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Denis Perais, ACRIMED (action critique-médias)
www.acrimed.org
Propos liminaires
Avant d’illustrer par quelques exemples la concentration dans les médias, leur financiarisation ainsi qu’un certain nombre de conséquences et des pistes pour changer les choses, je vais commencer par énumérer trois citations qui montre que cette question n’est pas nouvelle.
Karl Marx déclarait en 1842 : "la première liberté de la presse, c’est de ne pas être une industrie" (1).
En 1945, Francisque Gay (résistant), directeur de la presse au secrétariat général de l’information proclamait : " il est un point sur lequel, dans la clandestinité, nous étions tous d’accord, c’est qu’on ne devait pas voir une presse soumise à la domination de l’argent" (1). C’est cette logique qui avait incité le Conseil National de la Résistance à interdire en 1944, à une personne d’être propriétaire de plus d’un quotidien.
En 1972,le programme de commun de gouvernement PC- PS précisait : “ Il existe une contradiction entre le caractère public de l’information et le caractère de plus en plus privé de la propriété des moyens d’information. […] Tant qu’un petit nombre de groupes financiers pourra contrôler les moyens d’expression comme les moyens de production, on ne saurait parler valablement de la liberté de la presse”.
La question de la propriété des médias et leur possession par des industriels n’est donc pas nouvelle. Mais,aujourd’hui, avec la télévision, internet, nous sommes passés à une autre échelle. Cette question est donc plus que jamais d’actualité.
Où en sommes nous aujourd’hui ?
Cette concentration est plus pesantes que jamais. En France,par exemple, les groupes industriels comme Lagardère ( Europe 1, Paris - Match, le magazine féminin Elle, Télé 7 jours etc...), Dassault (Le Figaro), Bouygues (TF 1), Vivendi (Canal +), Bolloré (Direct Soir, la Chaîne Direct 8), Pinault (Le Point), Bertelsmann (RTL, M6), Arnault (La Tribune, Radio Classique) sont omniprésents. Les trois premiers ont une particularité :
- ils vivent pour partie de commandes publiques. Et ce n’est évidement pas par hasard qu’ils sont propriétaires de médias. Ainsi, Jean - Luc Lagardère (dont l’éloge funèbre avait été prononcée par BHL, par ailleurs directeur de collection chez Grasset (propriété de Lagardère), chroniqueur au Point (propriété de son ami François Pinault), éditorialiste associé au Monde (avec pour actionnaire Lagardère mais aussi Pinault), actionnaire de Libération, mais aussi président du conseil de surveillance d’Arte - excusez du peu), Jean - Luc Lagardère avait expliqué : "un groupe de presse, c’est capital pour les commandes."(cité par Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, éditons Raisons d’ Agir, novembre 2005, page 53).
Bien entendu, ce phénomène de concentration est international, avec des groupes tentaculaires comme Murdoch Corporation (qui vient de racheter le Wall Street Journal), Berlsuconi, Cisneros (en Amérique Latine, Bertelsmann, Prisa etc... Je ne développerai pas plus ici, faute de temps.
Cette concentration est à la fois inter et intra médias. Mais vu le temps, je développerai principalement le premier point à travers notamment l’exemple de la PQR en France, secteur qui représnente le plus gros tirage de la presse écrite, largement plus en tout cas que la presse quotidienne nationale.
Dans la presse quotidienne régionale,il existe au maximum deux quotidiens sur un même marché (régional en l’occurence), rendant illusoire le pluralisme de l’information.
Ainsi, nous avons même un monopole de fait dans pratiquement toutes les régions françaises entre Les Groupe Ouest France, Est Républicain, Rossel, Sud - Ouest, Hersant (groupe présent en Suisse - mon voisin y reviendra tout à l’heure) et quelques autres. Cette concentration dans la presse régionale vient d’ailleurs de s’accélérer récemment :
Le Groupe Hersant Médias, qui détient le quotidien Paris - Normandie et ses déclinaisons locales vient de racheter à Lagardère les quotidiens du pôle Sud : La Provence, Nice Matin, Corse Matin, Var Matin, le gratuit Marseille Plus…
En contrepartie, Le Groupe Hersant Médias vient par contre céder au groupe Ouest - France, n°2 de la PQR en France, 14 hebdomadaires qu’ils détenaient en Normandie.
