|
Les points sur les U
Nous avons reçu cette lettre d’une lectrice de notre journal.
Vous me demandez si mon mari s’est bien adapté ?
C’est ma fille, ma gazelle café qui vous inspire cette
question ; elle lève en moi mille réponses et nous
manquons de temps. Je dépose ici ce qui n’a pu être
dit…
Notre monde l’absorbe et il prend de nous, autant
qu’il donne…
Je n’attends pas de lui qu’il s’intègre, mais bien
qu’il garde cette part délicieuse d’Ailleurs,
d’étrange étranger qui m’a séduite… Le tamtam
m’enivre, il ne me saoule pas, il crée en moi le
mouvement… C’est une danse, celle du couple, le temps,
le frottement, les multiples différents, transforme
chaque partenaire… Le couple mixte à ce petit plus : «
la culture ». La culture devient à tour de rôle
l’impasse ou la passerelle.
La crise modifie chacun et
je m’intègre autant qu’il s’adapte…
C’est une ronde, celle de la famille, le charme chaud
du sud séduit le grand-père, le large sourire emporte
chacun… Les statuettes en bois siègent sur les buffets
de tous… La recette typique sera servie à Noël et le
boubou bariolé va à ravir, à tante Mathilde…
[...]
C’est une révolution, discrète et silencieuse… C’est
ainsi, le monde sait ce qu’il veut et il est rapide,
il mélange les races et se moque de savoir si tout le
monde s’intègre bien… Il y aura ceux qui se
cramponnent à l’ancien et les avides de nouveau… Et
aussi celui qui n’opine jamais… Le monde nous sert ce
qu’il veut et chaque mammifère finit par s’adapter au
changement de son milieu, ou disparait…
Pour ma part, je m’intègre très bien aux communautés
migrantes, je m’adapte, danse leur danse, je parle
fort, je ris autant, j’arrive tout le temps en retard
et mon sourire permanent vaut milles excuses…
J’aime beaucoup leur approche du temps, ronde et
chaleureuse, qui m’autorise à être en accord avec mon
horloge interne… J’aime le mélange des générations,
ici la fête se vit ensemble, autour d’une même
musique, qui n’aura jamais d’âge… J’aime les saveurs
épicées et parfumées, les tissus colorés, bariolés…
J’aime l’ambiance, j’aime ces fêtes ou l’étrange
étranger tente de se conformer, tout en restant
lui-même…
Je suis une citoyenne de l’univers et les frontières
nationalistes imposées aux hommes me font frissonner
d’absurdité…
Peut-être qu’il serait bon de désarmer Monsieur
Freysinger, avant qu’une de ses filles ne tombe sous le
charme d’un Ailleurs délicieux…
Voilà , j’ai le sentiment de vous avoir répondu, et
vous souhaite une belle intégration sur la planète
bleue…
|