Attac Suisse
International | Deutsch | Français | Italiano
 
     
Accueil Présentation Campagnes Documents   Livres et matériel Soutien Synergies Contacts & particper
Accueil >> Angles d’ATTAC >> 35 Angles d’ATTAC novembre 2006  
EDF-GDF : un bel exemple de duplicité socialiste

Il est du devoir de toute société organisée de garantir et donc de contrôler son approvisionnement énergétique et d’en assurer la distribution au coût le plus faible en particulier pour les catégories sociales les moins favorisées. C’est la raison pour laquelle le statut de la production et de la distribution du gaz et de l’électricité provoque un véritable débat. La droite française vient de détruire ce qu’avait fait le Général de Gaulle à la Libération et, en privatisant GDF après EDF, elle permet aux fonds de pension américains de s’approprier le contrôle de l’approvisionnement énergétique du pays.

La gauche dite gouvernementale, c’est-à-dire le PS, a hurlé. La gauche radicale - celle qui a dit "non" l’an passé au Traité constitutionnel européen - aussi. Mais qui est dans la cohérence ?

Voyons de plus près ce qu’il en est.
« Je ne laisserai pas privatiser EDF et GDF » promettait Lionel Jospin, candidat à l’élection présidentielle en 1995, dans une lettre au personnel des deux entreprises publiques. Devenu premier ministre en 1997, il donne un an plus tard son accord à une directive européenne sur le gaz qui prévoit la suppression des monopoles nationaux et la libéralisation du marché du gaz. Cette directive doit être transposée dans le droit national de chaque État membre. Mais, dans le gouvernement Jospin, les communistes et les écologistes s’y opposent. N’osant pas affronter un Parlement où ils risquent d’être battus, les socialistes décident d’appliquer la directive sans la transposer dans le droit français, obligeant ainsi le PCF et les Verts à se soumettre ou à se démettre. On connaît la suite... En mars 2000, lors du sommet européen de Lisbonne, Jospin accepte, « sans hésitation » (selon son ami Tony Blair) l’accélération de la libéralisation de l’électricité, du gaz, de la poste et des transports réclamée avec insistance par la Table Ronde des Industriels Européens, un des plus puissants lobbies du business européen. Par le biais de la loi de finances de décembre 2001, le gouvernement Jospin décide que l’État vendra à GDF les 29’000 km de gazoducs qu’utilise l’entreprise publique. Cette opération la rend attractive et donc privatisable.

En mars 2002, lors d’un autre sommet européen, à Barcelone cette fois, alors que les lobbies expriment leur impatience et leur « frustration devant le peu de progrès réalisés dans la mise en Å“uvre des admirables objectifs de Lisbonne », le même Jospin approuve, avec ses collègues, la proposition de la Commission européenne de lancer « la phase finale de l’ouverture des marchés de l’électricité et du gaz ».

Un mois plus tard, Jospin est écarté du deuxième tour du scrutin présidentiel par son propre électorat. Comment dès lors prendre au sérieux un PS qui dépose 30’950 amendements contre la privatisation de GDF et affirme dans son programme électoral pour 2007 « nous réintroduirons le contrôle public à 100% d’EDF et mettrons en place un pôle public de l’énergie entre EDF et GDF dont nous refusons la privatisation » ? Comment qualifier cette gesticulation préélectorale alors que rien, dans le programme de ce parti, comme dans les discours de ses candidats, n’annonce l’intention de revoir les accords européens existants en la matière ?

A l’exception de Laurent Fabius, aucun dirigeant du PS français n’a fait l’effort de comprendre ce qui s’est passé le 21 avril 2002 quand Le Pen est passé devant Jospin. Aucun n’a eu le courage d’analyser les raisons de la victoire du « non » lors du référendum de 2005 sur la Constitution européenne. Et pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre l’élection présidentielle de 1995 et celle de 2002, l’ensemble de la gauche plurielle a perdu 1,5 millions de voix et l’extrême-gauche en a gagné 1,35 millions. Lors du référendum de l’an passé, sur les 15 millions de « non » au traité européen, 12 millions sont attribués par tous les analystes (de droite comme de gauche) à des électrices et des électeurs de gauche, dont 56% de socialistes.

Cela n’empêche pas le PS de proposer pour 2007 le programme le plus néolibéral qu’il ait jamais présenté. Cela n’empêche pas François Hollande de « lancer un appel aux électeurs pour qu’ils fassent un vote utile dès le premier tour ». Mais une question reste à poser : voter PS, c’est utile pour qui ?

Raoul Marc Jennar, publié le 12 octobre 2006 par attac Wallonie-Bruxelles

 

A propos de cet article  

Mis en ligne le 21 octobre 2006

Traductions existantes

Au format d'impression:

 
Sur notre site
Articles sur le même sujet:
CFF Cargo Bellinzona: une leçon de démocratie 53 Angles d’Attac No 53, juillet 2008
En solidarité avec les militants marocains 53 Angles d’Attac No 53, juillet 2008
Lettre d’attac à l’Ambassadeur marocain à Berne, 11 juin 2008 53 Angles d’Attac No 53, juillet 2008
Non à la libéralisation de la poste Angles d’attac Mars 2008
Politique fiscale et services publics : arguments pour des caisses de l’Etat bien remplies 48 Angles d’Attac janvier 2008

Dans les pages 35 Angles d’ATTAC novembre 2006  

Les autres articles:

Contre le repli sur soi, construire une société solidaire

Participez à attac, inscrivez-vous sur les listes de discussions !

Ont participé à ce numéro

24 septembre 2006, le jour après : un « terreau fertile pour les batailles à venir [1] »

Été 2006 : nouvelles guerres au Proche-Orient, désordre néolibéral et Grand Moyen-Orient

Déclaration d’Athènes :
Une autre Europe avec des services publics pour tou-te-s


 

Retour aux pages 35 Angles d’ATTAC novembre 2006

Haut de page

Copleft (L) ATTAC-Suisse Rue des Savoises, 15 1205 Genève - Tel: ++41 22 800 10 40 Fax: ++41 21 625 34 45 suisse@attac.org
Reproduction autorisée en mentionnant l'adresse du site internet http://www.suisse.attac.org/
Site réalisé avec SPIP