En fait, Philiipe Hersant ne fait que continuer l’oeuvre de son père Robert qui avait déclaré : « Bien sûr, depuis le début, je ne fais pas un journal, je fais des journaux, et je continuerai à faire des journaux. C’est la même chose pour moi que n’importe quel chef d’entreprise : la finalité d’une entreprise au plan industriel, c’est son développement, et la stagnation c’est le commencement de la fin. »
Les Groupes La Dépêche du Midi et Sud Ouest se sont associés pour racheter au Monde (dont le premier actionnaire est Lagardère) Les journaux du Midi (Le Midi Libre, L’Indépendant et Centre Presse ). LE Monde préparant lui un supplément de fin de semaine.
En février 2006, le Groupe Est Républicain rachetait (avec le Crédit Mutuel) à la Socpresse de Dassault son pôle Rhône – Alpes pour devenir le n°1 de la PQR en France.
ON VOIT TRES BIEN A TRAVERS CES OPERATIONS QUE SE CONSTITUENT DES GROUPES DE PRESSE DE PLUS EN PLUS PUISSANTS.
L’ensemble de ces opérations visent à augmenter la surface financière des structures qui se partagent en fait le marché. Mieux vaut s’entendre que de se faire la guerre.
Et cette concentration a aussi pour corollaire des alliances capitalistiques. Ainsi le Groupe Hersant Médias est actionnaire à hauteur de 27 % du Groupe L’Est Républicain.
En matière d’alliances capitalistiques on peut en citer d’autres, tellement elles sont nombreuses dans d’autres secteurs que la PQR :
Pinault est actionnaire de Bouygues donc de TF1 ( avec qui il vient de lancer un magazine urbain gratuit baptisé PiliPili, (payé par la publicité), qui doit « assurer la promotion du commerce et des services de proximité ». ( Le Figaro, 5.9.07).
Dassault est actionnaire de Lagardère et réciproquement , lui -même associé à Hersant sur la TNT ( chaîne Paris CAP), ce même Lagardère étant aussi actionnaire minoritaire du Parisen et de L’Equipe (propriété du groupe Amaury) etc...
L’exemple le plus significatif est sans doute la fusion des deux bouquets satellites TPS et Canal + avec pour actionnaire majoritaire Vivendi et minoritaires, Lagardère, Bouygues et M6 . Cette fusion leur assure donc un monopole complet sur ce marché et un pacte de non agression.
Le président du directoire de Vivendi,Jean - Bernard Lévy, affirmera d’ailleurs au Monde du 2 mars 2006 que cette alliance permettra surtout d’augmenter "le chiffre d’affaires de Canal +". Dans l’interview, jamais les mots information et culture ne seront prononcées. On se demande bien pourquoi...
En matière de presse quotidienne nationale, la situation n’est pas meilleure. Les Echos devraient tomber dans l’escarcelle de Bernard Arnault (témoin de mariage de Sarkozy etPDG DE LVMH), qui pourrait revendre son autre quotidien économique La Tribune à Bolloré(celui qui a prêté son yacht à Sarkozy et à qui Jospin a vendu la société française de production pour une bouchée de pain). Même L’Humanité , quotidien d’obédience communiste, a pour actionnaires... Lagardère et Bouygues.
Un exemple des plus éclairant de cette fuite en avant vers la possession de médias par des industriels et des banquiers : le journal révolutionnaire autogéré où la publicité était abolie avait été créé en 1973 par Jean - Paul Sartre pour lutter contre le "journalisme couché" ; il est aujourd’hui la propriété du banquier d’affaires Edouard de Rotschild. Vous aurez reconnu Libération.
