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La destruction des services publics, menée actuellement par les politiques de libéralisation et de privatisation à travers des accords internationaux tels que l’AGCS, mais aussi à travers les politiques européennes, suisses et cantonales, ne pourra être stoppée sans une réelle mobilisation des citoyen-ne-s opposé-e-s à ce processus. A travers la campagne pour les « zones hors-AGCS » (Accord Général du Commerce des Services à l’OMC), attac avait débouché sur la création, partout en Suisse, de lieux de discussion sur l’avenir des services publics. Renforcée par l’action symbolique de plus de 80 communes qui se sont déclarées zones « hors-AGCS », cette dynamique a permis à des centaines, voire à des milliers de personnes de commencer à se réapproprier le débat politique dans le domaine, décisif pour la vie en société, des besoins sociaux et de leur satisfaction collective dans des secteurs comme la santé, l’éducation, la mobilité, l’eau, l’énergie, etc.
Mais cette réappropriation, si importante soit-elle, ne suffit pas. Un vrai renversement de la politique dominante nécessite une dynamique portée par des mobilisations sociales. La construction de telles mobilisations sociales ne peut trouver son fondement que dans le travail de terrain, où se rencontrent des militant-e-s de base qui commencent à forger un horizon commun à travers des analyses et des luttes menées en commun.
Attac n’est bien évidemment pas le seul acteur dans un tel travail de terrain. Mais attac a l’ambition de jouer un rôle clé dans la constitution de fronts larges de résistance contre la destruction du service public. Or de tels « fronts » ne peuvent pas se constituer de manière abstraite. Ils doivent être construits à travers des campagnes concrètes, en lien avec l’actualité politique suisse et en s’appuyant sur la dynamique préparée par la campagne contre l’AGCS. En partant de cette analyse, et après avoir considéré la liste, toujours plus longue, de nouvelles attaques contre les services publics, nous avons décidé de faire le point dans cet Angles d’attac. D’une part, et dans la continuité du petit livre publié par attac en janvier*, il abordera les principales menaces pesant actuellement sur les services publics en Suisse. De l’autre, nous y présentons notre principal axe de travail pour l’année prochaine, suivant ainsi la décision prise en Assemblée générale 2005 de lancer une campagne nationale en lien avec le service public.
La spirale sans fin de la défiscalisation
Si les services publics sont attaqués par des traités internationaux comme l’AGCS, ils le sont tout aussi bien par la politique systématique des caisses vides pratiquée par la Confédération et les cantons qui vise à assécher la base financière des prestations publiques. Cette politique de défiscalisation a pour double avantage de créer un climat d’austérité et de frilosité qui permet d’une part de diminuer les prestations sociales (assurance invalidité, vieillesse ou chômage) et de l’autre d’éviter les investissements dans les infrastructures coûteuses que représentent les services publics. Depuis plus d’une décennie, nous assistons ainsi à une défiscalisation massive des entreprises et des hauts revenus, engendrant des pertes cumulées pour les caisses publiques de plusieurs milliards de francs. Ces derniers mois cette spirale de défiscalisation a repris sa course infernale : concurrence fiscale déchaînée entre les cantons d’un côté (cf. le combat des cantons -plus qu’un show télévisé ?), et de l’autre révisions fiscales décidées ou discutées au Parlement, courcircuitant allègrement le refus en votation populaire, en 2004, du « paquet fiscale ». Malheureusement, le référendum contre l’abolition du droit de timbre en 2005, soutenu par attac, n’avait pas abouti. Ainsi, le Conseil Fédéral, considérant la voie libre, est revenu à la charge en proposant au Parlement une deuxième révision de l’imposition des entreprises qui creusera un trou supplémentaire dans les caisses fédérales d’au minimum un demi milliard de francs par an.
C’est pour enrayer cette spirale sans fin qu’attac suisse a décidé, cette année, de travailler à différents niveaux sur la thématique de la fiscalité : en lançant une large campagne d’information envers la population, en s’adressant aux communes hors-AGCS, en collaborant avec le réseau international pour une justice fiscale en Suisse (Tax Justice Network) ou encore, en évaluant la possibilité de se lancer dans une lutte référendaire contre la révision de l’imposition des entreprises. Ce numéro d’Angles attac est là pour ouvrir le débat : réappropriez-vous le !
* attac schweiz, Service Public. Perspektiven jenseits der Privatisierungspolitik, Rotpunktverlag, Zürich, 15 francs. Commandes : suisse@attac.org
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