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Accueil >> Angles d’ATTAC >> 76 Angles d’Attac No 76, février 2011  
Des salaires équitables pour tous

L’Union syndicale suisse vient de lancer une initiative fédérale en faveur d’un salaire minimum légal. Nous publions ici dix arguments en faveur de l’établissement d’un salaire minimum. Ce texte a été repris du site de Unia

10 arguments pour un salaire minimum légal

1. Le salaire minimum amène une redistribution plus équitable des salaires

L’écart entre le salaire moyen d’un top-manager et celui de l’employé le moins bien payé d’une entreprise est en moyenne de 1 à 55. En d’autres termes : ceux qui appartiennent à la caste restreinte des managers privilégiés gagnent en une semaine ce que des centaines de milliers de salarié-e-s gagnent en une année. Résultat : il ne reste plus rien pour augmenter les salaires des gens normaux.

Les syndicats se battent continuellement contre cette recherche éhontée du profit et pour plus de justice salariale. L’introduction d’un salaire minimum améliorerait les perspectives de succès en la matière. Car si un salaire minimum est garanti, nous pouvons alors reporter tous nos efforts sur l’amélioration des autres catégories de salaire. Un salaire minimum légal pose de bonnes bases pour augmenter les salaires des personnes qualifiées.

2. Les salaires minimums favorisent l’évolution des salaires

Les bénéfices des entreprises et des actionnaires ont explosé ces dernières années. La grande majorité des salarié-e-s n’en ont pas vu la couleur. C’est injuste et dangereux. Car si seuls les managers et les actionnaires profitent de la richesse que tous et toutes ont contribué à créer, l’économie souffre d’un déséquilibre. Cette inégalité croissante en termes de salaires a provoqué l’endettement des ménages et l’apparition d’une bulle spéculative aboutissant sur une crise économique sans précédent.

Un bon salaire minimum légal indexé sur l’évolution du coût de la vie et des salaires garantit que les salaires de tous les salarié-e-s suivent la croissance économique. Il contribue aussi à favoriser une redistribution correcte des richesses et à diminuer les risques de spéculation et de crise financière.

3. Le salaire minimum contribue à l’égalité salariale

Sur les quelques 400’000 personnes qui font partie des bas revenus, près de 320’000 sont des femmes. Les branches à forte composante féminine payent souvent peu. L’hôtellerie-restauration, le commerce de détail, le nettoyage, certaines branches de l’industrie ou les services à la personne, comme la coiffure, en font partie.

Comme les femmes sont encore massivement discriminées du point de vue des salaires, elles tireraient un bénéfice certain d’un salaire minimum garanti. Un salaire minimum légal permettrait donc de faire avancer concrètement l’égalité salariale !

4. Le salaire minimum est un droit fondamental

La pauvreté est un facteur d’exclusion sociale et en plus rend malade. En d’autres termes : quand on gagne peu, on vit mal et on meurt plus tôt. L’économie de marché n’apporte aucune solution à ce problème. Adam Smith, père du libéralisme économique exigeait en 1776 déjà un « salaire de subsistance » qui permette d’assurer la satisfaction des besoins physiologiques de l’être humain. Un salaire de 4000 francs par mois ne constitue pas un luxe, mais un droit fondamental, c’est-à-dire juste assez pour couvrir les besoins existentiels.

5. Le salaire minimum est bénéfique pour les familles, les enfants et les personnes âgées

Environ 233’000 enfants grandissent en Suisse dans la pauvreté. Beaucoup d’entre eux ont pourtant des parents qui travaillent. Ou autrement dit : qui gagne peu,6 ne peut se permettre d’avoir des enfants. C’est un scandale social et politique. Un salaire minimum de 4000 francs n’aide donc pas seulement les premiers intéressés mais aussi leur famille.

Les bas salaires ont aussi des répercussions sur les retraites : plus ils sont bas, moins les rentes suffisent. Voilà pourquoi un salaire minimum légal est aussi important pendant la vieillesse, tout particulièrement pour les femmes. Un salaire correct pendant la vie active amène aussi un niveau de rentes décent pendant la retraite.

