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Crise du « subprime » : Comment a-t-on pu en arriver là ?

1300 Milliards de dollars de créances hypothécaires en circulation (trois fois le PNB de la Suisse), des centaines de milliards de dollars de pertes probables, de 1 à 3 millions d’américains qui pourraient devoir rendre leur habitation.

La crise du "subprime" est la 7e crise financière majeure qui, mondialisation oblige, touche la planète entière depuis 20 ans. C’est ce que M. Garessus du Temps appelle "les errements apparents de l’économie" !

Devant l’énormité du désastre, l’honnête homme cherche à comprendre. Trop de choses lui paraissent incompréhensibles et il ne trouve que des réponses très partielles dans les médias. Il a très vite l’impression qu’on lui ment par omission et il n’a pas tort. De nombreux aspects de cette crise ont été occultés par les médias :

Comment un tel système a-t-il pu fonctionner ?

Le système du "subprime" est fortement apparenté au jeu de l’avion. Il nécessite un afflux constant de crédits pour maintenir un marché haussier. Il était donc indispensable qu’une cohorte toujours plus importante de ménages soit poussée vers le marché de l’emprunt immobilier. On a même été jusqu’à accorder des prêts Ninja (pour no income, no job or asset), c’est-à-dire des prêts à des gens qui n’avaient ni revenu, ni travail, ni fortune !

Ménages, courtiers et banquiers, tous étaient persuadés de faire une bonne affaire. En effet, même si le débiteur ne parvenait plus à payer, la vente de la maison devait procurer une plus-value à son propriétaire, des commissions et des intérêts aux intermédiaires. Il a suffit d’une hausse du taux d’intérêt pour que le marché parte à la baisse et que le système s’écroule, ce qui était totalement prévisible.

Quel a été le rôle du marché financier ?

Il était impératif pour les banques américaines de se débarrasser de ces créances douteuses. C’est là qu’intervient le marché financier. Les spécialistes de ce marché conçoivent pour cela ce que l’on appelle des produits dérivés. Il s’agit de fondre un certain nombre de crédits pour en faire une espèce d’obligation négociable (titrisation) que les banques vont pouvoir vendre aux investisseurs. Le risque est ainsi réparti et caché, donc d’autant plus dangereux.

Là aussi, tant que le marché immobilier monte, il y a toujours preneur pour ces titres, puisque les profits faramineux masquent les risques que personne ne veut voir. Il faut savoir que les commentateurs sont unanimes pour dire que le fonctionnement de ces produits est tellement complexe que même les spécialistes ne les comprennent pas toujours. Certains vont plus loin. S. Moatti dans Alternatives économiques parle de produits si sophistiqués qu’ils paraissent même échapper à leurs concepteurs !

Comment une banque comme l’UBS a-t-elle pu perdre 15 milliards de francs ?

Cette perte colossale, l’équivalent du salaire annuel de 230 000 personnes, est le fruit du travail de dizaines de stars de la finance réunis dans une filiale spéculative par J. Costas, ex-numéro deux de la banque, qui avait obtenu carte blanche pour cela.

Ces spécialistes sont payés sur leur résultat. Cela les poussent à spéculer sur les produits les plus risqués. En effet, plus les risques sont grands, plus les possibilités de gains (et donc de pertes) sont importantes. Ils spéculent donc avec l’argent de la banque et de ses clients et peuvent engranger des bonus faramineux dépassant de loin la rémunération de leur patron. Certains traders ont gagné plus de 50 millions de dollars en 2006. Par contre, ils n’encourent aucune pénalité en cas de perte. Le pire qui puisse leur arriver, c’est de devoir quitter leur job les poches pleines. Ces experts sont donc dans la situation d’un joueur de casino qui mise l’argent des autres et empoche un gain à tous les coups.

Combien ces génies de la finance ont-ils touché avant que les choses se gâtent, M. Ospel ne nous le dira pas. Probablement des dizaines ou même des centaines de millions.

La crise est-elle terminée ?

Elle n’est pas terminée et a probablement été sous-estimée. En effet, les courtiers immobiliers ont appâté les gogos avec un taux d’intérêt très sympathique les deux premières années. Par contre, les 28 suivantes, le taux fait un peu plus mal. Le pire est donc prévu pour 2008.

Quelle est la prochaine crise financière ?

Les financiers et les possédants sont incapables de tirer des leçons de l’histoire. La prochaine crise est donc annoncée et inéluctable. Elle concernera soit les hedge funds, (fonds spéculatifs) dont le taux d’endettement dépasse souvent toute mesure, soit la bulle financière qui accompagne déjà le développement de la Chine et de l’Inde. Il est possible aussi qu’elle concerne le marché des changes.

Conclusion

Une conclusion s’impose. L’économie mondiale est devenue ce que le Monde diplomatique appelle une économie d’apprentis sorciers. Les acteurs des marchés financiers ne sont plus gouvernés essentiellement par la raison et la prudence, mais bien par leurs pulsions et leurs émotions. La crise actuelle n’est explicable que si l’on introduit cette dimension. L’appât du gain, le désir de puissance et de pouvoir s’accompagnent d’exaltation, d’aveuglement, de conduites compulsives. Le Temps nous apprend ainsi que le grand rêve de M. Ospel – devenir le numéro un mondial de la banque d’investissement – a forcé ses équipes à prendre des risques inconsidérés.

Terminons par une pensée réconfortante : M. Ospel, dont l’honnêteté de banquier suisse est proverbiale, va certainement démissionner et rembourser sur sa fortune personnel les centaines de millions de francs qui vont manquer dans les caisses de l’Etat (selon M. Merz).

Sources principales : Le Monde diplomatique, octobre 2006 et septembre 2007

G. Mermet

Pour aller plus loin, nous vous recommandons encore deux articles particulièrement pertinents :

1. Eric Toussaint "Conjoncture économique internationale plombée par l’explosion des bulles de la dette privée et de l’immobilier du nord", novembre 2007. http://www.cadtm.org/spip.php ?article2941

2. Issac Joshua, "L’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis", Cahiers d’émancipation du journal SolidaritéS, no 114, septembre 2007. http://www.solidarites.ch/index.php ?action=7&id=3071&search=subprime&mode=1

 

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Mis en ligne le 4 janvier 2008

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Dans les pages 48 Angles d’Attac janvier 2008  

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