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Notre nouvelle rubrique, Contre-Temps, propose des analyses critiques et irrévérencieuses de l’actualité économique et financière. Dans cette première édition, trois sujets sont traités :
"Super Mario" le héros qui sauve l’Euro ;
L’impôt heureux de Pascal Broulis ;
Tout savoir sur les produits dérivés
"Super Mario" le héros qui sauve l’Euro
Le nouveau héros des temps modernes nous est révélé par Le Temps (LT 3.2.12) : Mario Draghi. C’est qui, ce monsieur ? Votre question montre une belle ignorance des personnalités qui comptent aujourd’hui. "Super Mario" est le nouveau directeur de la Banque centrale européenne (BCE). Et qu’a-t-il fait de si courageux pour mériter les éloges de notre quotidien adoré ? Il a fourni aux banques des liquidités illimitées à une échéance de trois ans et à un taux de 1 % ? LT : « Les établissements européens ont galopé pour se refinancer à la fontaine BCE en décembre, qui leur a fourni presque 500 milliards de liquidité, un record ». "Super". Toujours selon LT , il s’agit d’un véritable coup de génie.
Vous ne comprenez toujours pas ? Et bien, la BCE ne fait que copier, en la modifiant quelque peu, la politique « d’assouplissement quantitatif » que la Banque centrale américaine (Fed) avait mis en œuvre en novembre 2010. Rappelons que l’assouplissement quantitatif est le nouveau terme pour éviter de parler de création monétaire (cf. Angles d’Attac numéros 75 et 76 où tout ceci vous est expliqué). La solution trouvée par notre génial Mario est la suivante : la BCE met à disposition des banques des masses énormes d’argent à un taux très bas de manière à ce que ces mêmes banques puissent prêter aux pays européens en difficulté. LT : « L’opération a en effet été suivie d’une détente spectaculaire sur les taux italiens et espagnols surtout ». Ce qui est une bonne chose en soi.
Vous avez encore une question ? Pourquoi la BCE ne prête pas directement aux pays en question à ce taux de 1 % ou même au taux zéro ? Et bien cela résoudrait tous les problèmes, mais ce ne serait pas orthodoxe et surtout juridiquement problématique.
Il y a quelque chose qui vous gêne dans l’histoire ? Vous avez raison ! Le Temps lui-même trouve que la manœuvre est discutable et cite à ce propos l’avis d’un investisseur : « Arrosées de liquidités obtenues à des taux d’intérêt très bas, elles (les banques) ont pu prêter à l’Espagne ou à l’Italie à des taux élevés, ce qui leur permet de gros profits sans prendre le moindre risque ».
"Super Mario" va récidiver en février et les analystes prévoient un gros succès, soit le double de l’opération de décembre : 1000 milliards d’Euros. Tout cet argent ne servira pas en totalité au refinancement des dettes des États. Une bonne partie permettra aux banques de spéculer pour leur propre compte et de s’enrichir davantage encore. Vous avez certainement une dernière question. Où est le contrôle démocratique dans tout cela ? Bonne question !
L’impôt heureux de Pascal Broulis
Le grand argentier vaudois a écrit récemment un livre intitulé "L’impôt heureux". Selon l’auteur lui-même, son livre raconte l’impôt par le biais d’anecdotes et de morales. Il n’explique pas comment payer moins d’impôt, mais révèle comment la fiscalité peut influencer la société par petites touches.
Les petites touches, M. Broulis les applique avec un grand effaceur. Grâce à lui, le canton de Vaud est le champion des exonérations fiscales aux entreprises au titre de l’arrêté Bonny. Épinglé par le Contrôle fédéral des finances, M. Broulis se défend dans le TJ du 6 février en déclarant : « C’est 4663 postes de travail qui ont été créés... Cela génère de la richesse parce que ces gens paient des impôts, paient de l’AVS ».
Tout est dit et bien dit : l’impôt qui n’est pas payé par les entreprises le sera par les salariés. Quant à la richesse générée, elle profitera surtout aux actionnaires. C’est là un mouvement de fond qui a débuté dans les années 80 et qui est lié à ce que l’on appelle le capitalisme actionnarial. Les actionnaires ont imposé leurs exigences de profit aux dirigeants des sociétés, qui n’ont pas beaucoup insisté pour défendre la responsabilité sociale de leur entreprise. Et les politiques ont bravement suivi : l’intérêt de l’économie et de la finance passe bien avant l’intérêt général et celui de l’État. C’est ainsi que la répartition de la richesse entre la rémunération du capital et celle du travail ne cesse d’évoluer en faveur de la première.
M. Broulis a avoué qu’il aimerait faire mieux et plus pour les entreprises. Il s’inspirerait volontiers de ce qu’a fait son collègue neuchâtelois, socialiste bon teint, qui a réussi à faire accepter par 22 % des citoyens (76.9 % des 28.6 % de votants) une diminution de 10 à 5 % du taux d’imposition des personnes morales. Mais il avoue que les conséquences pour le budget de l’État seraient trop importantes. Il attend sans doute la prochaine crise pour imposer cette mesure de sauvegarde de l’économie : une cure de prospérité pour les actionnaires grâce à une cure d’austérité pour les travailleurs.
Tout savoir sur les produits dérivés
Les produits dérivés sont des contrats de nature financière dont la valeur dépend (est dérivée) d’une valeur sous-jacente (titre, monnaie, matière première, indice, taux). Ce sont les principaux instruments utilisés par les spéculateurs. À ce titre, ils sont à la base de l’hypertrophie des marchés financiers ainsi que de la gravité et de la répétition des crises que nous connaissons depuis 4 ans.
Les banques inventent chaque jour de nouveaux produits dérivés. L’Allemagne est le numéro un au monde avec 700 000 produits contre seulement 35 000 cotés sur le marché suisse (LT 30.5.11). Des spécialistes en la matière avouent que certains de ces produits sont devenus si complexes qu’ils ne sont compris que par leur seul concepteur. Désormais cela ne devrait plus être le cas. Tout le monde reconnaît la nécessité de poursuivre les mesures destinées à améliorer la transparence, la compréhension des risques et la comparabilité de ces produits (LT 30.1.12). C’est ainsi qu’une banque allemande vient d’émettre une série de produits munie d’un prospectus de plus de 2000 pages.
Il n’est pas certain que les choses soient plus claires après le déchiffrage de ces 2000 pages, mais on peut toujours essayer. Il suffit d’un peu de temps et d’un bon esprit de synthèse. Bonne lecture !
Gérald Mermet
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