Il a aujourd’hui le statut de société anonyme et les journalistes ne détiennent plus que 1 % du capital avec abandon du droit de veto concernant les grandes décisions touchant au journal : augmentation du capital, filialisation et nomination du PDG.
Son PDG, Laurent Joffrin, a d’ailleurs parfaitement résumé cette évolution le 2 février 2007 : "C’est un journal qui a une vieille tradition d’autogestion et, c’est fini, il n’y a plus d’autogestion"
complété le 5 juillet 2007 par ce magistral : " « Je répète que notre but consiste à restaurer la tradition publicitaire de Libération, qui fait partie des chromosomes du journal ».
Edifiant.
Conclusion presse écrite
En France, le nombre de quotidiens nationaux est passé de 26 en 1945 à 10 aujourd’hui, le nombre de quotidiens régionaux est passé de 153 à 56. Et il ne faut pas croire que c’es tla multiplications des chaînes de télévison numérique qui favoriseront le pluralisme. Ces grands groupes y sont largement présents, comme ils le sont dans les gratuits (financés par la publicité),dans la production de programme, dan sl’édition etc...
Comment a - t -on pu en arriver là ?
Il est bien entendu que cette situation est le fruit de décisions politiques, notamment de gauche. Ainsi en France, qui a refusé de légiférer drastiquement contre les concentrations dans la presse écrite ? Qui a créé les premièreS chaînes privées Canal +, la 5 (confiée au duo Berlsuconi - Hersant) et TV6 ? Qui a refusé de revenir sur la privatisation de TF1 ? Les gouvernement de François Mitterand.
Qui renonça en 1998 à expulser des médias les groupes vivant de commandes publiques (à l’époque Bouygues (TF1), Vivendi (Canal+) et la Générale des eaux (M6) et plus modestement d’interdire à ces trois entreprises de “contrôler plus de 25 % de TF1, Canal + et M6 ” ?
La gauche de renoncement. Avec des arguements assez étonnants.La ministre du gouvernement Jospin, Catherine Trautmann expliquera le 11 mars 1998 qu’elle refusait “ de jouer avec trois grandes entreprises en bonne santé économique et qui sont nos atouts dans le développement de ce secteur stratégique pour l’avenir. Trois entreprises françaises qu’auraient pu convoiter leurs principaux concurrents internationaux.”
C’est exactement ce que disait également Jean – Pierre Cottet, ancien directeur général de France 5 et aujourd’hui administrateur délégué du groupe Lagardère Active Braodcast qui indiquait le 12 septembre 2005 : “ L’éparpillement des sociétés françaises nous fragilise dans la compétition internationale ” et que “ dans de telles conditions, le maintien rigoureux de la concurrence provoque parfois des effets pervers[…]le maintien rigoureux de la concurrence provoque parfois des effets pervers."
C’est enfin ce que déclarait Nicolas Sarkozy, " le frère" d’Arnaud Lagardère sur France Inter le 18 avril 2007 : "Si vous regardez aujourd’hui la presse française, dire qu’il y a une concentration entre quelques grands groupes c’est tout simplement le contraire de la vérité[...]« le problème (...) de la presse aujourd’hui, c’est absolument pas un problème de concentration, c’est un problème de sous capitalisation. (...) y’ a pas assez de capitaux pour développer les grands journaux, ils font des tirages trop petits[...] Notre industrie des médias a besoin d’avoir des groupes solides qui la structurent et la renforcent. C’est pourquoi l’équilibre doit viser en permanence à conforter le développement des groupes français, tout en préservant le pluralisme et l’indépendance du secteur."
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Gauche de renoncement - droite de combat et entreprises de presse : même combat finalement.
Ces entreprises de presse étant régies par la logique du profit (appelée financiarisation), elles doivent gérer la chute des ventes et l’augmentation des coûts de fabrication.
