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Accueil >> Angles d’ATTAC >> 43 - Angles d’Attac juillet 2007  
A propos de la « violence » aux contre-sommets du G8

La grande manifestation contre le sommet du G8 à Heiligendamm, le samedi 2 juin, a de nouveau été émaillée d’incidents violents avec la police. Il est temps de s’interroger sérieusement sur l’origine de ces violences et sur la manière de les limiter. La grande opération pacifique de blocage de routes, organisée en fin de semaine, peut fournir des pistes à cet égard.

La manifestation qui ouvrait le contre-sommet du G8, le samedi 2 juin à Rostock, a une fois encore vu éclater des incidents violents entre la police et une minorité de manifestants. Il n’en fallut pas plus pour que la plupart des grands médias consacrent, pendant plusieurs jours, l’essentiel de leur couverture à ces incidents, ignorant les nombreuses critiques et alternatives portées par les opposants au G8.

Au-delà d’un évident débat de stratégie, il faut s’interroger sur l’origine réelle de ces incidents violents. Car la réponse est loin d’être aussi simple qu’il n’y paraît. Tout d’abord, elle dépend beaucoup du contexte de tension qui a précédé la manifestation. Ensuite, il faut bien comprendre qu’elle n’a rien à voir avec un soi-disant « black block » : en réalité, on ne sait pas qui sont les « casseurs », ni quelles sont leurs motivations. D’autre part, il est presque impossible de savoir qui, des policiers ou des manifestants, commet la « première » provocation. L’attitude de la police doit aussi être critiquée. Le 2 juin à Rostock, elle fut clairement maladroite (présence massive et trop visible, charge parmi des manifestants « pacifiques »â€¦), voire même ambiguë. Ainsi, le premier jour des blocages routiers, au moins un policier infiltré parmi les manifestants et jouant le rôle d’« agent provocateur » a été formellement reconnu et démasqué !

D’un autre côté, on a pu constater que les organisateurs étaient complètement démunis pour répondre à ces incidents. Ceux-ci ont d’ailleurs engendré un débat nourri, entre les manifestants, sur le recours à la violence. Ce débat s’est poursuivi durant toute la semaine, dans les trois vastes campements autogérés qui abritaient les participants au contre-sommet. Il a très utilement influencé le déroulement pacifique de la seconde action d’éclat de la semaine : le blocage des routes donnant accès à la zone du sommet officiel par des milliers de manifestants, pendant deux jours et deux nuits. L’expérience acquise lors de cette action originale pourrait utilement inspirer les militants altermondialistes pour éviter la répétition d’épisodes violents lors de prochaines manifestations.

Une violence qui a une histoire

Pour comprendre ces violences, il faut comprendre leur contexte. Tout d’abord, pour la grande majorité des manifestants, la violence initiale vient de l’Etat, de sa police, de son armée et de ses politiques. A cet égard, le sommet du G8 est emblématique, puisqu’il rassemble les gouvernements des pays les plus riches et les plus puissants. Ils sont impliqués dans les guerres et les politiques néolibérales qui déferlent sur la planète. Qu’il s’agisse de guerres en bonne et due forme, ou de politiques internationales qui provoquent famine et pauvreté, du refus d’annuler la dette du tiers-monde, de l’organisation d’un capitalisme mondialisé et dévastateur pour les protections sociales, l’emploi, l’environnement, etc…

Le contexte de tension qui a précédé le sommet est aussi à incriminer. Pendant des mois, le gouvernement allemand a renforcé le dispositif sécuritaire autour de la zone du sommet. Au début du mois de mai, des perquisitions ont même été effectuées dans une quarantaine de squats et locaux d’organisations de la gauche radicale, sous prétexte de « lutte contre le terrorisme ». L’arsenal judiciaire a également été renforcé à l’occasion des manifestations. La crainte de la répression du mouvement est donc une préoccupation largement partagée.

