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Accueil >> Angles d’ATTAC >> 55 Angles d’Attac n°55 octobre 2008  
Crise alimentaire et souveraineté alimentaire

Un intéressant atelier sur le thème de la crise alimentaire s’est tenu lors de l’Université d’été d’attac le 6 septembre 2008. Il était animé par Valentina Hemmeler, secrétaire du syndicat agricole Uniterre. A l’instar de 130 autres organisations paysannes, Uniterre est membre du mouvement international Via Campesina qui s’oppose à une libéralisation sans limite dans le domaine agricole, destructrice des êtres humains et de l’environnement.

Nous ne sommes pas face à une crise de la production - il y a aujourd’hui assez d’aliments pour nourrir la population - mais face à une crise des politiques. La crise alimentaire devrait être rebaptisée crise du système agroalimentaire. Nous ne sommes pas réellement face à un problème de pénurie des denrées alimentaires, mais face aux manquements liés à un système de production qui fait peu à peu faillite et à des échanges commerciaux inéquitables.

L’explosion des prix agricoles et les émeutes de la faim auxquelles nous avons assisté au début de l’année sont le résultat de plusieurs facteurs. Il y a tout d’abord les causes structurelles. Les programmes d’ajustement imposés par le FMI et la Banque mondiale aux pays en développement ont encouragé les cultures d’exportation au détriment des cultures vivrières. Parallèlement, l’ouverture des frontières et la baisse des taxes douanières ont également privé ces Etats de ressources financières qui auraient pu être utilisées pour développer le secteur agricole.

Au Nord, c’est à la fin des années 80 qu’un débat sur l’agriculture a eu lieu : problématiques de la gestion des surplus de production, des impacts environnementaux et de la garantie des prix. Le mot d’ordre des Etats est alors le « désengagement », processus que les accords de libre-échange ne font qu’accentuer.

Des phénomènes plus récents se sont ajoutés aux causes structurelles et ont contribué à faire monter les prix. L’augmentation du prix du pétrole a fait exploser les coûts de production (engrais, machines, transport) et encouragé la production d’agrocarburants. Ces derniers font partie du problème, puisqu’ils ont provoqué une concurrence pour la terre et asséché certains marchés de denrées alimentaires (par exemple le maïs). Cela a contribué à encourager la spéculation massive sur les matières premières agricoles. Les fonds spéculatifs ont attiré des boursicoteurs prêts à prendre des risques élevés dans l’espoir de gagner un maximum. Ils ont tablé sur le fait que la terre serait toujours plus rare, en raison des utilisations autres qu’alimentaires (carburants, zones industrielles, etc.), que la classe moyenne du continent asiatique serait toujours plus demandeuse de viande et que les catastrophes climatiques (sécheresses ou inondations) seraient plus fréquentes et amèneraient plus d’incertitudes sur les récoltes. Les opérateurs de marché sont allés jusqu’à écarter du marché certains stocks afin de faire monter les enchères et générer d’énormes profits.

Valentina Hemmeler précise ensuite que l’augmentation des prix agricoles pourrait certes être bénéfique pour les paysans - dont les coûts de production ne sont souvent pas couverts par les prix-, mais qu’en réalité, ce sont les intermédiaires et les grands groupes internationaux qui sont les principaux gagnants de cette situation.

Quelles alternatives ?

Uniterre, tout comme le mouvement international Via Campesina, défend le concept de souveraineté alimentaire. Parallèlement au sommet de la FAO, qui s’est tenu ce printemps à Rome, Via Campesina a mis sur pied un forum alternatif, « Terra Preta ». Le forum a demandé notamment de ne pas compromettre le droit à l’alimentation, d’encourager l’agriculture agroécologique, de combattre la spéculation financière sur l’alimentation ainsi que les accords de libre-échange, d’encourager des réformes agraires et de favoriser l’accès à la terre pour les paysans. Les organisations participantes se sont opposées à la production et à l’exportation d’agrocarburants industriels contrôlés par les firmes multinationales qui en font la promotion. Le forum appelle les organisations paysannes à travailler avec les gouvernements nationaux et les organisations multilatérales pour développer des politiques qui renforcent le droit à la souveraineté alimentaire.

Sur le plan national, Uniterre réfléchit au lancement d’une initiative populaire visant à inscrire la notion de souveraineté alimentaire dans la Constitution. Le projet peut être consulté sur leur site internet. Nous aurons certainement l’occasion d’y revenir.

Encadré 1 : Que comprendre sous l’expression « Souveraineté alimentaire » (définition de La Via Campesina, 1996) :

La souveraineté alimentaire désigne le DROIT d’une population, d’une région ou d’un pays à définir sa politique agricole et alimentaire, sans dumping de prix vis-à-vis de pays tiers. La souveraineté alimentaire inclut :
- La priorité donnée à la production agricole locale pour nourrir la population, l’accès des paysan-ne-s et des sans-terres à la terre, à l’eau, aux semences et au crédit. D’où la nécessité de réformes agraires, de la lutte contre les OGM pour le libre-accès aux semences et du maintien de l’eau comme un bien public à répartir durablement.
- Le droit des paysan-ne-s à produire des aliments et le droit des consommateurs à pouvoir décider ce qu’ils veulent consommer et par qui et comment l’aliment est produit.
- Le droit des Etats à se protéger des importations agricoles et alimentaires à trop bas prix.
- Des prix agricoles liés aux coûts de production. C’est possible à condition que les Etats ou les Unions aient le droit de taxer les importations à trop bas prix, s’engagent pour une production paysanne durable et maîtrisent la production sur le marché intérieur pour éviter des excédents structurels.
- La participation des populations aux choix des politiques agricoles.
- La reconnaissance des droits des paysannes, qui jouent un rôle majeur dans la production agricole et l’alimentation.

Encadré 2 : Pour en savoir plus
- Le sommet de la FAO déçoit par sa timidité, par Valentina Hemmeler Maïga dans Uniterre No. 6, juin 2008
- Round de Doha à l’OMC : chronique d’une mort annoncée, par Valentina Hemmeler Maïga dans Uniterre No. 7, juillet 2008
- www.uniterre.ch
- www.viacampesina.org

 

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Mis en ligne le 21 septembre 2008

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