Les " contraintes" de cette financiarisation accrue onté clairement énumérées par le propriétaire du groupe Express-Expansion, Rick de Nolf, président du groupe belge Roularta qui a précisé le 14 septembre 2006 au Nouvel Observateur " C’est désormais le mot "rentabilité" qui primera sur tous les objectifs. Tous les titres du groupe de presse[...]devront afficher impérativerment une rentabilité nette de 10 %, comme toutes les autres activités belges de la société qui est côtée en Bourse. Au programme : ouverture de la clause de conscience et suppression d’emplois, une mise en commun des rédactions culturelles de tous les magazines du groupe, qui partagent leurs rédacteurs en chef".
Rick de Nolf a effectivement tenu ses promesses : le groupe a dégraissé ses effectifs et augmnenter sa profitabilité à défaut de la qualité de l’information...
Pour que le profit soit au rendez - vous, il convient évidemment de compresser les effectifs mais aussi d’attirer les annonceurs, c’est à dire la publicité.
Pour conserver l’exemple de la PQR, il convient de rappeler de que la publicité représente plus de 40 % des recettes. C’est donc un enjeu majeur pour la profitabilité des entreprises. Bien évidemment, cette règle s’applique à tous les secteurs des médias (internet compris), ce dernier étant le secteur le plus porteur en la matière, ce qui explique les groupes de presse y consacrent une part grandissante.
Citons ici quelques propos d’Alain Lancelot - auteur en 2005 d’un rapport sur « Les problèmes de concentration dans le domaine des médias »,qui expliquait le 18 février 2007 sur France Culture que la presse n’est « pas un fournisseur d’informations, ces sont des supports de publicité ! Et elle ne vit que comme support de publicité. »
Pour illustrer cette recherche obsessionnelle de la publicité, prenons trois exemples :
Cécile - Anne Sibout, nous explique dans son livre " Paris - Normandie, la saga du quotidien normand, 1944 - 2005" : "Les ressources publicitaires ne dépassent guère 30 % de ses ressources vers 2003".Sous entendu : c’est insuffisant. Elle admoneste donc les lecteurs "parfois un peu réticents de voir la publicité côtoyer sans transition des informations d’un ordre différent, qui ne sont pas toujours conscients de son caractère vital pour la survie de l’entreprise".
Antoine Rousteau, ancien président du Pôle des quotidiens normands (dont Paris Normandie fait partie),expliquait lui le 12 juillet 2005 "Nous faisons également de nombreux efforts vers ceux qui font de la publicité dans nos journaux - les annonceurs -, en prévoyait de nouveaux espaces publicitaires mieux répartis dans le déroulé du journal".
Claude Perdriel, patron de l’hedomadaire dit de " gauche " Le Nouvel Observateur glapissait le 16 décembre 2004 : “ Si je crois à la qualité de l’information d’un journal, je crois et j’accepte plus facilement les pages de publicité que je lis. De plus, comme les articles sont plutôt longs chez nous, le temps d’exposition à la publicité est plus grand.”
Belle similitude. Vive la culture et l’information.
Conscient que la soumission au capital(pouvoir du propriétaire + publicité) était incompatible avec un journalisme digne de ce nom, le pourtant très peu révolutionnaire Jean Schwoebel, ancien président de la société des rédacteurs du Monde, remarquait déjà en 1968 : "Une fois la main dans l’engrenage, on ne la retire plus. Si bien que ceux-là mêmes qui avaient rêvé à l’origine et dans leur jeunesse d’un journalisme “pur et dur” commencent à faire des concessions et bientôt les multiplient sans même toujours s’en rendre bien compte.”
Lucide.
LES CONSEQUENCES
Bien évidemment, cette recherche du profit maximum a un certain nombre de conséquences. D’abord sur l’information :
Au préalable, il est nécessaire de rappeler que pour les responsables de rédaction la valeur étalon, c’est l’audience. Ce réflexe est automatique Ils doivent avant tout plaire à leurs actionnaires et aux annonceurs.
Cette dictature de l’audience fait que des sujets prédominent, ce qui en occultent forcément d’autres. L’audience est idéologie, le choix d’un sujet plutôt qu’un autre est idéologie parce qu’il véhicule une représentation du monde plutôt qu’une autre.
