lois sur les étrangers et l’asile, la deuxième révision de l’imposition des entreprises (sur laquelle nous voterons en février, et qui offrira un nouveau cadeau fiscal aux actionnaires les plus riches des entreprises cotées en bourse), ou encore la dénonciation de la convention collective de la construction, ces politiques, soutenues par le patronat et les lobbys économiques suisses, rompent avec la solidarité sociale et augmentent la division dans notre société.
Ne nous conduisons pas comme des moutons !
Il reste important de crier son refus des politiques racistes. Il faut cependant aussi mettre en avant les vrais objectifs portés par la classe dirigeante, montrer comment celle-ci ne défend que les intérêts d’une élite économique, au détriment du peuple. Ce n’est pas une personne qu’il faut neutraliser, mais tout le système néolibéral qu’il faut renverser. Parce que ce système, précisément, se nourrit des inégalités, il engendre ce genre de rhétorique populiste, leur confère leur puissance, leur pouvoir. Ce système s’appuie sur la faiblesse et la paupérisation des uns pour mieux enrichir les autres : il a donc besoin de la haine et de la peur. Car il ne peut se perpétuer sans travailleurs à opposer les uns aux autres, sans « abuseurs » à dénoncer, sans pauvres à précariser.
En cet automne crispé, ne tombons dès lors pas dans le piège que nous tend le prisme déformant de l’actualité, à savoir nous épuiser à détruire l’image de certains hommes politiques -aussi détestable soit leur discours. Concentrer nos slogans contre certaines personnalités emblématiques ne fait qu’augmenter leur audience, leur permet de se poser en martyrs et de crier au complot. Or, derrière le tribun du jour, il y a des dizaines de personnes tous partis confondus prêtes à le remplacer et poursuivre le même programme antisocial. Il faut donc articuler les slogans du jour avec la dénonciation de la politique plus générale, élargir la légitime révolte contre des propos racistes pour montrer en quoi cette campagne s’insère dans le projet social et économique actuel. Construire un tel contre-discours est une urgence. Elargissons le combat !
[1] Le rapport entre médias et pouvoir a d’ailleurs été un des axes d’analyse de la 4e Université d’été d’attac suisse (vous en trouverez les comptes-rendus dans ce numéro).
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