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Démocraties malades de leurs médias

Démocraties malades de leurs médias

La 4e édition de l’Université d’été d’attac suisse s’est tenue du 7 au 9 septembre à Bienne sous le titre « Manipulés ou manipulateurs ? les médias, fabrique du consentement à l’heure de la mondialisation ». Pendant trois jours, environ 300 personnes s’y sont retrouvées afin de réfléchir en commun sur l’état de santé de nos médias. Un appel à tenir des Etats généraux pour 2008 rassemblant professionnels et public a été lancé.

A l’heure des concentrations croissantes et de la marchandisation toujours plus importante de l’information, le choix du sujet apparaît des plus pertinents, au regard du mandat fondateur de l’association : « Reconquérir les espaces perdus par la démocratie au profit de la sphère financière ». La volonté d’une réflexion approfondie sur le sujet a surgi au sortir du sommet du G8 de Heiligendamm où les mouvements altermondialistes ont été malmenés dans les médias. Pour Florence Proton, secrétaire générale, il devenait pressant de se pencher sur la façon dont les médias modèlent l’opinion.

La prise de parole des intervenant-e-s et des participant-e-s, d’horizons divers, a permis de susciter des débats d’une grande qualité. Venus de différentes régions linguistiques, des journalistes, des militant-e-s, des syndicalistes, des écrivain-e-s, des sociologues et des citoyen-ne-s de tous bords ont pu, grâce à l’aide précieuse de deux traducteurs, échanger leurs points de vues et émettre des propositions. Trois axes de réflexion ont soutenu les interventions et débats : celui d’une posture philosophique à adopter vis-à-vis du rôle des médias, celui de la structure des entreprises de presse et de ses conséquences et, enfin, celui des points d’appui qui permettent l’action.

Médias : un service public !

Le constat est unanime : les médias sont bien devenus un espace étouffé par la publicité au profit de la sphère financière. Ils ne sont plus le quatrième pouvoir qui donne au citoyen une connaissance éclairée de sa société. La méfiance à leur égard s’est accrue et l’insécurité informationnelle, tant pour les journalistes que pour le public, a gagné du terrain : « On se demande aujourd’hui : pourquoi les médias nous trahissent ? Et non plus : pourquoi ils nous éclairent ? », lance Ignacio Ramonet. Comment en est-on arrivé là ? Qui sont les responsables ? Les journalistes ? Les lecteurs ? Les structures de l’économie mondiale ? Un peu tout cela à la fois. Il ressort des débats que les médias fabriquent du consentement mais qu’ils sont également le reflet du consentement ambiant. Les difficultés rencontrées par les journaux alternatifs ou indépendants à trouver des lecteurs ainsi que l’échec d’un projet comme Antidot en attestent. La conception partagée et défendue par tous les participant-e-s lie intrinsèquement information et service public. L’information est considérée comme un pilier de la santé de nos démocraties.

Concentration de l’info

Une large responsabilité de cette situation revient à la structure des entreprises de presse. Les concentrations ne cessent d’augmenter tant au plan international que local. Les entreprises de presse fonctionnent désormais comme n’importe quelle autre entreprise. Elles s’adressent à des consommateurs et non à des citoyens, les journalistes sont des facteurs de coût et l’information une marchandise. Pourquoi les médias auraient-ils échappé à la logique de rentabilité qui pèse sur tous les secteurs ? La recherche du profit crée de la malinfo comme elle crée de la malbouffe.

Deux variables d’ajustement sont utilisées à cet effet : la suppression de postes et la course aux annonceurs. Le journaliste n’a plus d’autonomie. Il est coincé entre son propriétaire, son rédacteur en chef, sa précarité et sa concurrence. Il est soumis à la dictature de l’immédiateté, il doit faire court. Michel Schweri du Courrier témoigne du découragement de ses confrères : « beaucoup de journalistes prennent le pli et justifient qu’ils ne peuvent pas faire de la qualité, alors ils renoncent ». Comme les annonceurs veulent des part de marché, l’information se fait « omnibus, sans enjeux, sans point de vue, sans antagonisme », raconte Olivier Voirol. Pour vendre l’information, les entreprises de presse favorisent alors l’événementiel, l’affrontement au détriment du fond, la météo et le faits divers. Ce dernier point a été largement illustré par Innocent Naki, qui a démontré les glissements vers la démagogie et le populisme que cela entraîne.

La publicité se fait omniprésente. Elle détermine des modèles de comportements sexistes et crée des besoins de consommation effrénée. Cet espace qu’elle a gagné s’est fait au détriment d’autres informations. Ainsi, « la futilité des images couvre la brutalité des temps », lance Bruno Clément.

Meilleure info ? Action !

Plusieurs propositions d’actions ont émergé de l’Université. Individuellement, les actions passent par un soutien aux radios et aux télévisions publiques, par le paiement de nos redevances et par la souscription à des abonnements de journaux de bonne qualité et/ou à des journaux alternatifs. Les mouvements sociaux devraient dénoncer systématiquement la non application des dispositions légales qui régissent les radios et télévisions du service public et lancer un observatoire national des médias.

De ces trois journées, ressort la nécessité de faire des médias une question centrale. Bruno Clément et Denis Perais on appelé à tenir des Etats généraux en France et en Suisse pour 2008. Ces rencontres devraient rassembler les professionnels, le public et toutes les associations, organisations concernées par la question, de façon à se réapproprier ces espaces médiatiques et publics en décrépitude.

ENCADRE

Intervenant-e-s lors de cette 4e Université d’été d’attac suisse : Bruno Clément de Comédia, Bruno Clémentin des Casseurs de pub et du journal La Décroissance, Ignacio Ramonet du Monde Diplomatique, Michel Schweri du Courrier, Denis Perais d’Acrimed, Cyrill Pinto d’Antidot, Stéphanie Apothéloz de la Meute Suisse, le journaliste indépendant Nick Luethi, l’écrivain Innocent Naki et le sociologue Olivier Voirol.

 

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Mis en ligne le 21 septembre 2007

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