Cette nécessité commerciale fait qu’aujourd’hui le délai de reportage est chaque jour plus court, ce qui a aussi eu pour conséquence de modifier le contenu des JT. En 30 ans " le nombre de sujets a plus que doublé, et la part consacrée à l’actualité internationale a chuté de façon sensible, au profit des faits divers ” (Marc Endewald, "Toujours plus court", www.monde-diplomatique.fr,décembre 2005).
A titre d’exemple, TF1 ne conserve plus que 5 correspondants permanents à l’étranger, RTL 4 correspondants permanents à l’extérieur de l’Europe dont aucun en Afrique et en Amérique Latine
L’immédiateté, des conditions de production particulièrement courtes de l’information favorisent l’évènementiel, l’émotionnel, une vision individualiste du monde social(qui réduit par exemple la politique à l’affrontement de personnalités contrastées éludant le fond), au détriment des luttes collectives.
Les pages sports, consommation,économie, médias, loisirs, people, sont développées. Vous aurez les inamovibles palmarès des hôpitaux, des écoles, les récurrents sujets sur les prix de immobilier, les vins etc...En presse locale, vous aurez les chroniques dite de proximité avec photos des intéressés.
Ces nécessités ont fait dire au PDG de Radio France, Jean – Paul Cluzel que pour un journaliste, il valait mieux “ rester au bureau, lire un bon rapport, connaître un dossier, mener des investigations sur internet que courir micro en main à la Courneuve" [banlieue dite chaude de la région parisenne].
Antoine Rousteau ancien président du Pôle des quotidiens normands, a lui aussi parfaitement résumé la situation le 12 juillet 2005 : " Le coeur du journal reposera sur l’information locale, soit 50 % de la pagination du journal avec le souci de scénariser les éléments de la vie locale qui ont du sens pour les lecteurs”. Nous sommes assez éloignés d’un travail d’enquête sociale.
La hiérarchisation de l’information fait donc qu’un certain nombre de sujets “ intéressants ” mais pas forcément importants seront privilégiés.
Jean - Pierre Pernaut, l’inamovible présentateur du JT de TF1 a expliqué pourquoi à sa manière le 9 décembre 1998 : " Le 13 heures est le journal des Français, qui s’adresse en priorité aux Français et qui donne de l’information en priorité Française. Vous voulez des nouvelles du Vénézuela ? Regardez la chaîne vénézuélienne. Sur le Soudan ? Regardez les chaînes africaines. Le journal de 13 heures de TF1, c’est le journal des Français."
Un exemple éclairant
Ainsi entre le 11 et 21 août 2007, sur 11 heures et demie d’infos, près de 3 heures trente (soit un tiers), ont été systématiquement consacrés aux faits divers, presque systématiquement en ouverture.
Sur TF1 ? Non sur France 2. Rien d’étonnant. Le secteur public, soumis lui aussi aux contraintes d’audience, copie le secteur privé. Et les faits divers sont réputés pour booster l’audience.
Cette course à l’audience, dissimule, manipule, dépolitise et uniformise.
Gilles Balbastre, ancien reporter à France 2 et aujourd’hui directeur de publication du Plan B a parfaitement commenté cette réalité : " le ratage, c’est de ne pas publier la même chose que les autres, au même moment, éventuellement dans les mêmes proportions[...]La multiplication des sprestations à l’antenne sur une période très courte contraint à s’informer de moins en moins et à recopier de plus en plus".
Vous comprenez pourquoi vous avez l’impression de voir, entendre et lire toujours la même chose.
Conclusion partielle
Une information livrée aux nécessités commerciales devient un commerce où l’information disparaît.
L’autre conséquence sur laquelle je voudrai revenir concerne le sort des journalistes. Ils vivent aujourd’hui ce qu’ont vécu des milliers de salariés :
les suppressions d’emplois au nom de la rentabilté ;
la précarité au nom de la rentabilité.
Il faut savoir en effet que nombre groupes de presse ont compressé ou compressent leurs effectifs (Le Monde, Libération, L’Express, L’Est Républicain, Le Groupe Lagardère etc...) et ce n’est pas fini.