Tout ceci ne signifie pas que les manifestants vont provoquer les violences. Mais il va suffire de peu de choses pour mettre le feu aux poudres. Le jugement final sur la situation sera largement une question de point de vue. Et il dépend non seulement de ce qui s’est passé le jour même, mais aussi de l’expérience des mois et des années précédentes. Ceci n’excuse pas les débordements violents qui sont survenus le samedi 2 juin. Mais il faut bien voir d’où ils viennent. Ou plutôt, il faut voir… qu’on ne sait pas d’où ils viennent !

Le mythe du « black block »

Une bonne part de la confusion vient de l’appellation « black block ». Beaucoup croient que le « black block » serait une organisation à part entière, avec des membres et une idéologie claire, dont le but serait de commettre le maximum de grabuge. Il n’en est rien. En Allemagne, le « black block » désigne la rencontre temporaire de personnes habillées en noir, qui vont se regrouper dans le même « bloc » de la manifestation. Ce groupe rassemble des militants divers : anti-fascistes, anti-capitalistes révolutionnaires, anarchistes, autonomes... Ces militants ont leur place dans le mouvement altermondialiste.

Rappelons ici que "l’habit ne fait pas le moine". Le fait que la plupart des « manifestants violents » portent des vêtements noirs, des écharpes et des capuches, ne permet absolument pas d’incriminer le « black block » ni aucune de ses composantes ! En pratique, le samedi 2 juin, un certain nombre de membres de ce « black block » ont d’ailleurs participé aux tentatives pour calmer le jeu (« désescalade ») lors des incidents.

En réalité, on ne sait pas qui sont les « casseurs », ni quelles sont leurs motivations. S’agit-il de militants de la gauche radicale ? Ou d’individus non politisés mais désireux de « se frotter à la police » ? Ou de militants d’extrême-droite infiltrés pour semer le désordre ? Ou encore d’« agents provocateurs » de la police, dont le but serait de déclencher une répression sévère, voire de criminaliser le mouvement ? A ce stade, il n’y a pas de réponse définitive à ces questions. Et c’est bien pourquoi les altermondialistes devraient s’organiser pour contenir les violences issues des rangs des manifestants.

Un exemple pour la suite ?

C’est ici que la seconde grande action d’éclat de la semaine pourrait apporter des réponses. Au cours de cette action, des milliers de manifestants ont réussi à bloquer pacifiquement, pendant deux jours et deux nuits, les routes menant à la zone du sommet officiel. Passant à travers champs et forêts, de longues colonnes de manifestants ont pu aisément déborder le dispositif policier autour de la « zone rouge ». L’organisation extrêmement éclatée de l’opération a empêché la police de concentrer efficacement ses forces.

Le succès de l’opération reposait en effet, en grande partie, sur l’organisation décentralisée en « groupes d’affinités ». Les manifestants étaient incités à se rassembler en groupe de 5 ou 10 personnes. Celles-ci veillent toujours à rester ensemble, tout en gardant leur place dans le plan général. Elles élisent un délégué qui participe aux discussions plus larges. Le tout permet une très grande souplesse sans perte de coordination. À noter que si des petites échauffourées ont eu lieu en certains points avec la police, la plupart du temps les « lanceurs de pierres » ont été isolés ou contenus.

Cette réussite apporte la preuve qu’une action large et efficace peut être organisée sans violence et avec un minimum d’entraînement. Dès lors, ne pourrait-on pas imaginer, pour d’autres occasions, que de tels « groupes d’affinité » soient constitués et entraînés à des techniques simples de « désescalade » non-violente ? Par la force de leur nombre, les manifestants pourraient alors intervenir pour neutraliser ou isoler d’éventuels « fauteurs de troubles » (quels qu’ils soient).

Ceci ne doit toutefois nullement empêcher de dénoncer la violence initiale la plus illégitime : celle qu’engendre les politiques menées par les Etats membres du G8 (entre autres).

Florence Proton (attac suisse)
Jean-Marie Coen (membre d’Attac Belgique)

 

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Mis en ligne le 21 juin 2007

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