6. Le salaire minimum décharge les cantons et les communes

Les employeurs qui versent des salaires indécents font du tort à l’économie et à la collectivité. Les « working poors » n’arrivent souvent pas à subvenir aux besoins de leur famille avec leur salaire. Ils sont donc obligés de recourir à l’aide sociale, même s’ils travaillent. Le salaire minimum légal met des limites à ce scandale. Il évite que les contribuables ne paient la facture de salaires trop bas versés par des employeurs irresponsables. Cela garantit aussi que les communes et les cantons puissent concentrer leurs ressources sur leur mission de service public qui ne consiste pas à subventionner les entreprises qui profitent des salarié-e-s.

7. Le salaire minimum protège du dumping salarial

Les syndicats luttent pour des salaires décents en faveur de tous les salarié-e-s en Suisse. Mais, dans pas mal de domaines, il n’existe aucune association patronale avec laquelle négocier un salaire minimum ou les patrons refusent catégoriquement de le faire. Il existe donc encore des salaires minimums trop bas. Et pour 60% des salarié-e-s, il n’y a carrément pas de minimum. Des cas de dumping salarial dépassant l’entendement sont régulièrement découverts dans les branches qui ne sont pas couvertes par des CCT. Des employeurs sans scrupules font pression sur les salaires pour en tirer un avantage concurrentiel – au détriment des travailleurs et des travailleuses, de la qualité, des clients et enfin des employeurs corrects qui rétribuent décemment leurs employé-e-s.

Les salaires minimums sont la meilleure protection contre le dumping salarial. Un salaire minimum légal appartient donc à la palette des mesures d’accompagnement à la libre circulation des personnes avec l’UE que le peuple a acceptée. Selon le principe qu’une personne qui travaille en Suisse doit toucher le même salaire pour un même travail.

8. Le salaire minimum légal renforce les conventions collectives de travail

Les branches qui ont déjà actuellement des salaires minimums conventionnels plus élevés tireraient profit d’un salaire minimum légal : les employeurs ne pourront plus aussi facilement contourner les CCT existantes et faire des économies au détriment du personnel en externalisant certaines tâches ou en employant des temporaires mal rémunérés.

Un salaire minimum légal renforce donc les CCT existantes et rend la conclusion de nouvelles CCT plus aisée dans des branches qui jusque là étaient des déserts conventionnels. Les syndicats peuvent donc, sur la base d’un bon salaire minimum, imposer des salaires plus élevés pour le personnel qualifié des entreprises qui profitent des salarié-e-s.

9. Le salaire minimum soutient la conjoncture

Les bonus pharamineux et les gains engrangés grâce à la spéculation financent les extras d’une petite minorité de privilégiés. Par contre, un relèvement général du niveau des salaires profite à tout le monde. Des salaires plus élevés ont une influence directe sur la consommation et soutiennent la conjoncture. Tout simplement parce que les gens qui gagnent peu dépensent chaque franc supplémentaire. Pas question pour eux de faire des économies. Les boulangeries, magasins de vêtements, kiosques ou coiffeurs en profitent donc directement.

Le salaire minimum légal soutient la conjoncture et rend l’économie plus résistante face aux crises.

10. Le salaire minimum crée des emplois

La plupart des emplois mal rémunérés se trouvent dans les services de proximité, comme le nettoyage, le service ou les soins. Ils ne sont pas « délocalisables ». Ils ne peuvent guère davantage être « rationalisés », même si ces emplois étaient correctement rémunérés. Et comme le salaire minimum augmente le pouvoir d’achat d’une partie non négligeable de la population, il contribuerait donc aussi à soutenir la croissance et à créer des emplois. En Allemagne, une étude scientifique a montré qu’un salaire minimum créerait 600’000 emplois sur le long terme. En Angleterre, l’introduction du salaire minimum (1999) a fait grimper l’emploi de 25 % dans certaines branches.

Des salaires minimums empêchent en outre que des gens ne soient obligés de prendre un deuxième job le soir ou le week-end ou ne travaillent au noir pour gagner suffisamment. Ces emplois seront alors disponibles pour d’autres personnes en recherche d’emploi.

 

 

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Mis en ligne le 29 janvier 2011

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