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Pendant 33 jours, le personnel des « officine » de Bellinzona, c’est-à -dire 400 travailleurs, a fait la grève. Résultat : Retrait des plans de restructuration, nouveaux investissements pour les prochaines années et une bonne dose de démocratie !
Bref résumé pour se rappeler les évènements les plus importants:
Le 7 mars 2008, le personnel de CFF Cargo de Bellinzona commence une grève de durée illimitée contre les plans de restructuration d’Andreas Meyer, directeur général exécutif des CFF, visant à délocaliser la maintenance des locomotives et des wagons. Pendant tout un mois, des consultations, des négociations et des manifestations ont accompagné la grève. Le 5 avril, CFF Cargo retire le plan de restructuration. Sur invitation de Moritz Leuenberger, Conseiller fédéral socialiste, les deux parties se réunissent et décident la création d’une table ronde. Deux jours plus tard, l’assemblée du personnel des « officine » décide de mettre un terme à la grève et de reprendre le travail le 9 avril. Le 14 mai, une première table ronde se tient. Bien que la direction CFF admette que les « officine » sont dans les chiffres noirs (ce qu’elle n’affirmait pas avant la grève !), elle n’a pas l’intention d’abandonner les plans de restructuration. Le jour suivant, c’est-à -dire le 15 mai, les CFF Cargo annoncent la fermeture du KSC Fribourg (Kunden Service Center). Ni le SEV (Syndicat du personnel des transports), ni Unia Fribourg ne décident de mobiliser le personnel pour se battre contre la décision. En plus, le SEV a été exclu des négociations – naturellement sans objection (!) de la part du SEV – laissant en main du Conseil d’État et de la direction de CFF Cargo l’avenir du personnel de Fribourg. Le vendredi 17 mai, l’assemblée du personnel de Fribourg compte une vingtaine de salarié-e-s sur environ 160 du KSC Fribourg. Le KSC Fribourg sera fermé en novembre. Le 29 mai, se tient la deuxième et décisive table ronde entre le personnel des « officine » et la direction des CFF Cargo. Résultats : 1. Le plan de restructuration du 7 mars a été définitivement retiré; 2. Les locomotives et les wagons resteront à Bellinzona sous les CFF; 3. 10 millions d’investissements à Bellinzona d’ici à 2010.
Après un mois de grève, plusieurs manifestations (19 mars, Berne : 6’000 personnes ; 30 mars, Bellinzona : 8’000 ; 2 avril Bellinzone : 10’000), le plan de restructuration retiré et le maintien des « officine » à Bellinzona, que peut-on apprendre de cette lutte ?
Premièrement, la pratique de de la démocratie est un aspect central. Toutes les décisions étaient discutées systématiquement dans différents comités, qui ont toujours exprimé la légitimité des travailleurs : l’assemblée du personnel, le comité de grève, la délégation de négociation. Dans toutes les phases, il était décisif que les mandats soient respectés et les décisions présentées régulièrement aux travailleurs et à la population. Et cela continue : chaque vendredi dans les « officine » il y a une assemblée pendant les heures de travail pour informer les travailleurs et pour discuter des prochaines décisions à prendre.
Deuxièmement, la capacité d’étendre la lutte, de la sortir des « officine » et d’en faire une lutte sociale, une lutte de toute la population, et non exclusivement une chose du personnel Cargo. La question a été portée dans la société. Comme il s’agit d’une entreprise publique avec une histoire liée à la région et ancrée socialement, le démontage de postes de travail concerne toutes et tous, car il a des conséquences sociales, économiques et humaines.
Troisièmement, la participation des structures syndicales est déterminante. Par syndicat, on n’entend pas les SEV, qui étaient toujours préoccupés de la relation avec l’entreprise, du climat de dialogue et de la paix du travail et qui reflète la tradition du mouvement syndical suisse. Dans ce cas, Unia Tessin a été décisif dans le soutien des revendications élémentaires des travailleurs et les tentatives de construire, à travers la mobilisation, un rapport de force pour atteindre le but.
La question centrale du syndicalisme suisse est et reste : est-ce que les syndicats interprètent la grève comme instrument de réorientation du rapport entre capital et travail et de rétablissement de la paix du travail ou est-ce que les syndicats veulent suivre une politique qui se base sur la mobilisation des travailleuses et travailleurs et qui s’oriente à l’encontre de la politique patronale ?
Les évènements de Bellinzona nous enseignent que le patronat n’a aucune intention de satisfaire les besoins des travailleuses et travailleurs. L’arrogance avec laquelle les responsables des CFF ont rencontré la délégation de négociation montre que le rapport entre patronat et salarié-e-s doit être pensé en termes de conflit. Pour l’avenir, il ne s’agit pas de rétablir la paix du travail, mais de construire des structures syndicales démocratiques de la base et des rapports de force qui permettent aux salarié-e-s de se défendre des attaques du patronat. Si les syndicats ne rompent pas avec la tradition de dialogue du mouvement syndical suisse et n’apprennent pas des luttes importantes comme celles de Cargo, les besoins des travailleuses et travailleurs ne seront jamais satisfaits. Ou, pour l’exprimer en trois mots : LA LUTTE PAYE!
Maurizio Coppola
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