Les journalistes affrontent aujourd’hui les règles standards du management capitaliste à savoir, la course à la rentabilité et la pression hiérarchique notamment. Ils découvrent qu’ils deviennent des variables d’ajustement de cette logique implacable.
Leurs conditions de travail, leur précarité, la subordination de leur contrat de travail avec une clause exorbitante qui leur interdt de mettre publiquement en cause leur employeur, sont des carcans qui pèsent sur leur capacité à réagir.
Heureusement, même si cela reste timide, on a vu un commencement de mobilisation, des grèves à Paris - Match (du jamais vu depuis 68), à Europe 1, France Inter, aux Echos (pour s’opposer au rachat par Bernard Arnault) etc... C’est le signe que la situation ne peut plus durer.
Conclusion avant propositions
Les médias marchandidésaux mains de grands groupes industriels sont un danger pour la démocratie. Ils ne sont pas de simples propagandistes de la pensée de marché mais des acteurs de premier plan de la globalisation capitaliste à laquelle ils ont un intérêt direct à la perpétuation éternelle. Ils sont un obstacle à la transformation de la société revendiquée par une association comme Attac.
Cette question des médias doit redevenir au niveau, local, national européen et mondial
une question politique de première importance, qu’elle a été jusqu’au début des années 80.
La critique des médias dominants est essentielle mais elle doit aussi maintenant s’accompagner de propositions pour une soustraction de ce secteur à la marchandisation :
Je prendrai ici l’exemple français, mais il est adaptable à l’étranger :
1 - L’un des enjeux majeurs est la déprivatisation du secteur de l’audiovisuel et d’abord de la télévision. La déprivatisation de TF 1 doit devenir un objectif immédiat qui annoncera celle de M6, Canal + etc...
2 - Au delà , partant du constat qu’il faut empêcher les groupes qui bénéficient de marchés publics de détenir des médias, il apparaît fondamental d’étendre cette idée à l’ensemble des groupes capitalistes : interdire à ces groupes, quels qu’ils soient, de posséder des médias ;
3 - Il est aussi essentiel de remettre au goût du jour les ordonnances du 26/08/1944 en interdisant à une personne morale ou physique de diriger ou de détenir plus d’un média.
4 - Compte tenu des menaces qui pèsent sur les journalistes , il faut accroître résolument l’indépendance des équipes rédactionnelles par rapport au pouvoir économique. L’une des solutions étant de donner un droit de veto sur l’entrée d’une entreprise privée dans le capital d’un média.
5 - Inciter à la définanciarisation des médias en mettant en place un système d’aide vers le 1/3 secteur. Ceci peut se faire en réduisant la TVA (actuellement à 2,1%) pour ceux qui ne recherchent pas la profitabilité. En contrepartie, cette TVA peut être rehaussée à 19,6% pour les entreprises qui optent pour la financiarisation. Mais aussi en taxant lourdement la publicité (médias et hors médias).
Plus généralement, les aides à la presse seraient orientées vers les sociétés à but non lucratif (un statut serait créé à cet effet), des majorations ou l’exclusivité pouvant être accordées aux société refusant la publicité et/ou autogérées par leur salariés ;
6 - Enfin, la transformation peut être plus radicale en utilisant l’arme législative et en interdisant tout simplement la profitabilité dans le secteur des médias.
7 - En parallèle avec ces actions nécessaires, et pour mettre en application ces réformes, des autorités de contrôle, plus crédibles et moins partisanes que le CSA doivent être créées tant au niveau national que régional (rappelons que c’est à ce niveau qu’ont lieu les plus forts taux de concentration).
Conclusion définitive
La question des médias est trop importante pour être laissée aux mains des intérêts industriels. L’enjeu est aujourd’hui qu’il y ait une véritable réappropriation démocratique de cette question politique essentielle. Nous y participons aujourd’hui certes modestement, mais réellement.
Ce sera mon mot de fin.
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